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Trois ans après, comment Alpha Condé a dépensé près d’un milliard de dollars sans que les Guinéens n’en voient les résultats.

ven, 13 Sep 2013, 04:29

Dans un article précédent, Guinéenews a cherché à démêler la gestion des entrées d’argent sous le contrôle étroit de la présidence. Dans cette livraison, nous nous sommes penchés sur les sorties d'argent selon les divulgations de la presse et des phrases lâchées ça et là qui donnent des pistes de l’utilisation des rentrées d’argent depuis l’élection de 2010.


 

Dans cette partie, nous explorons a manière dont ces recettes importantes ont été dépensées. Il est à noter que malgré des satisfecits des institutions, les Guinéens n’ont toujours pas une vue claire des dépenses de l’exécutif. Ceci n’est pas nouveau avec Alpha Condé car en Guinée, le président a toujours un droit régalien sur les dépenses sans contre pouvoir. Ce qui explique en partie, la férocité des batailles politiques qui tournent surtout vers le but ultime d’avoir un contrôle des recettes des Guinéens par un groupe restreint. Le reste de la paopulation se contentant des miettes présentées dans la presse officielle comme des cadeaux du président : « le président a donné X milliards de FG, le président offre Y milliards…» alors que c'est l'argent de tous les Guinéens.

 

Nous avons énuméré plus d’un milliard de dollars d’entrée d’argent depuis l’élection d’Alpha Condé en 2010. Cette somme n’inclue pas l’aide bi et multilatérale des partenaires au developpement dont le contrôle échappe en partie à l’exécutif. Nous parlons ici de centaines de milions de dollars dont le président a, pour toutes fins pratiques un contrôle total sur les sorties et n’a de comptes à rendre  – pour le moment – à aucun organisme représentatif élu. 

 

Puisque la misère est hautement visible en Guinée, le courant et l’eau manquant, les infrastructures routières défaillantes, le système de santé appélé «mouroir», les écoles délabrées, la justice dénuée, les logements sociaux inexistants, les ordures ménagères non ramassées, la question qui est examinée dans cette deuxième partie est la suivante : Comment le milliard et plus de dollars a été dépensé ?

 

Guinéenews a enquêté….
 

 

1- La recherche de résolution du problème de courant électrique.
 

Alpha Condé candidat avait fait la promesse de donner du courant électrique aux Guinéens «dans les six mois». A ce titre, il faut lui donner ce crédit, le président guinéen a mis les bouchées doubles. Dès son arrivée à Sékhoutouréya, il a fait venir les cadres d'EDG pour leur demander de proposer des solutions. Malheureusement pour lui et pour la Guinée, des militants du RPG lui ont fait accepter le principe que seuls les militants «bon teint» (entendez originaires de la région d'adoption du président Alpha Condé) du RPG peuvent mener à bien la réforme du secteur d'électricité, les cadres des autres régions étant des «saboteurs potentiels» qu'il faut écarter au plus vite. 

 

Un certain Abdoulaye Kéita, comptable de son état  et militant «pur et dur» sera nommé coordinateur d'EDG et réussira l'exploit à écarter tous les cadres des autres régions de la direction d'EDG lors du premier réaménagement administratif de la société d‘État. Des groupes électrogènes neufs seront achetés – sans appel d’offre bien sur – mais les lignes de transmissions et l’approvisionnement en carburant rendront cette dépense inutile. A Kankan par exemple, le courant ne sera présent que pour deux (2) mois, les centrales thermiques sont à l'arrêt pour cause de manque de carburant. Lors de la CAN 2011, Mr Kéïta qui avait promis «zéro coupure» se retrouvera face à des émeutes qui emporteront d’ailleurs un officier de l’aviation lynché par des jeunes en colère.

 

Combien a été dépensé pour résoudre ou atténuer la fourniture du courant si précieux pour les citoyens ? De 250 millions selon le président guinéen à 600 millions selon d'autres sources s'il faut inclure le projet de barrage hydroélectrique de Kaléta dont le financement malgré les annonces triomphales des partisans du pouvoir, n'a toujours pas été bouclé et fonctionne sur fonds propres de la Guinée.

 

La dernière solution annoncée est la location pour un montant officiel de 11 millions de dollars d’une centrale thermique auprès d’une société anglaise juste à temps pour les législatives. Mais cette location n’inclut pas la fourniture en fuel qui peut s’élever à des dizaines de millions de dollars en tenant compte des pertes dues à la vétusté du réseau et surtout aux vols de carburant endémiques et impunis. Toutefois, une autre source affirme que dans le contrat qui lie la Guinée à la société anglaise Agreko, la fourniture du carburant pour faire tourner les groupes thermiques y fait partie.
 

2- La campagne agricole
 

Ancien sympathisant du système communiste, Alpha Condé a toujours annoncé son penchant pour le monde rural et a toujours montré son souhait de développer l'agriculture et assurer l'autosuffisance alimentaire. En ses moments d'opposant, il avait même créé une entreprise de courtage de produits agricoles qui n'a pas donné, vu la capacité de gestion limitée du professeur d'université qu'il est. 

 

En réalité, affirment des cadres interrogés, personne ne connaît combien la Guinée a dépensé pour l'achat d'intrants et de matériel agricole afin de faire briller la Guinée vers l’autosuffisance alimentaire. Connaissant le fait qu’Alpha Condé tient à ce projet, plusieurs intermédiaires auraient profité pour surfacturer et détourner les sommes débloquées par l’État pour la réussite de la campagne. Alpha Condé avait lui-même accusé publiquement l’ancien ministre de l'agriculture et ex-allié politique Jean Marc Téliano de détournement, ce que ce dernier a recusé et promis de faire des «révélations» à son tour.

 

Les institutions de développement auront beau fait d'expliquer à Alpha Condé qu'au delà des tracteurs et des intrants, il y a d'autres facteurs notamment le financement et la distribution qui doivent être pris en considération. N'en faisant qu'à sa tête, le président guinéen se fait surfacturer les intrants par des intermédiaires non Guinéens et la distribution des engrais et tracteurs se fait dans une cacophonie telle que même Kankan – réputé fief du RPG – a protesté des détournement par les responsables locaux. Résultat : l'autosuffisance alimentaire est loin à l'horizon et les commandes de riz vietnamien, cambodgien ou indien – via des intermédiaires – continuent de grêver le budget de l'État guinéen. Pire, la dégradation des infrastructures routières est telle que même le peu d'endroits où la production a fait des avancées, les récoltes pourrissent faute de stockage ou de moyens d'évacuation. 

 

Le montant débloqué pour les campagnes agricoles n’a pas été rendu public, mais se monte dans des dizaines de millions de dollars selon les estimations des spécialistes.
 

3- Les voyages du président
 

Ancien bénéficiaire du soutien financier des personnes sans revenus octroyé par l'État français aux citoyens de ce pays dont il détiendrait toujours la nationalité, le président guinéen qui a tout le temps voyagé en Afrique pour trouver des financements auprès de certains présidents africains pour son parti le RPG, se trouve maintenant à la tête d'un État où le chef a très peu de comptes à rendre. Un avion privé d’une société suisse est vite affrété à travers une compagnie intermédiaire nigériane pour les déplacements nombreux du président guinéen au quatre coins du monde. De la Corée au Cambodge, Thailande, Malaisie, Chine, Brésil, Canada, Suisse, Allemagne, Dubai, Arabie Saoudite et plusieurs capitales africaines, le jet privé revient très cher au contribuable guinéen. Ces voyages qui commencaient à exaspérer les Guinéens sont présentés comme «une recherche d’investisseurs et vendre la Guinée». Malheureusement, les hôtels se vident et les «investisseurs» ne se bousculent plus et semblent plutôt prendre le chemin inverse comme en témoignent les fermetures d’usines et le gel de projets miniers.

 

Le journal La Lance a levé un coin de voile sur la facture : des dizaines de millions de dollars de dépenses rien que pour les pays voisins tels la Mauritanie, le Sénégal ou le Burkina. Les coûts de voyage présidentiel en Asie, Europe et Amérique du Nord et Amérique Latine n’ont jamais été dévoilés, mais l’estimation va dans des dizaines de millions de dollars en incluant les frais d’attentes des avions dans les aéroports.
 

4- Les consultants en images du président

 

Jeune Afrique, Africable, la presse anglo-saxonne et d'autres médias reconnus pour leur accointances dans le passé avec des présidents en recherche de couverture favorable, publient régulièrement des reportages très flatteurs du président guinéen présenté comme étant le premier président démocratiquement élu d’un pays africain pauvre et corrompu qui courageusement se bat pour sortir le pays de l'ornière dans laquelle des mauvais dictateurs ont plongé le pays. Une image en contraste avec la réalité de tous les jours des Guinéens. 

 

Le grand coup de communication fut la présence du président Alpha Condé au pré-sommet sur la transparence dans les secteurs miniers et le publireportage sur la corruption dans les mines qui est publié dans des journaux influents tels que Les Echos, Le  Figaro en France et The Guardian, The Independant en Grande Bretagne. Travail réalisé par des firmes de communicants et de relations publiques qui monnaient leurs services au prix fort. 

 

Ces firmes de consultants ont aussi «planté» des articles sur l'acquisition douteuse de la moitié du riche gisement de Simandou par BSGR du milliardaire franco-israélien Benny Steimetz sous le président Lansana Conté. Mais ils se gardent bien de mentionner la vente de Fria, et la fermeture subséquente de l'usine par Rusal ou les 700 millions de Rio dont la gestion n'a jamais été transparente.
 

5- Les lobbies étrangers

 

Jamais un président guinéen n’a autant fait appel à des étrangers surtout «blancs» pour chercher à parvenir à ses fins. Son long séjour en France (plus de 50 ans) a fait qu’Alpha connait plus la France que la Guinée et ne se cache pas de ne pas faire confiance aux cadres guinéens. Des personalités telles que Tony Blair, Georges Soros et Bernard Kouchner ont vite fait d'exploiter le complexe d'oedipe du président guinéen qui, à tout moment, rappelle aux Guinéens son manque de considération pour leurs compétences. Trop malins de se faire payer directement, ces personalités qui viennent de découvrir la Guinée orienteront le président guinéen vers des dépenses en consultants, avocats, conférences à travers le monde sous prétexte de l'introduire dans «la cour des grands». Ainsi de Davos à Québec à Bahrein, le chef de l'État guinéen est invité à toutes sortes de sommets … au frais du contribuable guinéen. 

 

Les résultats de ces participations de la Guinée ne sont pas visibles sur le terrain aux yeux du Guinéen moyen. Mais sur le plan international, la narrative est qu’Alpha Condé a héritée d’un pays sans État et se bat pour créer un État de droit. Les Guinéens apprécieront….
 

6- La sécurité du président

 

Se méfiant de l'armée à qui il doit son pouvoir en partie, Alpha Condé a vite fait de fagociter l'armée guinéenne en se débarassant de tous les anciens proches de Sékouba Konaté, ce militaire qui ayant dirigé la transition est accusé par ses détracteurs d'avoir «offert» la présidence à Alpha Condé. Les tirs sur le domicile du président guinéen en 2011 seront l'occasion de faire arréter plusieurs hauts gradés. 

 

Parrallèlement, Alpha Condé fera appel à des firmes étrangères spécialisées dans les services de sécurité des personalités publiques. Pour la première fois, les Guinéens ont vu un "Blanc" servir de garde rapprochée à leur président. En même temps, la presse guinéenne a dévoilé l’information sur les dizaines de personnes recrutées sur des bases non conformes et triées sur le volet qui sont envoyés en formation accélérée au Burkina et en Angola afin de prendre la relève des anciens bérêts rouges chargés de la protection des anciens présidents. Le coût de tout cela est tenu «secret défense» mais se chiffre à des dizaines de millions de dollars.
 

7- Les comités de Mamaya et de soutien au président

 

Comme ses prédécesseurs, des mouvements de soutiens fleurissent çà et là pour chanter la gloire du chef et insulter les opposants ou agresser physiquement les supporters de l'oppositon. Chaque marche ou manifestation fait l'objet de décaissements de plusieurs milliards de FG distribués aux partisants du pouvoir pour contrecarrer l'ardeur de l'opposition. C’est une pratique qui n’est pas nouvelle et qui date depuis le temps de Conté en passant par les militaires, une frange de Guinéens soutiendront toujours le pouvoir en place qu’ils voient comme une source d’entrée d’argent. Guinéenews a revélé les milliards sortis de la Banque Centrale pour «acheter» des voix à Kaloum, siège de l’exécutif. 
 

8- Les législatives

 

Les élections législatives sont cruciales pour Alpha Condé. Après avoir pris des milliards de dollars d’engagement notamment dans le domaine des mines, le président guinéen est dans une position où il doit à tout prix obtenir la majorité à l’Assemblée nationale pour pouvoir maintenir légalement le contrôle de ces milliards d’investissements potentiels sachant que l’opposition en contrôlant de l’Assemblée va inévitablement scrutiner les contrats qu’Alpha a signés de la même façon que lui a récusé les contrats précédents. A cela, il faut ajouter l’aide étrangère suspendue au bon déroulement des élections.  Pour obtenir la majorité, Alpha Condé «met le paquet» au détriment des caisses publiques sous le regard indifférent du FMI (fonds monétaire international) et des partenaires étrangers.

 

Initialement, Alpha Condé avait annoncé n'avoir pas besoin d'aide financière étrangère pour organiser les élections, mais devant les sorties rapides d'argent, le chef de l'État guinéen s'est résigné d'accepter l'ingérence des bailleurs de fonds. Comme tous les autres présidents avant lui, les dépenses «de souverainété» permettent au locataire de Sékhoutouréya d'achêter les différentes coordinations régionales et mouvements de soutiens qui ne se privent pas de lui trouver des ennémis à combattre. Ainsi, la FOSSEPEL a un budget quasi illimité pour l'achât de matériels de répression et de gaz lacrymogène ou de canons anti-émeutes. L'armée quant à elle, après les tirs sur le domicile du président guinéen le 19 juillet 2011 a obtenu carte blanche pour les dépenses de  «sécurité nationale» et ne s'en prive pas.  

 

9. Conclusion

 

En conclusion, il est facile de voir qu’il n’existe à priori pas de preuves directes que le président guinéen s’est enrichi personnellement, mais force est de constater que de l’argent – qui aurait pu servir à la construction de routes, hôpitaux, écoles, logements sociaux –  a été gaspillé sans que les Guinéens n’en voient les résultats sur le terrain. Les étudiants se plaignent des conditions d’études, les rues se dégradent, l’insécurité est endémique, les hôpitaux manquent de tout, les logements sociaux sont inexistants, l’électricité et l’eau sont devenus des denrées rares, mais le président guinéen demande à ses concitoyens de lui donner une majorité parlementaire, car selon ses partisans «avec les autres ce sera pire».

 

Les Guinéens se prononceront le 24 septembre prochain et si les votes sont comptés correctement, on verra bien dans quelle direction le pays veut aller en ce 21ème siècle après 55 ans d’indépendance. 

 

Certains observateurs estiment que même si c’est un pas dans la bonne direction, les législatives vont relancer une ère de paralysie jusqu’aux prochaines présidentielles de 2015. « Si l’Opposition contrôle l’Assemblée, le président Alpha Condé a tous les léviers du pouvoir pour – à son tour «empêcher» ses adversaires de gouverner y compris dissoudre la dissoudre à tout moment. Si Alpha Condé obtient une majorité, nous aurons exactement les 3 dernières années en répétition car plusieurs investisseurs ont déjà voté avec leur pieds sur la méthode de gouvernance d’Alpha Condé et il est improbable qu'une majorité parlementaire RPG dévouée au président les fasse revenir. Les Guinéens en sont donc pour une période d’incertitude économique qui ne se terminera pas avec ces législative » avertissent ces observateurs.

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Affaire 19 juillet : l’ex-préfet de Dubréka, libéré provisoirement

sam, 27 Juil 2013, 19:54
L’ex-préfet de Dubréka au temps de la transition, le lieutenant-colonel Bondabon Camara, arrêté et mis aux arrêts à la Maison Centrale de Conakry dans l’affaire de l’attaque du domicile du président Alpha Condé dans la nuit du 18 au 19 juillet 2011,  a bénéficié ce vendredi 26 juillet d’une liberté provisoire pour des raisons de santé.
 
Joint ce samedi au téléphone, l’avocat général Williams Fernandez a indiqué que le lieutenant-colonel Mamadouba Bondabon Camara souffrait d’une maladie aigue. « Sur la requête de ses avocats, nous avons décidé de le mettre à la disposition de ses parents », a-t-il dit en précisant que ce n’est pas lui qui est chargé du dossier mais plutôt  la justice militaire.
 
En ce qui concerne la durée de cette liberté provisoire, il a fait savoir que le lieutenant-colonel Bondabon restera à la disposition de ses parents, jusqu’à ce qu’il arrive à répondre de ses actes devant le tribunal militaire.
 
Le lieutenant-colonel Bondabon Camara a été arrêté dans le cadre de l’attaque du domicile privé du président Alpha Condé à Kipé dans la nuit du 18 au 19 juillet 2011 au même titre que plusieurs officiers de l’armée dont l’ancien chef d’état-major général des Armée, le général Nouhou Thiam.
 
Les deux officiers avaient bénéficié d’un non-lieu de la chambre d’accusation ainsi que 13 autres accusés. Avant que la partie civile et le parquet général se pourvoient en cassation. La Cour suprême les a conduits devant une justice militaire qui tarde à voir le jour depuis maintenant deux ans que les faits ont été commis.
 
 Dans le même dossier du 19 juillet, les accusés renvoyés devant la Cour d’Assises de Conakry ont été fixés sur leur sort. Sur les 31 accusés, seulement 17 ont été acquittés et 14 condamnés dont le commandant Alpha Oumar Boffa Diallo et Mme Fatou Badiar Diallo, considérés comme les instigateurs de l’attaque.
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