Dans la commune urbaine de N’Zérékoré, la colère monte au marché « Forêt ». Ce lundi 19 janvier 2026, plusieurs femmes commerçantes ont battu le pavé, reliant leur lieu de travail au bureau préfectoral de la Chambre de commerce, d’industrie et d’artisanat. Objectif : protester contre une décision de déguerpissement jugée brutale et injuste, et alerter les autorités sur la menace qui pèse sur leur négoce.
Implanté dans le quartier Gonia, au cœur de la commune urbaine de N’Zérékoré, le marché occupe un domaine appartenant à l’État, placé sous la tutelle du ministère du Tourisme et de l’Hôtellerie. D’après les informations recueillies sur place, les occupantes ont été invitées à quitter les lieux, dans le cadre d’un projet de construction de bureaux administratifs, annoncé depuis plusieurs mois.
Mais pour ces femmes, la manière et le timing de cette décision posent problème. Elles estiment n’avoir bénéficié ni d’un accompagnement adéquat, ni d’une solution alternative viable. La situation est d’autant plus préoccupante, selon elles, que le déguerpissement intervient à l’approche du mois de Ramadan, une période marquée par une forte pression financière, pour de nombreux ménages.
« Nous demandons à la Chambre de commerce et au Président de la République de nous venir en aide. C’est dans ce marché que nous gagnons notre pain pour subvenir aux besoins de nos familles. Avec l’arrivée du Ramadan, cette période est décisive pour nous. On nous demande d’aller au marché de Boma, mais le transport coûte cher et nous n’avons pas les moyens. Nous n’avons vraiment nulle part où aller », a plaidé une commerçante, visiblement émue.
Face à la mobilisation, les autorités locales ont tenté d’apaiser les tensions. Le président préfectoral de la chambre de commerce intérimaire, Isiaga Bérété, a confirmé avoir reçu les manifestantes devant son bureau.
« Ce matin, plusieurs femmes se sont rassemblées pour exprimer leur inquiétude. La situation concerne l’axe de l’autoroute du tourisme, là où ces femmes exercent de petites activités commerciales. Il s’agit, selon les informations reçues, d’un espace destiné à des travaux de construction de bureaux », a-t-il expliqué.
Selon lui, le maire de la commune urbaine, joint par téléphone, a indiqué qu’une délégation communale avait été mise en place pour gérer le dossier. Il a également précisé que, depuis le mois d’octobre, des femmes occupaient cet espace et qu’il avait été recommandé d’éviter toute mesure brutale à leur encontre.
« C’est une situation délicate qui nécessite une approche responsable. En tant qu’autorité administrative, je dois d’abord m’informer davantage et me concerter avec les autorités communales compétentes, avant toute décision. J’ai demandé aux femmes de rester calmes et de garder confiance. Dans les prochains jours, nous allons travailler à trouver une solution concertée, dans l’intérêt de toutes les parties », a-t-il rassuré.
En attendant une issue claire, les commerçantes du marché Forêt restent dans l’expectative, partagées entre l’angoisse de perdre leur principale source de revenus et l’espoir d’une solution humanisée qui concilie développement urbain et justice sociale.

