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Économie: Le Franc Guinéen dans l’abîme du top 10 des monnaies les plus faibles — Entre dépréciation historique et crise de liquidités

Alors que le Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba, vante une « stabilité » retrouvée, le verdict des institutions financières internationales, dont Forbes, tombe comme un couperet : le Franc Guinéen (GNF) s’enfonce dans le top 10 des monnaies les plus faibles au monde en 2025.

Une situation paradoxale doublée d’une pénurie de billets de banque qui asphyxie l’économie réelle.

Le triste « Top 10 » de Forbes : Le GNF au 7ème rang mondial

En  2025 , le Franc Guinéen occupe la 7ème place au classement mondial des devises ayant la plus faible valeur unitaire. Jamais depuis que le franc guinéen a été créé, la Guinée n’avait occupé une telle place humiliante.Si certains technocrates de Kaloum se réjouissent d’un taux de change stabilisé autour de 8 750 GNF pour 1 USD, la réalité comptable est implacable : notre monnaie reste une « petite monnaie » à l’échelle internationale.

Sur les dix dernières années, le GNF a pourtant montré une résilience de façade. En 2016, il oscillait autour de la 12ème place. S’il « remonte » aujourd’hui vers le sommet des monnaies les plus faibles, c’est en partie parce que d’autres pays (comme la Sierra Leone voisine) ont procédé à des redénominations (suppression des zéros), laissant la Guinée seule face à sa réalité fiduciaire : un pouvoir d’achat unitaire dérisoire.

Le paradoxe Karamo Kaba : La stabilité au prix de l’asphyxie ?

Depuis sa nomination, le gouverneur Karamo Kaba a fait de la lutte contre l’inflation et de la stabilisation du taux de change son cheval de bataille. Si les chiffres macroéconomiques semblent lui donner raison — avec une inflation officiellement en recul — le prix à payer pour les populations est colossal.

La stratégie de la BCRG, basée sur une contraction sévère de la liquidité globale du système bancaire (en baisse de plus de 12 % fin 2023 et poursuivie en 2024-2025), a créé un effet de ciseau dévastateur :

1. Le manque de billets : Les Guinéens font face à une pénurie récurrente de cash aux guichets.

2. L’éviction du secteur privé : Les banques préfèrent souscrire aux titres publics (Obligations du Trésor) plutôt que de prêter aux entreprises, asséchant ainsi l’investissement.

94 % de la monnaie hors des banques : Le signe d’une défiance

Le chiffre est alarmant : selon les dernières notes de conjoncture de la BCRG, près de 94 % des billets de banque circulent hors du circuit bancaire formel. Cette thésaurisation massive témoigne d’un manque de confiance profond envers le système financier.

Face à cette crise du cash, la réponse de la Banque Centrale — l’introduction annoncée de coupures de 50 000 GNF et 100 000 GNF — tarde à se réaliser encore moins à produire ses effets. Si cette mesure vise à faciliter les transactions, elle est perçue par certains analystes comme l’aveu final de la faiblesse de notre monnaie.

Conséquences pour le panier de la ménagère

Pour le Guinéen moyen, ce classement n’est pas qu’une statistique. C’est la réalité d’un marché où il faut des sacs de billets pour acheter des denrées de base. La « stabilité » du GNF tant vantée ne se traduit pas dans les assiettes, car l’économie guinéenne, lourdement dépendante des importations, subit de plein fouet chaque légère dépréciation face au dollar ou à l’euro.

Verdict : Une réforme structurelle s’impose

Le gouverneur Kaba joue l’équilibriste. Mais peut-on réellement parler de succès monétaire quand la monnaie nationale reste parmi les 10 plus faibles au monde et que le citoyen ne peut pas retirer son propre argent à la banque ?

La Guinée, riche de sa bauxite et de son or, mérite une monnaie qui reflète sa puissance minière. Pour sortir de ce classement de la honte, la digitalisation forcée ne suffira pas ; il faudra restaurer la confiance, injecter des liquidités et, peut-être, envisager une réforme monétaire de plus grande envergure.

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