Les Journées annuelles du Club des dirigeants de banques et établissements financiers d’Afrique se sont achevées ce jeudi dans la capitale guinéenne, après deux jours d’échanges intenses consacrés au financement de l’économie africaine, à l’intelligence artificielle (IA) et à la réglementation.
À l’heure du bilan, les organisateurs ont salué des débats « francs et sans tabou », avec l’ambition affichée de bâtir un modèle financier adapté aux réalités africaines, dans un contexte marqué par un déficit structurel de financement et une faible bancarisation.
« Bâtir un modèle qui nous ressemble »
Sidi Mohamed Chérif, président de l’Association professionnelle des banques (APB) de Guinée, a exprimé sa gratitude aux participants pour avoir fait de Conakry « la capitale de la finance africaine » durant ces deux journées. « Nous avons eu deux journées très intenses, des journées à l’africaine, là où se disent les vérités. Il y a eu des échanges francs, sans tabou, avec une ambition : celle de bâtir ensemble un modèle qui nous ressemble », a-t-il déclaré lors de la cérémonie de clôture.
Revenant sur le thème central des assises, il a salué l’idée d’une « initiative africaine » autour de l’intelligence artificielle, insistant sur la nécessité d’opérationnaliser les recommandations formulées. « Pour ce qui est de la Guinée, nous sommes preneurs de toutes ces recommandations. Nous allons travailler avec les autorités pour saisir les opportunités liées à l’IA dans l’intérêt de nos populations », a-t-il affirmé.
Bancarisation à 10 % et crise du cash
Le président de l’APB a toutefois rappelé les défis structurels auxquels fait face le système financier guinéen. Le taux de bancarisation demeure autour de 10 %, tandis que la crise du cash continue d’alimenter les inquiétudes. « Je ne parlerais pas de crise de liquidité puisque tous les virements et tous les chèques sont payés, mais plus de 90 % du cash est hors du système bancaire, y compris la Banque centrale », a-t-il précisé.
Pour lui, l’enjeu prioritaire est de restaurer et renforcer la confiance afin de mobiliser davantage de ressources internes. « Nous devons travailler ensemble pour collecter le maximum de ressources et contribuer au financement des programmes de développement de nos pays », a-t-il insisté, dans un contexte où les bailleurs traditionnels orientent leurs financements vers d’autres priorités.
Le programme Simandou 2040 en ligne de mire
Au-delà des réformes bancaires, Sidi Mohamed Chérif a mis en avant les perspectives offertes par le programme Simandou 2040, distinct du projet minier déjà en cours, qui prévoit, selon lui, la mobilisation de 200 milliards de dollars sur la période 2025-2040. Il a estimé que le secteur minier pourrait servir de levier stratégique pour mobiliser des ressources massives, rappelant que la Guinée détient plus du quart des réserves mondiales de minerai de fer à haute teneur et demeure le premier exportateur mondial de bauxite. « Cette position nous permet d’imposer le rythme du marché minier et d’en faire un levier pour lever des ressources », a-t-il soutenu.
De son côté, Dr Ngueto Tiraïna Yambaye, président du Club et Directeur général du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE), a salué la qualité de l’accueil et la mobilisation des autorités guinéennes. « La satisfaction est totale. C’est depuis longtemps que nous attendions de réaliser cela à Conakry. Le moment est arrivé », a-t-il déclaré, félicitant l’APB et les autorités pour l’organisation de cette 37ᵉ édition.
Au-delà des discours, il a annoncé la disponibilité du Club à accompagner les institutions guinéennes, notamment à travers des initiatives de formation et la mise en place d’un « laboratoire d’idées » dédié à l’innovation financière. « Dès qu’il y a une nécessité, sollicitez-nous pour organiser des sessions spéciales de formation pour les dirigeants ici à Conakry », a-t-il assuré.
Au terme de ces travaux, les participants repartent avec la volonté affichée d’accélérer l’intégration de l’intelligence artificielle dans les systèmes bancaires, tout en renforçant les cadres réglementaires pour garantir stabilité et confiance. Pour la Guinée, l’enjeu est double : améliorer la bancarisation, réduire la circulation du cash hors système et positionner le secteur financier comme moteur du financement des ambitions nationales, notamment dans les mines, les infrastructures et les PME.

