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Que sont-ils devenus ? Mory Sidibé, du smash aux docks, le destin d’un compétiteur

À 38 ans, Mory Sidibé n’a rien perdu de la détermination qui faisait de lui l’un des piliers du volley-ball français. Né dans l’Hexagone mais viscéralement attaché à ses racines guinéennes — plus précisément à Mandiana —, l’ancien international tricolore a troqué le maillot pour le costume de chef d’entreprise.

Après une carrière professionnelle riche, menée aux quatre coins de l’Europe, ce père de trois enfants a choisi d’investir son énergie et son expertise en Guinée. Pour ce nouveau chapitre, il ne s’attaque pas à un filet de volley, mais aux défis complexes de la logistique et du transport maritime.

Votre rubrique « Que sont-ils devenus ? » est allée à la rencontre de ce bâtisseur qui prouve que la transition entre le sport de haut niveau et l’entreprenariat n’est pas seulement possible, elle est exemplaire. Portrait d’un homme qui, entre la France et la Guinée, continue de viser les sommets.

Guinéenews : Comment êtes-vous venu au volley-ball ?

Mory Sidibé : Tout a commencé à l’école primaire. Mon professeur d’EPS avait décelé chez moi de réelles capacités d’adaptation. J’étais grand, mobile et coordonné. C’est le proviseur, passionné de volley, qui m’a orienté vers ce sport. Au départ, j’hésitais entre le volley et le basket, mais avec mon mètre quatre-vingt-douze et des prédispositions précoces, j’ai rapidement rejoint le club d’Asnières, l’un des meilleurs de la capitale à l’époque. C’est là que l’aventure a démarré.

Guinéenews : Quel a été votre parcours sportif ?

Mory Sidibé : J’ai intégré l’équipe régionale dès l’âge de 11 ans. Très vite, je me suis illustré lors des championnats de France, terminant souvent en finale et désigné parmi les meilleurs joueurs. Cela m’a ouvert les portes des équipes nationales de jeunes, puis de l’équipe de France A. Professionnel de 2005 à 2019, j’ai cumulé plus de 120 sélections. J’ai remporté le championnat d’Europe, la Ligue Mondiale et une Coupe d’Europe avec le Paris Volley. J’ai également eu la chance d’évoluer dans de grands championnats en Italie, Turquie, Chine et Russie.

Guinéenews : Pourquoi n’avez-vous jamais intégré la sélection guinéenne ?

Mory Sidibé : À l’époque, il n’y avait pas de structure nationale réellement représentative. Étant déjà professionnel et intégré au système français dès le plus jeune âge, je n’ai pas été sollicité. Ma naissance en France créait sans doute aussi une barrière administrative. Aujourd’hui retraité, je suis tout à fait disposé à transmettre mes compétences à mon pays d’origine. J’avais d’ailleurs tenté une approche à l’époque d’El Hadj Mory Keita auprès de la fédération.

Guinéenews : Quel regard portez-vous sur le volley actuel ?

Mory Sidibé : Sur le plan national, j’ai constaté un manque de régularité dans les championnats et un déficit de communication. Le volley guinéen n’est pas inexistant, mais il manque de visibilité et de moyens. Il faut des compétitions constantes pour relancer la discipline. À l’international, je garde un pied dedans et je suis l’actualité dès que mon emploi du temps le permet.

Guinéenews : Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs de carrière ?

Mory Sidibé : Mon premier titre mondial avec la France reste inoubliable ; j’en ai encore des frissons. Ces médailles d’or sont des moments de gloire pure. Mon pire souvenir est sans doute la demi-finale perdue contre le Brésil au Mondial 2014. C’était un moment très amer pour toute l’équipe.

Guinéenews : Pourquoi avoir pris votre retraite en 2019 ?

Mory Sidibé : J’aurais pu continuer quatre ou cinq ans au plus haut niveau, mais des opportunités professionnelles se sont présentées en Guinée. J’ai eu l’audace de choisir cette nouvelle aventure plutôt que de rester sur le terrain. C’est une décision que je ne regrette absolument pas.

Guinéenews : Que vous a apporté le sport de haut niveau pour votre nouvelle vie ?

Mory Sidibé : La discipline, la rigueur et la persévérance. Le volley m’a appris à renverser des situations difficiles. Beaucoup de gens ont peur de gagner, que ce soit dans le sport ou en affaires. Le sport de haut niveau vous donne cette « hargne » nécessaire pour transformer un obstacle en succès. J’applique cette expérience chaque jour dans ma vie d’entrepreneur.

Guinéenews : Êtes-vous toujours en contact avec les instances du volley guinéen ?

Mory Sidibé : Actuellement, non. J’étais très proche d’El Hadj Mory Keita qui suivait nos matchs en France. La fédération m’avait approché par la suite, mais avec mes multiples activités, nous avons perdu le fil.

Guinéenews : Accepteriez-vous d’intégrer une structure fédérale en Guinée ?

Mory Sidibé : Pourquoi pas ? Être un grand joueur ne suffit pas, il faut savoir transmettre. Si ma vision du haut niveau peut être utile au pays, je ne compte pas garder mes compétences pour moi. Le partage est essentiel.

Guinéenews : Quelles sont vos activités professionnelles actuelles ?

Mory Sidibé : J’ai toujours eu la fibre entrepreneuriale. J’ai commencé dès 2007 en Guinée dans la restauration et l’agriculture. J’ai aussi contribué à des projets d’infrastructure comme la centrale de la Tannerie ou l’usine de ciment de Souguéta. Aujourd’hui, j’évolue dans la diplomatie économique avec le GEFI (Groupement Économique Francophone et International). Parallèlement, je dirige ma propre société, Wassolon Roc, spécialisée dans la logistique et le transport maritime.

Guinéenews : Qu’est-ce qui a motivé la création de votre entreprise ?

Mory Sidibé : L’envie d’entreprendre et l’analyse des opportunités sur le marché guinéen. Je suis convaincu que les Guinéens ont une place de choix à prendre dans ces secteurs. J’ai tâté le terrain, j’ai vu que c’était porteur, et je me suis lancé avec réalisme.

Guinéenews : Quelle est la taille de votre structure aujourd’hui ?

Mory Sidibé : Je suis le fondateur. Pour la partie transport, nous comptons près de 50 employés, sans oublier les chauffeurs et nos partenaires stratégiques. Nous travaillons actuellement au développement de notre base-vie et à l’expansion de nos secteurs affiliés.

Guinéenews : Comment gérez-vous la concurrence dans la logistique en Guinée ?

Mory Sidibé : La volonté politique actuelle est de donner leur chance aux nationaux. Le « contenu local » progresse et les ministères veillent à sa bonne gestion. C’est à nous, entrepreneurs guinéens, de nous donner la main et de prouver notre valeur pour devenir des champions nationaux.

Guinéenews : Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

Mory Sidibé : Dans le sport, j’ai tout gagné. Je viens du Wassolon, nous sommes des compétiteurs dans l’âme. Mon ambition est désormais de devenir un champion dans mon secteur d’activité. Ce n’est pas de la prétention, c’est une vision : tout le monde devrait aspirer à l’excellence.

Guinéenews : Quel avenir voyez-vous pour vos secteurs face à l’essor minier ?

Mory Sidibé : Je souhaite que la prospérité des entreprises locales participe à la refondation du pays. Un point crucial pour moi est la formation. L’État ne peut pas tout faire. Nous avons besoin d’ingénieurs et d’ouvriers qualifiés formés sur place. C’est dans cette dynamique que je souhaite inscrire mon action : former et léguer.

Guinéenews : Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse guinéenne ?

Mory Sidibé : L’entrepreneuriat est un chemin difficile. Tout le monde n’est pas fait pour être numéro un ; on peut être un excellent numéro deux ou trois. L’essentiel est le sérieux et la persévérance. Ne restez pas passifs. Levez-vous, entreprenez ou mettez vos talents au service de bâtisseurs pour faire grandir la nation. Bonne chance à tous !

Entretien réalisé par Ly Abdoul

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