Union Africaine : L’autofinancement pour des fioritures au détriment de l’essentiel

04 juillet 2017 10:10:22
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Comme les grandes problématiques qui font douter de l’efficacité d’un plan Marshall, où Merkel, pour l’Afrique à cause des politiques différentes et divergentes des Etats, on peut voir un autre problème encore aussi épineux sinon plus venir s’ajouter aux difficultés et porter un sacré coup à l’orgueil prude de l’Union Africaine. Après plus de 50 ans de financement extérieur, l’on vient de se rendre subitement compte que cela était humiliant. Ce qui est encore ridicule, c’est le déclarer et le clamer de façon audible à la face du monde avant d’avoir l’aval et l’accord de tous les membres sur le prélèvement de 0,2% sur leurs importations étrangères, tout en excluant les importations et échanges interafricains. Il y a problèmes.

En effet, tous les pays n’ont pas la même monnaie, ils n’ont pas la même barrière douanière, pas les mêmes facilités d’importation avec les partenaires différents. Certains pays bénéficient du « duty-free », pas d’autres. Avec la libre circulation des personnes et des biens dans un espace économique  commun donné, certains pourraient profiter sur d’autres de façon informelle pour alléger leurs importations avec des partenaires extérieurs au continent et payer moins. On a vu les trafiquants guinéens faire entrer frauduleusement du carburant à bas coût en provenance de la Sierra Leone et on a entendu que d’autres Guinéens exportent du carburant vers le Mali, vers le Sénégal par différentes et subtiles subterfuges. On sait qu’un sac de riz ne coûte pas le même prix en Guinée et dans les pays de la zone franc.

Ensuite, les pays n’ont pas la même balance commerciale, certains importent plus qu’ils n’exportent, ce qui est un déficit commercial entraînant forcément un gap et un manque à gagner pour ces pays. Si les cotisations se multiplient, comment tiendront-ils débout ?

En 98-99, pour remettre l’OUA en marche, Kadhafi n’a-t-il pas payé des arriérés de cotisation pour un nombre de pays qui n’en pouvaient plus pour obtenir un quorum ? Plus près, au Mali en 2016, n’y a-t-il pas eu une entourloupette au sujet des arriérés de paiement de cotisation à l’ONU ?

Un an s’est déjà écoulé après cette décision commune, dit-on, de prélever ces 0,2%, il n’y a pas encore 10 pays pour le faire. Seule la Côte d’Ivoire, probablement la future candidate à la présidence de l’UA, mais on peut se gourer, vient d’annoncer qu’elle va le faire, et qui d’autre, puisque le pays du président en exercice de l’UA n’a rien dit de clair et précis, ou bien ?

Hormis tout ce qui vient d’être dit, il y a que ces 0,2% ne seront destinés que pour le fonctionnement des institutions souvent confrontées à des pannes sèches et pour financer des sommets de sommeil ou des retrouvailles pour faire la fête entre syndicats, pour ne pas dire des sommets pour rien. Pendant ce temps, en RDC, en RCA, au Soudan du sud, en Somalie, des choses pas catholiques se produisent à longueur de journée. A côté, Boko Haram, à lui seul fait perdre le sommeil au Tchad, au Cameroun, au Niger, au Burkina Faso et à la plus grande puissance militaire de l’Afrique de l’ouest. Au Sahel, les terroristes font la loi au Burkina, au Niger, au Mali malgré la présence de Barkhane et de la MINUSMA, et il faut trouver plus de 300 millions d’euros pour mettre une défense commune, le G-5, parce que sur le continent, la défense commune n’existe pas encore, faute de financement. Quant à ce qu’on appelle « La Force d’attente de l’UA », elle attend toujours. Les USA et l’UE sont en train de réduire leurs financements des forces d’interventions et celles de l’ONU, et pour cause, le bruit court que les forces d’intervention affairistes créent l’embourbement pour démeurer sur place pour faire des affaires lucratives au su et au vu de l’Union Africaine muette comme une carpe, ce qui veut dire qu’il y aura des gaps abyssaux à combler.

On peut se demander si ces 0,2%, qui sont et qui vont être la mer à boire, suffiraient à financer toutes ces absolues et urgentes nécessités incompressibles. L’on a trop vite mis l’orgueil et la souveraineté devant la charrue.

Alassane Ouattara très visionnaire a suggéré de réduire les sommets de sommeil à un, annuellement, et non deux. Cette « coupe budgétaire » est significative mais insuffisante. Il faudrait encore chercher d’autres branches sans fruit à élaguer. On compte sur Ado, qui est confronté à des micmacs domestiques incommensurables, de trouver le moyen de ne plus faire la manche chez les les bailleurs de fonds internationaux.

Mais si les uns parlent de ne plus tendre la sébile vers les Puissances pour financer le fonctionnement de l’UA, d’autres caressent la France à lisse-poil pour une aide au G-5 du Sahel afin de lutter efficacement contre les terroristes, flûte !

Enfin, comme si tous ces problèmes non résolus ne sont pas assez urgents et cuisants, l’on en rajoute pour s’orienter et s’occuper des problèmes de la jeunesse, dont le financement est fichtrement plus caillouteux.

Comprenne qui pourra la logique de l’UA.

  • CONDÉ ABOU

    Il existe des éléments d’analyse très objectifs dans votre papier et je souscris à une bonne partie de vos conclusions. Pourquoi ?

    (1)Quel était le budget 2016 de l’Union Africaine ? L’Union africaine (UA) avait approuvé un budget de 446 millions de Dollars Américains pour ‎‎2016, légèrement supérieur à celui de 2015 de 416 millions de Dollars US, selon l’Agence Panafricaine, PANA.‎

    Théoriquement parlant, le budget 2016 devrait être partagé entre les 54 Etats africains respectifs pour un montant de 167 millions ‎de Dollars, (environ 37,4%), tandis que les donateurs étrangers contribueront pour 277 millions de Dollars (environ 62%).

    La Secrétaire générale de la Commission de l’UA, Djeneba Diarra, avait déclaré lors d’un point de Presse à Addis Abéba, que le Sommet de 2016 ‎devrait approuver la mise en œuvre de la nouvelle échelle des contributions.

    Cependant, un rapport sur l’état de la contribution des membres montre que seuls 19 des 54 pays ont payé ‎leurs cotisations qui ne représentent que 2% de l’ensemble du budget.

    Sans compter que le budget actuel ne comprend pas les finances nécessaires pour le déroulement des opérations de ‎maintien de la paix en Somalie sous l’égide de la Mission de l’Union Africaine en Somalie (AMISOM).

    Il se trouve que, les règles approuvées par le Conseil exécutif donnent mandat à l’organisation d’approuver 2% de ‎son budget pour l’AMISOM.

    Il y a eu une lente évolution vers la mise en œuvre d’une série de propositions sur les sources alternatives ‎de financement de l’UA.

    (2)Les Africains ont la très mauvaise habitude de faire porter la responsabilité de tous les malheurs du continent sur l’Europe et sur les autres puissances occidentales.

    Mais dès l’instant qu’il s’agit de mettre la main à la poche pour financer n’importe quel programme, ils sont les premiers à demander l’appui financier et technique de ceux-là que nous insultons de façon hypocrite tous les jours au nom d’un sentiment de révolte panafricaniste ou anti-colonial, comme si le continent était encore dans une lutte de libération ou de conquête de l’Indépendance politique.

    Le principe de la contribution de 0,5% des Etats membres a bien fonctionné au sein de la CEDEAO. Ce qui explique les performances de cette Organisation Sous régionale par rapport aux 4 autres régions du continent.

    En ce qui concerne l’Union Africaine, à ce jour, même la legislation en vigueur en Afrique du Sud ne lui permet pas de participer à une contribution de 0,5% au budget de l’Union telle qu’elle vient d’être schématisée par la réunion des Chefs d’Etat tenu à Kigali.
    Bien d’autres pays riches du continent se trouvent quasiment dans la même situation.

    (3)À propos de financement des emplois Jeunes et de dividende démographique en Afrique, c’est un leurre pour le continent, puisque tous les Économistes du développement et les partenaires au développement du continent, savent qu’à l’allure actuelle où la population Africaine s’accroît, absolument rien de positif ne fonctionnera en Afrique en dehors de guerres tribales pour l’espace vital et le contrôle des ressources naturelles dans de nombreux pays surpeuplés.

    Les cas de la R.D Congo, du Burundi, du Rwanda, du Soudan, ou la guerre de secession du Nigeria (1967-1970), sont là pour interpeller notre conscience.

    L’histoire récente du génocide épouvantable et sans précédent au Rwanda a démontré que la question du facteur démographique et de l’espace vital, y ont joué un très mauvais rôle et était en bonne partie à l’origine des conflits ethniques dans ce pays, dès l’instant qu’une partie de l’élite politique du pays en a fait une instrumentalisation pour se maintenir au pouvoir.

    Tous les pays Asiatiques que l’on considérait au début des années 60 dans le monde comme un péril pour le développement, Chine, Inde, etc…, se sont investis pour maîtriser scientifiquement la croissance démographique de leurs populations, et donner un système éducatif des plus performants rien qu’en l’espace de 3 générations.

    Tout le contraire en Afrique, alors que la poussée démographique galopante et anarchique actuelle, ne fera que faire reculer le continent et continuer de le plonger nos pays, dans les catastrophes humanitaires et politiques pour le contrôle des ressources naturelles, les migrations interminables des forces vives et les guerres pour le contrôle de l’espace vital.

    Des exemples comme celui-là ne manquent pas, y compris en Guinée. Rien qu’a regarder comment une belle ville comme Conakry et qui n’avait que 50 Mille habitants en 1958, et qui se retrouve aujourd’hui, 59 ans après, dans son agglomération, avec une population supérieure à 2,5 millions d’habitants !

    Est-ce que l’explosion démographique en Guinée, a été soutenue par l’amélioration de la qualité de la vie, du système éducatif, la construction de logements sociaux et une urbanisation maîtrisée, ou tout simplement par une meilleure qualité de l’environnement ? Allez savoir.

    Au lieu de prendre nous-mêmes les décisions proactives, en termes de planning familial et de contrôle des naissances pour le bien du continent, l’Afrique ne fait absolument rien du tout pour se remettre en cause et pour construire ses propres programmes socialement et économiquement soutenables sur le long terme.

    Voici pourquoi, le discours Africain sur le dividende démographique n’a aucun sens économique, en l’état actuel des choses. Que des leurres pour les leaders du continent, et des malheurs en perspective, pour nos populations qui vivront dans les 100 prochaines années, si rien est fait pour prendre à bras le corps les défis qui sont devant nous. Dieu nous en préserve.

    Et voilà pourquoi, je suis d’accord avec l’essentiel de vos conclusions, Cher Moise Sidibé. Salut.