À l’issue de l’audience de ce lundi 23 février 2026 devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), les avocats ont livré des lectures radicalement divergentes des débats. Au cœur du dossier : des soupçons de détournement de deniers publics visant l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura.
Alors que le prévenu a répondu durant plusieurs heures aux questions du parquet spécial sur la gestion des ressources de l’institution et l’origine de son patrimoine, les conseils de la défense et de la partie civile affûtent leurs armes pour la suite des débats.
La défense dénonce un « tâtonnement » du parquet
Pour Me Facinet Soumah, avocat de la défense, l’audience du jour a surtout mis en lumière les fragilités de l’accusation. Selon lui, le ministère public « tâtonne » et peinerait à étayer ses poursuites par des preuves matérielles.
« Nous allons démontrer à la Cour que M. Bangoura n’a commis aucune infraction dans l’exercice de ses fonctions », affirme-t-il, soutenant qu’aucun élément du dossier ne caractérise un enrichissement illicite. Concernant le contrat de location du siège de l’institution — point d’achoppement des débats — Me Soumah martèle que les fonds liés à ce bail n’auraient jamais transité par les comptes de la Cour, ni par ceux de son client.
Sur la question du patrimoine, la défense invoque la carrière de l’ancien magistrat : « Il possédait des biens bien avant d’accéder à la présidence de la Cour ». L’avocat précise que seules deux acquisitions datent de son mandat : un immeuble à Dakar, financé par un prêt bancaire auprès d’Afriland First Bank — document versé au dossier — et un bien à Nongo, fruit d’un échange immobilier. Pour la défense, les revenus officiels (salaires, primes et avantages) justifient amplement le train de vie du prévenu, évoquant à demi-mot des « règlements de comptes ».
La partie civile pointe des « flux financiers massifs »
À l’opposé, Me Pépé Antoine Lamah, représentant la partie civile, estime que l’audience a confirmé l’existence de flux financiers nécessitant des clarifications urgentes.
Il rappelle que l’ancien président a admis que l’institution bénéficiait de dotations conséquentes : une subvention trimestrielle de 1,2 milliard de GNF, une enveloppe annuelle de 20 milliards, complétées par des budgets électoraux oscillant entre 3 et 5 milliards de GNF.
« Nous exigerons des explications sur l’usage de chaque franc », prévient Me Lamah. Pour la partie civile, le nœud du problème réside dans la traçabilité des dépenses. L’avocat cite notamment l’immeuble de Dakar, évalué à plus de 400 millions de FCFA, et celui de Nongo, estimé à plus de 3 milliards de GNF. La Cour devra déterminer si les revenus légaux de Mohamed Lamine Bangoura permettaient de telles acquisitions.
Alors que les débats reprendront prochainement, la stratégie des deux camps est désormais claire : la défense mise sur l’absence de preuves matérielles, tandis que la partie civile compte sur l’analyse comptable pour démontrer une déconnexion entre revenus et patrimoine.

