lundi, 27 février 2017, 23:02 GMT

Les enseignants contractuels non-admis étaient très amers ce mardi 3 janvier contre les cadres du ministère en charge de l’Enseignement Pré-universitaire et de l’Alphabétisation. Ces jeunes enseignants dénoncent la trahison dont ils ont fait l’objet de la part de leur département de tutelle après lui avoir servi dans des conditions les plus difficiles, a-t-on constaté sur place.

 

Parmi les intervenants, c’est le jeune Aly Badra Kanté, professeur d’Economie en 12ème  et Terminales au Lycée 2 Octobre à Kaloum, qui est largement revenu sur l’historique de ce qu’ils qualifient de ‘’trahison’’. En conséquence, ils se disent prêts à intensifier leurs mouvements de protestation.  

 

La trahison…

 

«Quand le Pr. Alpha Condé est arrivé au pouvoir, les responsables des Directions Communales et Préfectorales de l’Education (DCE et DPE) sont venus vers les enseignants contractuels qui tenaient bien des prestations dans les salles de classe. Tellement qu’ils étaient satisfaits de nos services, ils nous ont promis qu’ils vont nous accompagner. Ils nous ont dit qu’il y a une pléthore dans les salles et que le gouvernement n’a pas de moyens. Ils nous ont affirmé qu’Alpha Condé a besoin d’être soutenu et lorsqu’il y aura des opportunités, ils nous recomposeront», a confié M. Kanté qui précise que quelques bâtiments ont été pris en location pour lutter contre cette pléthore dans les salles.

 

Dans la même lancée, M. Kanté a rappelé qu’ils ont été promis d’être les prioritaires depuis le premier concours qui a été organisé. «Ils nous ont dit que nous serons recrutés sans condition. C’est pourquoi, nous nous sommes dit que comme nous évoluons dans les privés, il ne serait mauvais aussi d’avoir des carrières dans l’administration publique. Nous avons eu confiance en cette promesse et nous avons continué à travailler. Nous avons fait trois ans d’activités sans contrepartie. Ce qu’on gagnait dans les écoles privées, c’est ce que nous utilisions pour servir dans les écoles publiques. Certains de nos amis ont perdu la vie après deux ans d’activités dans les conditions misérables. Ils sont partis dans la précarité et dans la misère. Et malgré tout, nous avons géré la situation», a-t-il expliqué.

 

‘’Rencontres de Dr. Ibrahima Kourouma avec les enseignants contractuels’’

 

Lors du premier concours, poursuit M. Kanté, ces mêmes personnes sont venues nous dire de déposer nos dossiers à leur niveau. Ce sont elles-mêmes qui ont déposé nos dossiers au ministère de la Fonction Publique. Après ce premier concours, nous avons été surpris de constater qu’aucun d’entre nous n’a été retenu.

 

«Cela était révoltant et nous avons commencé à manifester et à faire des mouvements. C’est ainsi que le ministre de l’Enseignement Pré-universitaire Dr. Ibrahima Kourouma et son chef de cabinet sont venus nous rencontrer après qu’ils aient constaté que ces nouveaux fonctionnaires mutés dans les salles de classe n’étaient pas à même de bien donner les cours. Les proviseurs peuvent en témoigner. C’était une déception totale. C’est suite à cela, Dr. Kourouma est revenu vers nous en disant qu’il reconnait ses erreurs. Il a dit que si nous voyons que ceux qui ont été recrutés ne pouvaient pas enseigner, c’est parce que l’Education ne s’en est pas mêlée. C’est pourquoi, il nous a  garantit de travailler  avec nous en nous mettant dans la phase contractuelle. Nous avons été immatriculés, une prime de 470 000 fg nous a été accordée. Parmi nous, certains ont été mutés où les besoins se manifestaient. Dr. Kourouma  a dit que le concours sera organisé à cause de nous. Nous nous sommes dit que si tel est le cas, nous n’avons même pas besoin de déposer nos dossiers. Le ministre de la Fonction Publique a fait un communiqué nous invitant à déposer nos dossiers. Ce dernier a dit que le concours sera formel (…)», a-t-il souligné.

 

« Les promesses »  du Dr. Ibrahima Kourouma…

 

Poursuivant, notre interlocuteur explique : «Dr. Ibrahima Kourouma nous a promis qu’il fera tout pour que la situation des enseignants contractuels soit réglée. Il a dit qu’il a demandé au chef de l’Etat Alpha Condé de lui laisser gérer notre situation.  Quand nous l’avons demandé sa stratégie, il nous a répondus que d’abord, le sujet qui sera choisi, tout enseignant en situation de classe pourrait le traiter. Et quand nous avons insisté, Dr. Kourouma a dit qu’il a d’autres mesures.  Nous l’avons expliqué que cette première mesure ne suffisait pas. Car, il y a des milliers de jeunes qui sont en situation de classe dans les écoles privées et qui ne sont pas contractuels d’Etat. Ils ont aussi appris la pédagogie et ils ont une certaine expérience».

 

Nous avons demandé Dr. Ibrahima Kourouma comment il pourrait aider les enseignants contractuels ? Nous lui avons dit que nous avons renoncé à beaucoup d’avantages pour se mettre à la disposition de la nation, a indiqué M. Kanté.

 

Dr. Kourouma  nous a dit de ne pas l’amener à déballer tous ses secrets alors que nous devons aller en compétition avec les autres (…). Après le concours, Dr. Ibrahima Kourouma nous a envoyés une commission pour lui remonter nos PV. Il a même constaté que nous n’étions pas 2 400 contractuels mais plutôt, 1 350 jeunes enseignants contractuels (…).

 

Vous vous souviendrez que l’offre était de recruter 3 500  enseignants. Dr. Kourouma nous dit qu’il a remonté le cas des contractuels et si l’on devait se limitait à ce nombre, les contractuels seraient un peu lésés. Sur ce, a dit Dr. Kourouma, le président Alpha Condé a accepté de prendre 5 000 enseignants. C’est pourquoi, les 1 500 qui ont été ajoutés étaient pour prendre en compte les contractuels. Très malheureusement, Dr. Kourouma n’a pu prendre que 60 personnes.

 

«Nous n’allons pas croiser les bras, nous irons jusqu’au bout. Nous allons intensifier notre mouvement. Il y a déjà une commission que nous avons mise sur pied», a promis M. Kanté.

 

« La corruption »

 

«Le ministre de l’Enseignant Pré-Universitaire a présenté une liste de 1 500 jeunes contractuels. Lui et son chef de cabinet ont pris de l’argent avec des gens et seulement 60 personnes parmi nous ont été recrutées», a-t-il dénoncé.

 

Au moment où je vous parle (11 heures, nrdl), a fait remarquer M. Kanté, les cours sont paralysés dans les écoles à Kankan, à Siguiri, à Mandiana etc. Les DPE sont fermées et les élèves sont dans la rue comme à Conakry. «Nous avons affaire à des gens qui n’ont pas le cœur, ils n’ont pas de soucis pour ce pays. C’est pourquoi, ils ont recruté des gens qui n’ont même la vocation d’enseigner…», s’est-il insurgé en substance.

 

Par ailleurs, toutes nos tentatives d’avoir la version du ministre Ibrahima Kourouma sur ces accusations sont pour le moment restées vaines. Car, il serait actuellement en déplacement hors du pays. Toutefois, un haut cadre de son département et qui a requis le sceau de l’anonymat, a catégoriquement réfuté ces allégations qu’il a qualifiées de mensongères et diffamatoires. Puisque, a-t-il précisé, le ministre Kourouma n’est ni le Premier ministre ni le ministre de la Fonction Publique encore moins le ministre des Finances pour faire de telles promesses à ces enseignants contractuels.

 

Nous y reviendrons.  

Sékou Sanoh

Conakry, Guinée 224-664-35-11-21

Sékou Sanoh