mercredi, 29 mars 2017, 05:16 GMT

Trois ans après, comment Alpha Condé a dépensé près d’un milliard de dollars sans que les Guinéens n’en voient les résultats.

ven, 13 Sep 2013, 04:29

Dans un article précédent, Guinéenews a cherché à démêler la gestion des entrées d’argent sous le contrôle étroit de la présidence. Dans cette livraison, nous nous sommes penchés sur les sorties d'argent selon les divulgations de la presse et des phrases lâchées ça et là qui donnent des pistes de l’utilisation des rentrées d’argent depuis l’élection de 2010.


 

Dans cette partie, nous explorons a manière dont ces recettes importantes ont été dépensées. Il est à noter que malgré des satisfecits des institutions, les Guinéens n’ont toujours pas une vue claire des dépenses de l’exécutif. Ceci n’est pas nouveau avec Alpha Condé car en Guinée, le président a toujours un droit régalien sur les dépenses sans contre pouvoir. Ce qui explique en partie, la férocité des batailles politiques qui tournent surtout vers le but ultime d’avoir un contrôle des recettes des Guinéens par un groupe restreint. Le reste de la paopulation se contentant des miettes présentées dans la presse officielle comme des cadeaux du président : « le président a donné X milliards de FG, le président offre Y milliards…» alors que c'est l'argent de tous les Guinéens.

 

Nous avons énuméré plus d’un milliard de dollars d’entrée d’argent depuis l’élection d’Alpha Condé en 2010. Cette somme n’inclue pas l’aide bi et multilatérale des partenaires au developpement dont le contrôle échappe en partie à l’exécutif. Nous parlons ici de centaines de milions de dollars dont le président a, pour toutes fins pratiques un contrôle total sur les sorties et n’a de comptes à rendre  – pour le moment – à aucun organisme représentatif élu. 

 

Puisque la misère est hautement visible en Guinée, le courant et l’eau manquant, les infrastructures routières défaillantes, le système de santé appélé «mouroir», les écoles délabrées, la justice dénuée, les logements sociaux inexistants, les ordures ménagères non ramassées, la question qui est examinée dans cette deuxième partie est la suivante : Comment le milliard et plus de dollars a été dépensé ?

 

Guinéenews a enquêté….
 

 

1- La recherche de résolution du problème de courant électrique.
 

Alpha Condé candidat avait fait la promesse de donner du courant électrique aux Guinéens «dans les six mois». A ce titre, il faut lui donner ce crédit, le président guinéen a mis les bouchées doubles. Dès son arrivée à Sékhoutouréya, il a fait venir les cadres d'EDG pour leur demander de proposer des solutions. Malheureusement pour lui et pour la Guinée, des militants du RPG lui ont fait accepter le principe que seuls les militants «bon teint» (entendez originaires de la région d'adoption du président Alpha Condé) du RPG peuvent mener à bien la réforme du secteur d'électricité, les cadres des autres régions étant des «saboteurs potentiels» qu'il faut écarter au plus vite. 

 

Un certain Abdoulaye Kéita, comptable de son état  et militant «pur et dur» sera nommé coordinateur d'EDG et réussira l'exploit à écarter tous les cadres des autres régions de la direction d'EDG lors du premier réaménagement administratif de la société d‘État. Des groupes électrogènes neufs seront achetés – sans appel d’offre bien sur – mais les lignes de transmissions et l’approvisionnement en carburant rendront cette dépense inutile. A Kankan par exemple, le courant ne sera présent que pour deux (2) mois, les centrales thermiques sont à l'arrêt pour cause de manque de carburant. Lors de la CAN 2011, Mr Kéïta qui avait promis «zéro coupure» se retrouvera face à des émeutes qui emporteront d’ailleurs un officier de l’aviation lynché par des jeunes en colère.

 

Combien a été dépensé pour résoudre ou atténuer la fourniture du courant si précieux pour les citoyens ? De 250 millions selon le président guinéen à 600 millions selon d'autres sources s'il faut inclure le projet de barrage hydroélectrique de Kaléta dont le financement malgré les annonces triomphales des partisans du pouvoir, n'a toujours pas été bouclé et fonctionne sur fonds propres de la Guinée.

 

La dernière solution annoncée est la location pour un montant officiel de 11 millions de dollars d’une centrale thermique auprès d’une société anglaise juste à temps pour les législatives. Mais cette location n’inclut pas la fourniture en fuel qui peut s’élever à des dizaines de millions de dollars en tenant compte des pertes dues à la vétusté du réseau et surtout aux vols de carburant endémiques et impunis. Toutefois, une autre source affirme que dans le contrat qui lie la Guinée à la société anglaise Agreko, la fourniture du carburant pour faire tourner les groupes thermiques y fait partie.
 

2- La campagne agricole
 

Ancien sympathisant du système communiste, Alpha Condé a toujours annoncé son penchant pour le monde rural et a toujours montré son souhait de développer l'agriculture et assurer l'autosuffisance alimentaire. En ses moments d'opposant, il avait même créé une entreprise de courtage de produits agricoles qui n'a pas donné, vu la capacité de gestion limitée du professeur d'université qu'il est. 

 

En réalité, affirment des cadres interrogés, personne ne connaît combien la Guinée a dépensé pour l'achat d'intrants et de matériel agricole afin de faire briller la Guinée vers l’autosuffisance alimentaire. Connaissant le fait qu’Alpha Condé tient à ce projet, plusieurs intermédiaires auraient profité pour surfacturer et détourner les sommes débloquées par l’État pour la réussite de la campagne. Alpha Condé avait lui-même accusé publiquement l’ancien ministre de l'agriculture et ex-allié politique Jean Marc Téliano de détournement, ce que ce dernier a recusé et promis de faire des «révélations» à son tour.

 

Les institutions de développement auront beau fait d'expliquer à Alpha Condé qu'au delà des tracteurs et des intrants, il y a d'autres facteurs notamment le financement et la distribution qui doivent être pris en considération. N'en faisant qu'à sa tête, le président guinéen se fait surfacturer les intrants par des intermédiaires non Guinéens et la distribution des engrais et tracteurs se fait dans une cacophonie telle que même Kankan – réputé fief du RPG – a protesté des détournement par les responsables locaux. Résultat : l'autosuffisance alimentaire est loin à l'horizon et les commandes de riz vietnamien, cambodgien ou indien – via des intermédiaires – continuent de grêver le budget de l'État guinéen. Pire, la dégradation des infrastructures routières est telle que même le peu d'endroits où la production a fait des avancées, les récoltes pourrissent faute de stockage ou de moyens d'évacuation. 

 

Le montant débloqué pour les campagnes agricoles n’a pas été rendu public, mais se monte dans des dizaines de millions de dollars selon les estimations des spécialistes.
 

3- Les voyages du président
 

Ancien bénéficiaire du soutien financier des personnes sans revenus octroyé par l'État français aux citoyens de ce pays dont il détiendrait toujours la nationalité, le président guinéen qui a tout le temps voyagé en Afrique pour trouver des financements auprès de certains présidents africains pour son parti le RPG, se trouve maintenant à la tête d'un État où le chef a très peu de comptes à rendre. Un avion privé d’une société suisse est vite affrété à travers une compagnie intermédiaire nigériane pour les déplacements nombreux du président guinéen au quatre coins du monde. De la Corée au Cambodge, Thailande, Malaisie, Chine, Brésil, Canada, Suisse, Allemagne, Dubai, Arabie Saoudite et plusieurs capitales africaines, le jet privé revient très cher au contribuable guinéen. Ces voyages qui commencaient à exaspérer les Guinéens sont présentés comme «une recherche d’investisseurs et vendre la Guinée». Malheureusement, les hôtels se vident et les «investisseurs» ne se bousculent plus et semblent plutôt prendre le chemin inverse comme en témoignent les fermetures d’usines et le gel de projets miniers.

 

Le journal La Lance a levé un coin de voile sur la facture : des dizaines de millions de dollars de dépenses rien que pour les pays voisins tels la Mauritanie, le Sénégal ou le Burkina. Les coûts de voyage présidentiel en Asie, Europe et Amérique du Nord et Amérique Latine n’ont jamais été dévoilés, mais l’estimation va dans des dizaines de millions de dollars en incluant les frais d’attentes des avions dans les aéroports.
 

4- Les consultants en images du président

 

Jeune Afrique, Africable, la presse anglo-saxonne et d'autres médias reconnus pour leur accointances dans le passé avec des présidents en recherche de couverture favorable, publient régulièrement des reportages très flatteurs du président guinéen présenté comme étant le premier président démocratiquement élu d’un pays africain pauvre et corrompu qui courageusement se bat pour sortir le pays de l'ornière dans laquelle des mauvais dictateurs ont plongé le pays. Une image en contraste avec la réalité de tous les jours des Guinéens. 

 

Le grand coup de communication fut la présence du président Alpha Condé au pré-sommet sur la transparence dans les secteurs miniers et le publireportage sur la corruption dans les mines qui est publié dans des journaux influents tels que Les Echos, Le  Figaro en France et The Guardian, The Independant en Grande Bretagne. Travail réalisé par des firmes de communicants et de relations publiques qui monnaient leurs services au prix fort. 

 

Ces firmes de consultants ont aussi «planté» des articles sur l'acquisition douteuse de la moitié du riche gisement de Simandou par BSGR du milliardaire franco-israélien Benny Steimetz sous le président Lansana Conté. Mais ils se gardent bien de mentionner la vente de Fria, et la fermeture subséquente de l'usine par Rusal ou les 700 millions de Rio dont la gestion n'a jamais été transparente.
 

5- Les lobbies étrangers

 

Jamais un président guinéen n’a autant fait appel à des étrangers surtout «blancs» pour chercher à parvenir à ses fins. Son long séjour en France (plus de 50 ans) a fait qu’Alpha connait plus la France que la Guinée et ne se cache pas de ne pas faire confiance aux cadres guinéens. Des personalités telles que Tony Blair, Georges Soros et Bernard Kouchner ont vite fait d'exploiter le complexe d'oedipe du président guinéen qui, à tout moment, rappelle aux Guinéens son manque de considération pour leurs compétences. Trop malins de se faire payer directement, ces personalités qui viennent de découvrir la Guinée orienteront le président guinéen vers des dépenses en consultants, avocats, conférences à travers le monde sous prétexte de l'introduire dans «la cour des grands». Ainsi de Davos à Québec à Bahrein, le chef de l'État guinéen est invité à toutes sortes de sommets … au frais du contribuable guinéen. 

 

Les résultats de ces participations de la Guinée ne sont pas visibles sur le terrain aux yeux du Guinéen moyen. Mais sur le plan international, la narrative est qu’Alpha Condé a héritée d’un pays sans État et se bat pour créer un État de droit. Les Guinéens apprécieront….
 

6- La sécurité du président

 

Se méfiant de l'armée à qui il doit son pouvoir en partie, Alpha Condé a vite fait de fagociter l'armée guinéenne en se débarassant de tous les anciens proches de Sékouba Konaté, ce militaire qui ayant dirigé la transition est accusé par ses détracteurs d'avoir «offert» la présidence à Alpha Condé. Les tirs sur le domicile du président guinéen en 2011 seront l'occasion de faire arréter plusieurs hauts gradés. 

 

Parrallèlement, Alpha Condé fera appel à des firmes étrangères spécialisées dans les services de sécurité des personalités publiques. Pour la première fois, les Guinéens ont vu un "Blanc" servir de garde rapprochée à leur président. En même temps, la presse guinéenne a dévoilé l’information sur les dizaines de personnes recrutées sur des bases non conformes et triées sur le volet qui sont envoyés en formation accélérée au Burkina et en Angola afin de prendre la relève des anciens bérêts rouges chargés de la protection des anciens présidents. Le coût de tout cela est tenu «secret défense» mais se chiffre à des dizaines de millions de dollars.
 

7- Les comités de Mamaya et de soutien au président

 

Comme ses prédécesseurs, des mouvements de soutiens fleurissent çà et là pour chanter la gloire du chef et insulter les opposants ou agresser physiquement les supporters de l'oppositon. Chaque marche ou manifestation fait l'objet de décaissements de plusieurs milliards de FG distribués aux partisants du pouvoir pour contrecarrer l'ardeur de l'opposition. C’est une pratique qui n’est pas nouvelle et qui date depuis le temps de Conté en passant par les militaires, une frange de Guinéens soutiendront toujours le pouvoir en place qu’ils voient comme une source d’entrée d’argent. Guinéenews a revélé les milliards sortis de la Banque Centrale pour «acheter» des voix à Kaloum, siège de l’exécutif. 
 

8- Les législatives

 

Les élections législatives sont cruciales pour Alpha Condé. Après avoir pris des milliards de dollars d’engagement notamment dans le domaine des mines, le président guinéen est dans une position où il doit à tout prix obtenir la majorité à l’Assemblée nationale pour pouvoir maintenir légalement le contrôle de ces milliards d’investissements potentiels sachant que l’opposition en contrôlant de l’Assemblée va inévitablement scrutiner les contrats qu’Alpha a signés de la même façon que lui a récusé les contrats précédents. A cela, il faut ajouter l’aide étrangère suspendue au bon déroulement des élections.  Pour obtenir la majorité, Alpha Condé «met le paquet» au détriment des caisses publiques sous le regard indifférent du FMI (fonds monétaire international) et des partenaires étrangers.

 

Initialement, Alpha Condé avait annoncé n'avoir pas besoin d'aide financière étrangère pour organiser les élections, mais devant les sorties rapides d'argent, le chef de l'État guinéen s'est résigné d'accepter l'ingérence des bailleurs de fonds. Comme tous les autres présidents avant lui, les dépenses «de souverainété» permettent au locataire de Sékhoutouréya d'achêter les différentes coordinations régionales et mouvements de soutiens qui ne se privent pas de lui trouver des ennémis à combattre. Ainsi, la FOSSEPEL a un budget quasi illimité pour l'achât de matériels de répression et de gaz lacrymogène ou de canons anti-émeutes. L'armée quant à elle, après les tirs sur le domicile du président guinéen le 19 juillet 2011 a obtenu carte blanche pour les dépenses de  «sécurité nationale» et ne s'en prive pas.  

 

9. Conclusion

 

En conclusion, il est facile de voir qu’il n’existe à priori pas de preuves directes que le président guinéen s’est enrichi personnellement, mais force est de constater que de l’argent – qui aurait pu servir à la construction de routes, hôpitaux, écoles, logements sociaux –  a été gaspillé sans que les Guinéens n’en voient les résultats sur le terrain. Les étudiants se plaignent des conditions d’études, les rues se dégradent, l’insécurité est endémique, les hôpitaux manquent de tout, les logements sociaux sont inexistants, l’électricité et l’eau sont devenus des denrées rares, mais le président guinéen demande à ses concitoyens de lui donner une majorité parlementaire, car selon ses partisans «avec les autres ce sera pire».

 

Les Guinéens se prononceront le 24 septembre prochain et si les votes sont comptés correctement, on verra bien dans quelle direction le pays veut aller en ce 21ème siècle après 55 ans d’indépendance. 

 

Certains observateurs estiment que même si c’est un pas dans la bonne direction, les législatives vont relancer une ère de paralysie jusqu’aux prochaines présidentielles de 2015. « Si l’Opposition contrôle l’Assemblée, le président Alpha Condé a tous les léviers du pouvoir pour – à son tour «empêcher» ses adversaires de gouverner y compris dissoudre la dissoudre à tout moment. Si Alpha Condé obtient une majorité, nous aurons exactement les 3 dernières années en répétition car plusieurs investisseurs ont déjà voté avec leur pieds sur la méthode de gouvernance d’Alpha Condé et il est improbable qu'une majorité parlementaire RPG dévouée au président les fasse revenir. Les Guinéens en sont donc pour une période d’incertitude économique qui ne se terminera pas avec ces législative » avertissent ces observateurs.

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Trois ans après, Alpha peine à montrer des résultats concrets aux Guinéens malgré un milliard USD

mar, 10 Sep 2013, 02:33

Arrivé au pouvoir, Alpha Condé avait fameusement déclaré – sans surprise car c’est la rengaine de tout nouvel élu même dans les pays développés de blâmer le «lourd héritage» de l’ancien régime – n'avoir trouvé que «50 (cinquante) dollars» dans les caisses de l'état. Pour prouver que ses prédécesseurs ont «vidé les caisses», le nouvellement élu président guinéen, fit appel à la Banque de France pour faire un audit de la gestion du gouvernement de la transition. Ce rapport d’audit – jamais rendu public, pour cause selon les détracteurs du président que les prédateurs présumés des finances publiques étaient tous dans son entourage immédiat. Malgré tout, le rapport d'audit était très dévastateur et confirmait que sous le gouvernement militaire et de la «transition» les sorties d'argent étaient incontrôlées, les règles d'octroi des contrats n'ont jamais été respectées et les dépenses injustifiables. Bref une saignée des caisses publiques sans précédent en Guinée.

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Obsèques du chargé de la sécurité du Syli de Guinée : Alpha Condé instruit !

ven, 2 Août 2013, 00:08

Le président de la République, le professeur Alpha Condé, « affecté » par la disparition du chargé de la sécurité du Syli national de Guinée, Mohamed Joe Camara, à Paris, a donné des instructions fermes pour prendre en charge les frais des obsèques. C'est le contenu de la déclaration du ministre Sanoussy Bantama Sow de la jeunesse et des sports, a-t-on appris jeudi soir au cours d'un discours télévisé. 

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Dossiers – Quels rôles pour les Coordinations Régionales ? (1ère partie)

mer, 31 Juil 2013, 05:30

La déliquescence des valeurs civiques en Guinée : Contexte historique des coordinations régionales

Tueries répétées sans justice ; violence d’une barbarie inouïe ; banalisation de la mort de l’autre comme dans le règne animal ; exacerbation inutile des clivages identitaires autrement gérables ; perte de repères moraux ; destructions de lieux de culte en plein mois saint de Ramadan ; pauvreté grandissante en dépit de richesses minières fabuleuses ; la Guinée semble vivre une prophétie de l'envoyé de Dieu (bénédiction et paix sur lui et sa famille), qui, après avoir annoncé l’avènement d’une époque où le peuple perda ses repères, se détournant des enseignements de la religion, la justice, et les actes vertueux, avait averti en ces termes :

« Quand ces évènements se produiront, Dieu donnera au peuple trois particularités : il supprimera l’abondance de la vie du peuple ; il fera régner un tyran sur lui; et le peuple mourra sans foi ».  

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Revue de presse du 22 au 28 juillet 2013

mer, 31 Juil 2013, 05:16

Enfin les candidats à la législature sont connus. Les violences inter-ethniques à N’Zérékoré, l’enrôlement des mineurs, la proclamation des résultats des examens ainsi que la rencontre du chef de l’Etat avec Tony Blair et celui de Lansana Kouyaté, sont entre autres actualités qui ont défait la chronique, la semaine écoulée.

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Le danger pour la nation guinéenne d’un Etat en déliquescence avancée

sam, 27 Juil 2013, 20:10

Un Etat qui n’arrive pas à assurer le respect de l’État de droit dans son territoire est communément appelé « Etat déliquescent » ou « Etat failli (« failed state » en Anglais) ». L’Etat déliquescent se reconnait par plusieurs indices, notamment l’incapacité du gouvernement d’exercer un contrôle effectif sur l’étendue de son territoire ; la de-légitimisation du pouvoir en place ; la corruption généralisée maintenue par le clientélisme ou le népotisme au sein de l’administration ; une crise économique aigue ; et des conflits interminables internes ou externes. 

[cleeng_content id= »108110925″ description= »Cet article n\’est accessible qu\’aux membres ayant un compte premium Guineenews. Merci de votre comprehension. » price= »0.54″ t= »article »]Normalement, ce sont des pays qui ont connu le malheur d’une guerre civile qui se retrouvent dans cette catégorie tristement célèbre. Mais depuis la fin de règne du régime Conté, la Guinée a bousculé cette théorie en étant le seul pays n’ayant jamais connu de guerre ou de crise majeure qui figure en permanence dans la catégorie des Etats les plus déliquescents de l’Afrique et du monde. La déliquescence avancée de l’Etat guinéen est un phénomène malheureux qui tire son origine de l’incurie de l’élite politique du pays et la perversion des valeurs traditionnelles et religieuses du pays. Depuis près de 5 cinq ans, le pays a sombré dans la classe de pays « voyou » où la violence gratuite est le mode d’expression préféré.

Chaque année, le “US Fund for Peace” et le “Foreign Policy Magazine” dressent un classement des pays du monde entier en fonction du degré de déliquescence de l’Etat de droit (pour plus d’informations, consulter le site http://library.fundforpeace.org/fsi13). Les pays nordiques ont souvent les Etats les plus performants. La Somalie est l’archétype de l’Etat déliquescent et occupe la première place dans cette catégorie. En 2005, lorsque le classement fut réalisé pour la première fois, le régime de Lansana Conté amorçait sa fin de règne, mais l’Etat guinéen occupait la 16ème place et était moins déliquescent que ses voisins de Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Liberia. En 2009, sous le règne de Dadis, la déliquescence a progressé, propulsant la Guinée à la 9ème place du peloton de la lanterne rouge du monde, et la toute première place dans la région ouest-africaine. L’avènement du « premier président démocratiquement élu » aurait dû apporter le changement et sortir la Guinée de ce peloton honteux. Mais en 2013, au moment de la période de mi-mandat, la Guinée arrive à peine à se maintenir au niveau de son voisin, la Côte d’Ivoire dont l’Etat fut miné par plus d’une décennie de guerre civile. Les Etats de Guinée Bissau, de Sierra Leone, du Liberia, du Mali, du Sénégal sont de loin mieux nantis que l’Etat guinéen.

Les raisons de la déliquescence avancée de l’Etat guinéen

Pourquoi la Guinée n’arrive-t-elle pas à sortir de la clique honteuse de pays qui n’arrivent pas à asseoir un Etat moderne ? La plupart des membres de cette clique doivent leur sort aux séquelles de la guerre civile (Somalie, RDC, Soudan, Sud Soudan, République Centrafricaine, Côte d’Ivoire) ou d’une crise aigue (Zimbabwe). La Guinée n’a connu aucun de ces maux et doit son classement à des facteurs endogènes, notamment (i) le déclin économique ; (ii) l’implantation de la culture d’impunité dans les cas de violations sérieuses des droits de l’homme ; (iv) le manque de dialogue politique et la de-légitimisation de l’Etat ; (v) l’incurie et le manque de sentiment national de l’élite ; et (vi) l'indiscipline des forces de défense et de sécurité. Ces facteurs ont été toujours très élevés dans la notation pour la Guinée, avec un degré de déliquescence oscillant entre 8,5 sur 10 et 9,8 sur 10. 

La maladie de Conté et la longue période de fin de règne ont fait le lit de la déliquescence de l’Etat guinéen. L’apathie légendaire des Guinéens a été l’élément catalytique. C’est ce qui a permis à un régime militaire anachronique de se propulser au devant de la scène politique et de prendre les rennes du pouvoir à la mort de Conté, contribuant ainsi à accélérer la déliquescence de l’Etat. L’avènement au pouvoir d’un professeur de droit ayant vécu plus d’un demi-siècle dans un Etat démocratique avancé avait créé une lueur d’espoir. Mais au lieu d’apporter avec lui l’expérience française dans l’établissement d’un Etat moderne fort, le professeur a puisé dans le passé peu reluisant du pays, se basant sur des systèmes traditionnel caducs. Les questions d’Etats sont gérées sur la base d’affinité politique et ethnolinguistique. Dès qu’il y a problème quelque part dans le pays, l’Etat envoie non pas le responsable officiel attitré du gouvernement, mais un « fils du pays » avec des sacs d’argent cash comme « prix de cola » pour acheter la paix et le calme. Le consensus avec les coordinations ethno-régionales (vestiges de la période coloniale) a remplacé le dialogue nécessaire avec l’opposition politique. Le professeur contrôle tout (l’Etat c’est moi), mais à part les propagandes chèrement payées et les annonces facétieuses sur l’unicité des caisses, la reforme de la fonction publique, de la justice, des forces de sécurité à l’intention des ambassadeurs d’Amérique et d’Europe, la dégradation de l’Etat s’est poursuivi sous le régime d’Alpha Condé.

Au lendemain de la transition démocratique, l’appétit du professeur Alpha Condé pour les jeux de la politique politicienne a été le plus grand facteur de déliquescence de l’Etat guinéen. L’obsession de garder tous les pouvoirs, d’être partout et nulle part, et d’instrumentaliser l’Etat pour des gains politiques a fini par miner l’Etat de droit que le professeur peinait à reconstituer. La faible priorité accordée à la réconciliation, la pacification et l’unification de la Nation et l’immense énergie fournie pour contrôler tous les leviers du pouvoir ont eu un effet boomerang. En fin de compte, le professeur n’a eu ni réconciliation, ni contrôle. Malgré les grands efforts de lobbying pour masquer les choses, il ne se passe pas deux mois sans que Banki Moon de l’ONU ne tire la sonnette d’alarme sur une tragédie humaine qui ne grandit pas la Guinée. La mainmise sur le secteur minier a été un désastre. L’eau et l’électricité restent des rêves lointains. 

Le rôle de l’instrumentalisation de la justice dans la déliquescence de l’Etat 

L’Etat de droit est fondé sur la justice. La justice a besoin d’un législateur (une assemblée nationale souveraine) qui vote les lois et d’un appareil judiciaire indépendant chargé de contrôler l’application et l’interprétation de la loi et de servir d’arbitre. La déliquescence de l’Etat guinéen vient du fait que ces deux institutions, qui sont le fondement de toute démocratie, ne fonctionnent pas selon les normes. Le pouvoir exécutif a tout ramené au niveau de la personne du président de République. En plus de s’accommoder d’un CNT (conseil national de transition) béni oui-oui et de chercher à avoir une Assemblée nationale aux ordres, les efforts du professeur de caporaliser la justice ont contribué à délégitimer les pouvoirs publics, poussant les populations incultes à se rendre justice comme si on était dans le Far West. 

Alpha Condé s’est peut être inspiré d’expériences peu recomendables vécues en France où des leaders ont habilement manipulé la justice pour accabler leurs opposants ou atteindre des objectifs politiques inavoués. On peut citer le procès de Jacques Chirac sur le financement illicite du RPR, l’affaire Clearstream avec Dominique de Villepin, l’Angola-gate, le dossier Karachi, la perquisition chez Christine Lagarde et la récente mise en examen de Sarkozy dans l’affaire Bettencourt. C’est aussi le cas de Berlusconi en Italie jusqu'à ce qu’il fut rattrapé par ses turpitudes. Même aux Etats-Unis, la justice est parfois instrumentalisée. On reproche à Obama de bourrer le Département de justice de cadres proches de son parti. La procédure de destitution de Clinton était une affaire politico-judiciaire montée par ses opposants républicains; Bush fut élu pour la première fois par une Cour suprême dominée par des conservateurs. En Ukraine, Victor Yanokovych avait instrumentalisé la justice pour neutraliser l’encombrante Yuliva Tymoshencho qui s’opposait à sa dictature. Putin avait décimé par voie judiciaire tous les oligarques russes qui n’étaient pas à sa dévotion. Plus près de nous, au Sénégal, la traque des biens mal acquis prend une allure de chasse aux pontifes du régime précédent. Dans les pays qui aspirent à la démocratie, ces pratiques relèvent d’intrigues politiques « court-termistes » qui s’arrêtent dès que l’opinion publique commence à s’insurger. 

Pour le professeur de Droit, la mainmise sur la justice va au delà des intrigues politiques. C’est devenu un instrument de normalisation d’un Etat d’exception qui renforce le pouvoir personnel du président. En ce sens, Monsieur Condé ne fait pas mieux que Conté lorsque celui-ci se rendait en personne à la prison de Coronthie pour libérer son ami Mamadou Sylla et dire « la loi c’est moi ». Sous le régime d’Alpha Condé, les rares cas de justice qui sont traités de façon expéditive sont les cas qui accablent ses opposants. Pour les autres cas, l’approche du chef de l’État est que « tout le monde est victime et bourreau à la fois ».

L’affaire du 28 Septembre peut attendre et les principaux inculpés continuent à être des figures incontournables dans le gouvernement. L’affaire Madame Boiro est renvoyée aux calendes grecques. L’affaire Zogota, personne n’en parle. Les tueries lors des manifestations sont à oublier. Les exactions des forces de l’ordre sont pardonnables, mais les manifestants non-armés sont vite arrêtés et condamnés à de lourdes peines.

Dans la plupart des pays qui font face à une politisation de la justice, la conscience publique et l’action des élites servent de rempart contre les abus du gouvernement. L’illustration parfaite est le scandale politique de « l’affaire Dreyfus » en 1894, quand Emile Zola, révolté, publia la lettre « j’accuse » pour dénoncer la manipulation de la justice. Par la suite, il y a eu une prise de responsabilité de la Cour suprême qui annule le jugement controversé, sans renvoi. Tout récemment, aux Etats-Unis, l’opinion publique est en train de forcer le gouvernement à revoir les lois de la Floride qui ont mené à l’acquittement de Zimmerman sur le meurtre du jeune Travon. Ce sont les bonnes consciences qui imposent la justice et favorisent l’avènement d’un Etat de droit.

La réconciliation nationale est plus que jamais d’actualité 

Alors que le tissu social guinéen était en lambeau après l’éviction de Dadis et les deux tours de l’élection présidentielle de 2010, le nouveau régime guinéen déniait la nécessité d’une réconciliation nationale. La réponse quasi machinale était : « on réconcilie qui et qui ? ». Avec les événements de Nzérékoré, l’Etat guinéen a au moins une partie de la réponse à sa question.

Pour n’avoir pas compris que Nzérékoré n’a jamais exorcisé ces vieux démons de 1991 en continuant à vivre en communauté de « développement séparé »,et pour n’avoir pas compris qu’une communauté (Koniankés) regorgeait encore les anciens combattants de la rébellion sierra léonaise Ulimo et que l’autre communauté(Guerzés) avait en son sein les anciens militaires formés et démobilisés de Kalia, Alpha Condé s’est contenté de mettre en place, depuis deux ans, un simple comité de réflexion sur la réconciliation nationale composé d’un imam et d’un archevêque.

La difficulté pour le Professeur de jouer le rôle rassembleur de père de la nation guinéenne

Il y a rien comme une tragédie pour réveiller le sentiment national, unifier les populations dans un élan de solidarité, et avancer la cause commune. Bill Clinton séduisait les électeurs par sa capacité de compassion. Bush doit sa seconde présidence à la tragédie du 11 Septembre et au rôle unificateur qu’il avait joué au lendemain des attentats. Avec les désastres naturels et humains qui se multiplient aux Etats-Unis, Obama est devenu le « consolateur-en-chef » du pays. Il n’y a pas une tragédie si petite où le président n’accoure pas pour jouer au père de famille et consoler la Nation. Durant l’année écoulée, Obama était à Aurora (Etat du Colorado) après le massacre de spectateurs dans une salle de cinéma, a Newton (Etat du Kansas) après le massacre de 20 élèves, à Boston (Etat du Massachusetts) suite à l’attentat à la bombe au marathon de Boston.

Suite au massacre de 34 mineurs en grève en Afrique du Sud l’année dernière, le président Zuma de l’Afrique du Sud avait failli être viré de l’ANC et de son fauteuil présidentiel. On lui reprochait de s’être contenté d’un discours laconique à partir du Mozambique où il participait à un sommet régional de la SADC, plutôt que de rentrer immédiatement et consoler la Nation. La côte de popularité stratosphérique d’Abdoulaye Wade en 2002 avait pris un grand coup suite au désaveu par les sénégalais de sa manière dont il avait géré la tragédie du le naufrage du Joola. 

Le professeur Alpha Condé a de la peine à communier et à communiquer avec ses compatriotes. Il ne se sent à l’aise que dans les réunions avec ses partisans ou dans le confort de l’étranger, loin des casse-têtes de Conakry. En manquant les occasions de se rendre dans le pays profond, de communier avec les populations, se mettre au dessus de la politique partisane, le professeur peine à rentrer dans le boubou ou costume de chef d’Etat. Lui qui dit n’avoir pas trouvé d’Etat, risque non seulement de faire disparaitre les lambeaux d’Etat qu’il a hérité, mais surtout de faire disparaitre la Guinée en tant que Nation. Ce qui serait plus grave pour sa place dans l’histoire.

Celui qui avait promis de devenir le “président de tous les Guineens” se trompe d’ennemis. Ses ennemis ce ne sont pas ces politiciens qui s’opposent démocratiquement a son pouvoir comme c’est le cas dans tous les pays democratiques – l’Opposition à pour rôle de critiquer et de s’opposer au pouvoir. L’ennemi du president de la Guinée, c’est la mauvaise gouvernance, la morosite economique, l’incapacité à créer chez les Guinéens un espoir que demain sera meilleur. Le Guinéen rêve de trouver un emploi décent pour soi même et ses enfants, d’avoir accès à l’eau potable, de se trouver un logis, une éducation pour que ses enfants aient une vie meilleure, d’aller à un hôpital où il peut se soigner, d’avoir une sécurité de ses biens et de sa pensée, de porter ses différents avec l’état ou ses concitoyens devant un systeme de justice impartial etc… Le professeur n’a jamais compris que la majeure partie des Guinéens n’a jamais été contre lui, mais contre ses methodes de gouvernance… 

Il n’est pas trop tard de changer de course, mais la question qui se pose est : Peut-on changer après avoir passé toute sa vie à s’opposer – sans rien proposer aux Guinéens ?
 

L’équipe de rédaction de Guinéenews© [/cleeng_content]

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