Sommet UA-UE d’Abidjan : Beaucoup de bruit pour peu de concret

01 décembre 2017 8:08:20
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Il est chagrinant pour les parents des milliers et des milliers de jeunes qui sont morts noyés dans les eaux froides et glaciales de la Méditerranée que les leurs n’aient pas bénéficié autant d’attention de l’Afrique et de l’Europe que ceux qui ont eu la chance d’être l’objet de la vente aux enchères, mais qui restent bien vivants. Les morts sont morts et ne parlent plus, tandis que les vivants, qui ont la chance de retourner au bercail, seront des messagers fidèles de leurs mésaventures pour dissuader d’autres candidats à rejoindre l’eldorado. La preuve, les rescapés seront vite ramenés chez eux aux frais de la princesse Hellène. On suppose que les Etats africains sans le sou, qui ne sont pas Crésus ne seront pas dans l’obligation de tirer le cordon des bourses vides, avachies et flasques, et l’Europe aura un temps de répit de ne pas voir de sitôt les demandes d’asile affluer comme des cloportes à Lampedusa. La question qui se pose est de savoir que vont devenir ceux qui ont eu la chance de passer entre les mailles de l’esclavage et de la noyade pour se retrouver sains et saufs et qui vont être confrontés à un froid de canard, cet hiver.

Si la coopération policière sera renforcée pour mettre fin à ce phénomène, il restera encore le service après-vente pour la réinsertion des rapatriés dans leur milieu naturel. En plus, cette coopération policière multinationale contre les passeurs, quels que soient le contours, quelle que soit la formule qu’on lui donnerait, elle risquerait de se télescoper avec la coopération des services de sécurité en lutte contre les terroristes au sahel. C’est dans la zone des trois frontières qu’il y aura confusion.

Enfin, en plus du budget de la lutte contre le terrorisme, contre les passeurs clandestins, pour la réinsertion des rapatriés et du fonds vert pour restaurer l’environnement, l’Europe aura encore à débourser pour les aides au développement, puisque c’est le sous-développement qui pousse à l’immigration massif. On a cru entendre qu’Israël déboursera 5000 dollars pour la réinsertion de chaque migrant rwandais pour espérer être membre observateur de l’UA, et il compte sur Kagame pour le chaperonner et intercéder en sa faveur pour cela.

Décidément, l’Afrique, ce continent de demain, va coûter cher à ceux qui s’apprêtent à se ruer sur elle. Comme aux temps de l’esclavage et de la colonisation, l’Afrique reste et demeure à la remorque. Ni l’Europe, ni la Chine n’auront des ressources inépuisables pour la tirer sempiternellement, si le mode de gouvernance reste dans le statu quo.

De là à dire que l’homme africain est entré dans l’histoire, il y a une haie haute à franchir. Doit-on rappeler à Emmanuel Macron qu’une hirondelle ne fait pas le printemps ? Si Mandela est cette hirondelle égarée, quelle autre hirondelle peut-il encore montrer pour contredire Nicolas Sarkozy, celui qui a ouvert la boite de Pandore en Libye, qui a dit une vérité historique, celle qui blesse mal ? Même en Afrique du Sud, les successeurs de Mandela ont-ils fait comme lui ?

Si on ne parle pas du paysan africain, selon l’entendement de Macron, qui ne cite que Nelson Mandela, un leader singulier et charismatique, quel autre leader a-t-il encore dans sa poche pour caresser ainsi les autres en exercice de leur fonction à lisse-poil ? La preuve du contraire n’est-elle pas la raison principale de ce sommet UA-UE ? Non, au vu et au su de ce qui se passe, l’homme africain, pas le paysan, mais l’élite à qui il s’adresse, n’est pas encore entré dans l’histoire, désolé !

Ce passage ne nous avait pas échappé, lors de son séjours au pays des hommes intègres, mais « tout vient à point pour qui sait attendre », l’occasion est là.

Si la France veut rompre avec le passé de la Françafrique, elle devrait dire la vérité crûment, vertement, sans périphrase. Sans une gouvernance assainie, le phénomène de migration recommencera de plus belle.

Si la Chine continue de dire que Mugabe est toujours un ami, si la Russie considère que Maduro est toujours le sien, il n’est pas certain que ces deux pays veuillent ramasser le pot cassé de la mauvaise gouvernance, la facture est trop salée pour un seul allié et partenaire qui branle dans le manche, qui prend feu et qui flambe. Qui a dit que « les Etats n’ont pas d’amis…? »

Ceux qui pensent que ce sommet UA-UE est une réussite, en voici les raisons d’une autre opinion.

  • CONDÉ ABOU

    Cher Moise Sidibé, salut. Je ne suis pas du tout d’avis que ce soit le cas. Je ne crois pas du tout à votre lecture des conclusions du Sommet UE-UA d’Abidjan, et voici pourquoi ?

    (1)D’abord il faut dire que le cheminement suivi par les Experts Européens et Africains, avant d’arriver à ce Sommet UA-UE d’Abidjan a été très bien structuré sur 4 grandes étapes:

    Il y a eu successivement, le Forum de la Société civile tenu les 11 et 13 Juillet à Tunis, le Sommet de la Jeunesse tenu du 9 au 11 Octobre à Abidjan, puis le Forum des Affaires tenu le 27 Novembre à Abidjan, avant d’être bouclé par le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernements UE-UA à Abidjan les 29 et 30 Novembre 2017.

    Si le précédent Sommet UE-UA tenu les 2 et 3 Avril 2014 à Bruxelles, n’avait rassemblé que 60 Chefs d’Etat et de Gouvernements, celui d’Abidjan a mobilisé 83 Chefs d’Etat et de Gouvernement et plus de 5.000 invités et participants.

    Dans le contexte sécuritaire mondial actuel notamment au Sahel, et devant l’onde de choc planétaire provoqué par le reportage de CNN sur la vente aux enchères et l’esclavage des Noirs en Libye, il faut dire que la Côte D’Ivoire a relevé un défi extraordinaire qui n’était pas du tout gagné d’avance.

    Que les 28 plus hauts dirigeants de l’UE acceptent de faire le déplacement en personne en Afrique de l’Ouest et tous les Chefs d’Etat Africains ou de Gouvernement fassent aussi le déplacement d’Abidjan, je crois que c’est une grande première en Afrique de l’Ouest, que dis-je en Afrique.

    Que le Royaume du Maroc accepte de venir à ce Sommet de l’UA sans poser de pré-condition à l’encontre de la présence du Front Polisario, est une grande première sur tous les plans au niveau de l’UA et sur la question de la représentation du Maroc et du Front Polisario sur une même tribune de l’Organisation continentale.

    Un autre défi de taille qui a été relevé alors qu’il n’était pas gagné d’avance. Et tout le monde y compris l’Union Européenne, y a trouvé son compte, parce que certains pays auraient voulu créer une crise diplomatique à Abidjan sur cette question incontournable du Sahara Occidental et de la reconnaissance du Front Polisario.

    (2)Ensuite, sur la question centrale de ce Sommet d’Abidjan, à savoir la crise migratoire sans précédent en Libye, il y a eu un développement politique extraordinaire que la communauté internationale a salué:

    L’on sait aujourd’hui qu’il y a en Libye entre 300.000 et 400.000 Jeunes Africains actuellement et qui vivent dans l’enfer des camps de détention et d’esclavage disséminés sur le territoire Libyen.

    Mais sur ces nombres de migrants, l’UA a estimé qu’il y a 3.800 cas les plus graves et qu’il faudra évacuer dans les meilleurs délais.

    Quelle est la solution trouvée ? Le Maroc s’est engagé à trouver plusieurs avions pour organiser le retour des migrants actuellement bloqués en Libye, par vols spéciaux.

    Une déclaration choc, et qui n’a laissé aucun responsable indifférent. Si les jeunes Africains sont jetés sur les routes et tentent de gagner l’Europe en risquant leur vie, c’est en raison de « la pauvreté, la mauvaise gouvernance, le changement climatique », a expliqué clairement Mr. Moussa Faki, le Président de la Commission de l’Union Africaine !

    Le Rwanda s’est engagé à accueillir 30.000 Africains bloqués en Libye sur son sol en dépit des problèmes démographiques colossaux sur son tout petit territoire.
    Quant aux Africains en situation illégale en Israel, le Rwanda va également recevoir 5.000 Africains qui sont en situation d’expulsion imminente.

    (3)Sur le chapitre de la coopération économique, et le partenariat UA- UE, les Européens vont changer de façon significative leur approche sur le continent Africain.

    En accompagnement de l’APE (Aide Publique au Développement), il y aura une très forte avancée sur les IDE (Investissements Directs Etrangers en Afrique).
    Que va-t-il se passer entre 2018 et 2020 entre l’Afrique et l’Europe en matière d e coopération et de partenariat économique et financier ?

    L’Union Européenne annonce un engagement de 44 Milliards d’Euros d’investissements directs étrangers pour l’Afrique d’ici 2020

    Cette annonce a été faite depuis le 20 Novembre 2017, soit moins de 10 jours avant le Sommet d’Abidjan.

    Les financements au titre des 44 Milliards d’Euros pour le développement de l’Afrique, d’ici 2020 ont fait l’objet d’un Communiqué de Presse conjoint publié, le 20 Novembre dernier, par le Président de l’Union Africaine (UA), le Professeur Alpha Condé et Madame Federica Mogherini, la Haute Représentante / Vice-Présidente du Service Européen pour l’action extérieure. C’est dire à quel point, l’Union Européenne (UE) accordera désormais une attention particulière aux investissements directs étrangers (IDE) en Afrique.

    « Un tiers des investissements directs étrangers en Afrique provient des pays membres de l’Union Européenne. », mentionne le communiqué publié en marge du sommet UA – UE tenu à Abidjan.

    Ce financement sera consacré au développement des infrastructures d’une part. D’autre part, il permettra de soutenir les petites entreprises à accéder au crédit en vue d’accroître leur capacité à créer des emplois.

    Quant à l’APD (aide publique au développement), l’UE annonce qu’elle sera de 31 Milliards d’Euros, d’ici 2020 « afin de donner aux jeunes une chance de prospérer dans leur pays d’origine».

    Quant à la Côte D’Ivoire, elle a réussi le pari de lancer les travaux de construction du métro d’Abidjan en présence des Présidents Alhassane Dramane Ouattara et Emmanuel Macron.
    Le métro sera entièrement financé par la France à hauteur de 1 Milliard 400 millions d’Euros.

    D’une longueur de 37,7 km entre le Plateau d’Abidjan et la haute banlieue, le Métro d’Abidjan permettra le transport quotidien de 400 à 500 mille personnes ! Son inauguration est prévue en 2022.

    CONCLUSIONS:

    Selon les observateurs internationaux le Sommet d’Abidjan a été un succès diplomatique et économique sans précédent pour le Président Ivoirien, Dr. Alhassane Ouattara sur tous les angles.

    L’on pourrait même dire que le Président Alpha Condé, a été d’une contribution immense pour le renforcement de la coopération et du partenariat entre l’Union Européenne et l’Union Africaine aussi bien en ce qui concerne les Accords de Paris sur le climat, les rencontres de Berlin pour mettre en route lesdits Accords et la mobilisation internationale pour une sortie de crise en faveur des milliers de migrants bloqués en Libye.

    Le retour en force du Maroc au sein de l’Union Africaine et ses engagements économiques dans la quasi totalité des pays membres de l’Organisation continentale, ainsi que sa formidable promesse pour l’organisation de vols spéciaux pour le retour des migrants Africains de Libye, est un résultat hautement positif et inattendu du Sommet UA-UE d’Abidjan.

    Si le Gouvernement Guinéen pouvait tirer le maximum de profit des nouvelles relations de partenariat qui se profilent entre l’UE et l’Afrique, y compris avec les anciens pays du bloc Soviétique actuellement membre de l’UE, (Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, etc…), elle aurait pu faire d’immenses investissements physiques et sortir le pays de la pauvreté et du chômage massif de sa Jeunesse.

    Sommes-nous en Guinée, capables de transcender les divisions politiques internes inutiles et qui ne sont basées que sur des futilités ou des questions d’égo, afin de tirer profit des multiples fenêtres d’opportunités qui s’ouvrent actuellement sur les fronts de la coopération, de l’aide publique au développement, et des partenariats commerciaux avec les 28 pays membres de l’Union Européenne ?

    Sommes-nous capables de transformer au profit de la Guinée, le potentiel actuel au niveau des investissements que l’Europe pourrait apporter à la Guinée après tant de succès diplomatique et politique du Président Alpha Condé, rien que durant son mandat actuel à la tête de l’Union Africaine ?

    Voici les équations à mille inconnues pour tout observateur qui sait comment la Guinée est compliquée quand il s’agit de sortir des querelles internes et des tensions interminables.
    Beaucoup en Guinée, oublient que l’ennemi numéro 1 du pays n’est rien d’autre que la pauvreté grandissante aggravée par la mauvaise redistribution du revenu national et le chômage massif des millions de Jeunes et Femmes en quête de bien être.

    Voilà le souci majeur pour tout observateur averti et qui regarde la situation actuelle de l’Économie Guinéenne. Impossible de comprendre, encore moins d’expliquer les occasions toujours ratées dans ce pays. Nous sommes aujourd’hui devant une extraordinaire aubaine à ne pas du tout rater inutilement.

    Comparez si vous le voulez, ce que vit la Guinée et le retour en force de l’Économie de la Côte d’Ivoire sur tous les chapitres du développement économique et social, vous vous rendrez compte à quel point, il y a de quoi couper votre propre souffle.

    Bonne journée de Samedi chez vous, et merci pour la courtoisie de Guineenews.