Le procès de onze prévenus poursuivis pour traite d’êtres humains s’est tenu ce jeudi 25 février 2026 au Tribunal de première instance de N’Zérékoré. À la barre, tous ont rejeté les accusations portées contre eux, affirmant avoir eux-mêmes été trompés par des proches leur promettant des opportunités d’emploi au sein d’une supposée société de vente en ligne.
Ibrahima Diarrassouba, de nationalité ivoirienne, a expliqué avoir versé 10 millions de francs guinéens à son frère pour intégrer une entreprise présentée comme spécialisée dans le commerce en ligne.
« Je lui ai dit que je ne connaissais pas de travail pour lequel on paie avant d’être embauché. Mais comme j’avais confiance en lui, j’ai payé », a-t-il déclaré, précisant que son frère serait ensuite retourné en Côte d’Ivoire après l’avoir mis en contact avec d’autres membres du réseau.
Même version chez Aly Bamba Gamamou, 20 ans, originaire de Lola. Il affirme avoir découvert cette « opportunité » alors qu’il se trouvait au Liberia.
« Mon rôle consistait à présenter l’entreprise à d’autres personnes, comme on me l’avait présenté. C’était un réseau de marketing », a-t-il reconnu.
Interrogé par le président du tribunal sur son intention de poursuivre cette activité s’il n’avait pas été arrêté, il a répondu par l’affirmative, avant d’assurer qu’il n’y retournerait « jamais » après cette procédure judiciaire.
Abdoul Gadrou Barry, de nationalité guinéenne, a également nié toute implication dans un réseau de traite d’êtres humains. Il affirme avoir été orienté par son neveu vers une prétendue « formation » liée au commerce, initialement annoncée au Palais du Peuple à Conakry, puis finalement organisée à N’Zérékoré.
« C’est après mon arrestation que j’ai compris qu’il s’agissait d’une tromperie », a-t-il soutenu, reconnaissant avoir versé 1 000 dollars à son recruteur.
Baba Conté, élève coranique résidant au Mali, affirme pour sa part avoir déboursé 9 millions de francs guinéens pour l’achat d’un produit, grâce au soutien financier de son frère et d’un ami.
Amadou Sylla explique, quant à lui, avoir été recruté par sa sœur pour intégrer une société dénommée « Infinity Millennium », sans avoir jamais rencontré de responsables officiels.
Dans son réquisitoire, le ministère public a présenté un mécanisme bien organisé. Selon le parquet, les prévenus auraient été regroupés dans un local exigu du quartier Belle-Vue Sapin, à N’Zérékoré, sous couvert d’une « formation » dont le contenu demeurait flou.
Les montants versés, compris entre 9 et 10 millions de francs guinéens par personne, représenteraient près de 90 millions de francs guinéens pour les seuls onze prévenus. Une opération menée par les autorités le 7 janvier 2026 a conduit à leur interpellation.
Le procureur a estimé que les mis en cause pourraient avoir été à la fois victimes et relais d’un système assimilable à une escroquerie organisée. Il leur reproche toutefois un manque de collaboration ayant empêché d’identifier les véritables instigateurs. Il a ainsi plaidé en faveur de leur libération.
À l’issue des débats, le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour une décision attendue à la fin du rôle du jour.
Ce procès met en lumière les dérives de certains réseaux de marketing présentés comme des opportunités d’emploi, mais reposant sur des contributions financières importantes et des recrutements en chaîne, souvent au détriment de jeunes en quête d’insertion professionnelle.

