Dans la préfecture de Tougué, face à un système bancaire souvent hors de portée, la tontine s’est imposée non pas comme une simple tradition, mais comme une véritable ingénierie sociale et financière. Enquête sur un modèle de solidarité qui pallie l’absence de services formels.
Une alternative concrète à l’exclusion bancaire
Face aux défis économiques, les tontines sont devenues un moyen essentiel pour subvenir à ses besoins pour bon nombre de citoyens dans la préfecture de Tougué. Cette pratique, bien que non formelle, s’est imposée comme un outil précieux pour répondre aux aspirations quotidiennes, et renforcer les liens entre les citoyens. C’est un constat fait par la rédaction locale de Guinéenews.org basée dans la localité.
À Tougué, les tontines, également appelées « susu », rassemblent des groupes de citoyens généralement exerçant la même activité autour d’un objectif commun : épargner de l’argent de façon solidaire. Ce mécanisme repose sur un cycle de distribution rotatif qui permet de transformer une micro-épargne quotidienne en un capital d’investissement significatif.
Interrogée par notre rédaction, Dame Mariama Ciré DIALLO nous a expliqué le fonctionnement et les avantages de la tontine : « Depuis maintenant 10 ans, nous sommes 15 personnes à faire une tontine. Chaque membre verse une somme d’argent déterminée selon notre consensus à la fin de chaque mois. À tour de rôle, chacun de nous, à un moment donné du cycle, va prendre sa part qui peut servir à des dépenses très importantes pour le bien-être de la famille. On peut assurer les frais de scolarité des enfants, investir dans une activité génératrice de revenus, assurer la prise en charge sanitaire de la famille… »
Cette pratique est aussi un moyen de renforcement de la cohésion du groupe ajoute notre interlocutrice : « Franchement, nous tirons profit de notre tontine car au-delà de l’aspect financier, nous nous prodiguons des conseils. Quand l’une d’entre nous a un problème particulier, nous l’assistons selon nos moyens, ou nous lui accordons une faveur si son tour n’est pas arrivé de prendre sa part de tontine. Cela contribue à renforcer notre cohésion et notre unité. »
Pourquoi la tontine bat la banque à Tougué
Selon plusieurs membres, la pratique contribue significativement à pallier les difficultés d’accès au crédit bancaire, souvent jugé inaccessible en raison des exigences administratives et des taux d’intérêt élevés. « Ici, avec la tontine, tout le monde peut participer, même ceux qui n’ont jamais connu une banque. C’est un moyen concret de s’entraider », nous confie Madame Kadiatou DIALLO.
Les défis de l’informel, entre confiance et fragilité
Malgré leur utilité, les tontines ne sont pas sans défis. En l’absence de régulation, tout repose sur l’intégrité des membres. Madame Kadiatou DIALLO poursuit : « L’absence de cadre légal expose parfois notre groupe à des complications à l’interne, surtout lorsqu’un membre rencontre des difficultés à honorer sa contribution. Mais jusque-là, nous parvenons à gérer entre nous sans recourir à la loi. »
Cette autorégulation témoigne de la force du droit coutumier et de la pression sociale qui, à Tougué, remplace efficacement les contrats écrits.
Cette pratique est profondément ancrée dans la vie de citoyens de plusieurs couches socioprofessionnelles de la préfecture. Elle favorise l’épanouissement de nombreux ménages, particulièrement ceux ayant des moyens financiers réduits, en transformant la solidarité en un levier de croissance économique.

