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​Le médicament de la rue : « Une menace silencieuse qui tue »

Alors que la Guinée renforce sa lutte contre le marché illicite des produits de santé, la parole des experts devient indispensable pour éclairer les populations. Entre risques d’insuffisance rénale, complications gastriques et déviances sociales, les médicaments de la rue représentent un défi sanitaire majeur. 

Le Dr Jean-Noël Tolno, pharmacien engagé, revient pour nous sur les dangers de ces substances, salue les réformes actuelles portées par le Ministre de la Santé, le Dr Oumar Diouhé Bah, et rappelle le rôle central du professionnel de santé dans la chaîne du médicament.

Guineenews : Docteur, selon votre expertise, quel est le constat actuel concernant la problématique des faux médicaments et leur impact sur la santé publique ?

Dr Jean-Noël Tolno : Aujourd’hui, je dirais sans détour que les faux médicaments constituent un véritable fléau. Le problème majeur réside dans le fait que des produits destinés à soigner sont manipulés par des non-professionnels et sont à la portée de tous sans aucun contrôle.

​Cette utilisation abusive, notamment des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) vendus sur le marché illicite, provoque des ravages. Nous observons une recrudescence d’insuffisances rénales graves et d’ulcères gastro-duodénaux. Le drame, c’est que les vendeurs de rue ignorent les enjeux et sont incapables d’apporter le conseil thérapeutique nécessaire. Le constat est simple et brutal : le médicament de la rue tue.

Guineenews  : Face à cette situation, les autorités guinéennes ont pris des mesures fermes. Quel regard portez-vous sur ces initiatives ?

Dr Jean-Noël Tolno : Je salue avec force l’initiative et l’engagement des nouvelles autorités, particulièrement celle du ministre, Son Excellence Oumar Diouhé Bah. C’est une décision noble et courageuse. L’objectif est de protéger la population et de réduire drastiquement l’influence du marché illicite.

​Il faut être lucide : la Guinée a longtemps peiné à maîtriser les flux d’entrée et de sortie des médicaments. Souvent, nous entamons des luttes qui s’essoufflent avec le temps. Cette fois, l’élan semble différent et je soutiens pleinement cette rigueur. Pour un pays comme le nôtre, la maîtrise du secteur pharmaceutique est une question de souveraineté sanitaire.

Guineenews : On apprend que les structures de proximité, comme les postes et centres de santé, sont désormais dotées de pharmacies tenues par des professionnels. Confirmez-vous cette avancée ?

Dr Jean-Noël Tolno : Je le confirme, en grande partie. La plupart des postes de santé existants sont aujourd’hui occupés par des professionnels de la pharmacie. Ce n’est pas encore total sur l’ensemble du territoire, mais c’est une avancée extrêmement prononcée et positive pour notre système de santé. Cela garantit que le patient reçoit non seulement le bon produit, mais aussi le bon conseil.

Guineenews : Pour conclure, vous souhaitiez réagir à une récente polémique concernant l’usage détourné de certains médicaments, notamment les stimulants comme le Sildénafil. Quelle est votre position ?

Dr Jean-Noël Tolno : Effectivement, je soutiens la sortie médiatique du Ministre de la Santé à ce sujet. Le Sildénafil appartient à la classe des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE5). C’est un médicament puissant indiqué pour les dysfonctionnements érectiles.

​Lorsque le ministre souligne que l’usage incontrôlé de ce produit peut conduire à des actes de violence sexuelle, certains ont critiqué cette position. Pourtant, c’est une réalité de terrain. Lorsqu’une personne se procure ce produit auprès d’un non-professionnel, sans en connaître les vertus ni les risques, elle s’expose à des effets physiologiques qu’elle ne peut pas toujours maîtriser. Si cette personne n’a pas de partenaire consensuel, cela peut dériver vers des drames comme le viol. C’est un problème de santé qui devient un problème social. La place de ce médicament est à la pharmacie, sous prescription, et nulle part ailleurs.

Entretien réalisé par Mady Bangoura 

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