Confrontée depuis plusieurs mois à une tension persistante sur les liquidités, la Guinée cherche à réorienter le débat sur la crise du cash vers des réformes structurelles.
À l’ouverture des Journées annuelles du Club des dirigeants de banques et établissements financiers d’Afrique, ce 12 février à Conakry, le Premier ministre Amadou Oury Bah a plaidé pour une transformation en profondeur des pratiques bancaires et une réduction progressive de la place du numéraire dans l’économie.
Alors que les difficultés d’accès aux espèces alimentent les préoccupations des ménages et des entreprises, le chef du gouvernement a estimé que la réponse ne saurait être uniquement conjoncturelle. « Nous devons changer. Nous devons reformuler. Nous devons prendre en compte les besoins d’acteurs majeurs qui désertent le circuit formel au profit de l’informel. Notre pratique bancaire doit évoluer », a-t-il déclaré devant un parterre de banquiers et de régulateurs.
Réduire le cash, élargir la base bancaire
Selon le Premier ministre, la forte croissance enregistrée par l’économie guinéenne ces dernières années a généré une demande accrue de liquidités, mettant sous pression le système bancaire. Dans ce contexte, l’Exécutif entend agir pour que « le cash ne soit plus le moyen de paiement le plus obligé », mais qu’il ne représente qu’un faible pourcentage des transactions.
L’objectif affiché est double : capter une part importante des flux financiers circulant hors du circuit formel et renforcer la capacité des banques à financer l’économie réelle. « Nous avons besoin que les banques accompagnent ce processus. Avec vous, nous allons travailler à encourager la bancarisation. C’est le premier aspect qui nous permettra de mettre une bonne partie du cash qui est à l’extérieur dans le circuit bancaire », a-t-il insisté.
Cette orientation s’inscrit dans une logique plus large de modernisation du système financier, où l’innovation bancaire et les solutions digitales sont appelées à jouer un rôle central pour attirer une clientèle encore largement dominée par l’informel.
Innovation et inclusion financière
Le chef du gouvernement a exhorté les établissements financiers à innover afin de capter « le maximum d’une clientèle qui a besoin d’être accompagnée ». L’enjeu est de faciliter l’accès aux services bancaires pour des catégories encore peu intégrées au système formel, tout en réduisant la circulation excessive de numéraire.
Dans un pays où le taux de bancarisation demeure relativement faible comparé aux standards internationaux, la digitalisation des paiements, le développement du mobile banking et l’amélioration de la confiance dans les institutions financières apparaissent comme des leviers stratégiques. Au-delà de la gestion de la crise de liquidités, la réduction de la dépendance au cash est présentée comme une condition nécessaire pour soutenir les ambitions économiques du pays. « Avec cela, il sera difficile de soutenir les ambitions d’un pays qui veut assurer sa souveraineté économique, renforcer ses capacités de mobilisation de la société, mettre en place un fonds souverain, financer le développement des PME », a averti le Premier ministre.
Pour l’Exécutif, la formalisation accrue des flux financiers permettrait d’élargir l’assiette fiscale, de renforcer la traçabilité des transactions et d’améliorer la capacité de financement des projets structurants. L’objectif final est de faire du secteur privé « le principal acteur de création de richesses et d’emplois ».
Si aucune mesure concrète n’a encore été détaillée, le gouvernement annonce vouloir travailler « de manière drastique » à la diminution du cash dans les transactions. Une réforme qui nécessitera, selon les observateurs, un équilibre délicat entre rigueur monétaire, inclusion financière et préservation de la confiance des usagers dans le système bancaire.

