lundi, 20 février 2017, 16:03 GMT

L’histoire est vieille. Elle a 39 ans, pas encore 40. Une charte de Kouroukanfouga dit : « un mensonge qui a duré 40 ans devient vérité ». Le triplé n’a pas encore 40 ans, c’est l’ultime moment de l’épousseter à l’intention des générations montantes.

 

Il faut aussi dire et insister que certaines pratiques que nous rappelons ici à la mémoire des anciens étaient tolérées et propres au monde du football, à l’époque où ‘on disait : « le football c’est la guerre ». Des coups inouïs étaient donc permis. Mais même dans l’air de  l’époque, certains coups étaient abusifs et exagérés pour certains.

Le 25 décembre 1977, pour le repas de Noël, j’avais la latitude d’inviter quatre personnes.  Je mis le nom de Ali Sylla-Tostao, un ami de longue date, qui m’avait fait des reproches de l’ignorer. Abdoulaye Bans Kéita me l’aurait fait, que je me morfondrais plus parce que j’ai grandi avec lui à Landreah. Bref, je mis le nom de Ali Tostao en premier sur la liste suivi de celui de ma petite copine que je fis passer pour la copine Tostao et deux autres amis. Je rappelle que Ali venait de remporter le triplé avec le Hafia-FC, la semaine d’avant… La suite de cette histoire, un de ces quatre.

 C’est dire à quel point les souvenirs sont encore vivaces, il faut brûler les étapes et s’empresser de  rectifier et de mettre des points sur des « i ». Pour que cela ne souffre d’aucune contestation. Pour mémoire, posons des questions à Bernard Sylla : n’avait-il pas été éloigné des stades par une action qui nous est restée encore vivante en mémoire : en 1971, juste avant la formation du Hafia FC dans la formule connue internationalement, Bernard Sylla était le portier du Kaloum Star. Lors du match contre les Rangers Enugu, l’avant-centre Abana qui se jouait de Ali Badara Colev, hérita d’une balle renvoyée par une détente désespérée de Bernard et qui venait à lui par petits rebonds au point de pénalty. Abana était un géant de la taille de de Morciré ou de Colev, qui rappelle nettement le Camerounais Mbappé Leppé. Il a repris la balle à mi-volée de toutes ses longues  jambes cagneuses en pleine figure de Bernard Sylla. On n’a pas les mots pour décrire fidèlement la scène. On avait pris nos têtes des deux mains. Le gardien s’était roulé sur lui-même au moins une demi-douzaine de tonneaux dans la surface de réparation : « Bernard fagha », Bernard est mort, entendait-on murmurer dans la tribune. Plus tard, lors d’un certain Guinée-Mali, Petit Sory avait fait un tacle assassin sur Diogo Diallo, un joueur malien. L’arbitre n’avait même pas sorti un quelconque carton contre le joueur guinéen. Pour rendre la pareille pour son coéquipier, Kader Guèye, le percutant ailier gauche des Aigles est venu par derrière administrer une gifle retentissante à Petit Sory qui roula de la même façon sur le gazon, côté « Sahara ». Une autre fois, Djibril Diarra Becken  nous dira c’était quand, lorsque, lors d’un certain Guinée-Ghana, pendant la descente d’un duel aérien avec Hannas Seydou, il reçu un coup de coude assommant au sol. Voilà quelques détails qui montrent des actions héroïques et d’anthologie que nous avons conservées pour l’histoire, n’en déplaise. On a aussi vu « l’aile de pigeon qui n’a pas décollé » de Alpha Condé à la Blue zone de Kaloum, lors de l’arrivée de Paul Kagame à Conakry…

Revenons à nos moutons. On ne sait pas la durée de l’indisponibilité de Bernard Sylla, mais on avait ouï-dire « sa vue a été prise », et c’est pendant cette absence que Morciré Sylla a pris les perches du Hafia en 1972. Qui ne se souvient de cette savonnette insaisissable jusque dans les filets que lui avait envoyée Wandera coupant le terrain de la droite vers la gauche, quand le Hafia avait le dos à la permanence de Conakry-2.

On a vu aussi Kakoko du Vita-Club jouer de la même façon, du droitier qui joue sur l’aile gauche. Dans le football moderne, on voit également Roben, du Bayern Munich et beaucoup de gauchers occuper l’aile droite pour couper le terrain…

Quand au  4ème  but du Hafia, lors de cette finale aller entre Hafia-FC et Simba-FC d’Ouganda, il a été marqué par un télescopage intentionné de Chérif Souleymane dans le dos de Nathan Patrik qui lâcha la balle. Chérif plus alerte n’avait fait que pousser la balle relâchée de la pointe de son soulier.

 Les règles et lois du foot ont évolué depuis. De nos jours, cela aurait été une faute avec carton pour l’attaquant.

On a vu aussi un but refusé au Cara de Brazzaville, mais encore un pénalty complètement imaginé par l’arbitre en 1975 en faveur du Hafia mais auparavant, encore, quand l’équipe nationale du Congo Brazza s’était qualifiée pour Yaoundé-72, les Diables rouges avaient fait une tournée africaine des pays révolutionnaires. Sékou Touré avait exprimé son souhait qu’une équipé révolutionnaire remporte la Coupe, mais en phases finales, la Guinée avait pris fait et cause pour le Mali, Boubacar Kanté était dans le box du Mali, le deuxième poumon. Même la Révolution n’avait pas mis le doigt entre l’arbre et l’écorce…

En 1977, tenez-vous bien, lors de la Finale entre le Hafia et le Heart of Ock, Cœur de Chène, les deux équipes étaient à 2-2. Il ne restait qu’une dizaine de minutes. Les Ghanéens dominaient le Hafia sur le terrain, il y avait de la sueur froide dans tous les spectateurs. Jamais le public guinéen n’a été aussi tenu en haleine parce que si les Ghanéens marquaient  le 3 à 2, ils auraient coupé l’herbe sous les pieds du Hafia et auraient remporté la coupe.

Mais contre le cours du jeu, à notre avis, sur une contre-attaque rondement menée, Papa Camara fusilla le gardien ghanéen d’une balle accompagnée du gauche reçue après une entreprise laborieuse de Bangaly Sylla sur le côté gauche. Le stade du 28 septembre se libéra. Mais découragement n’était pas ghanéen. Ils s’étaient empressés de poser la balle au centre. Il restait encore 7 à 8 minutes.

C’est alors que le responsable suprême de la Révolution fit son entrée dans l’arène, côté sud. Le public l’ovationna, les joueurs du Hafia mirent la balle en touche, les joueurs ghanéens prirent le ciel pour désespoir, en levant les bras, en terme de plainte et de désespoir. La confusion s’en suivra dans interruption, mais le Hafia avait eu la Coupe Kwame Nkrumah.

On se demande si de nos jours une telle intrusion ne serait pas un sujet de litige et d’annulation. Bien sûr que sur l’ensemble des matches aller et retour, le Hafia était supérieur aux Ghanéens, en nombre de buts. A l’époque, on s’était posé la question de savoir si Sékou Touré ne l’avait pas fait en toute connaissance de cause pour casser le rythme de l’adversaire. En tout cas, les Ghanéens avaient beau s’agiter, le triplé avait été validé.

Certains disaient que si le match avait été jusqu’à son terme sans interruption, les Ghanéens auraient annulé et même marqué, mais ça, c’est une spéculation. Mais si un tel fait se reproduisait de nos jours, quelle aurait été la décision de la CAF ou de la FIFA ?

Moise Sidibé