Simandougate – Le dossier accablant de la Guinée contre Beny Steinmetz (1ère partie).

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C’est la dernière ligne droite du « procès minier du siècle » entre la Répblique de Guinée et la société BSGR controlée par le milliardaire franco-israélien, Beny Steinmetz . Les deux parties ont tenue une réunion préparatoire le 10 avril soit quelques jours avant la « bombe judiciaire » de Beny Steinmetz contre le milliardaire Georges Soros, son ennemi implacable qu’il accuse de lui avoir fait « perdre » Simandou.

Cette poursuite judiciaire de Beny Steinmetz contre Georges Soros devant les tribunaux new yorkais semble être une admission tacite que la partie ne s’annonce pas bien pour BSGR devant le tribunal de la Banque Mondiale où la société diamantifère conteste la décision en 2014 de la Guinée de lui retirer les blocs 1 et 2 du gisement de Simandou acquis par « voie de corruption » .

Contrairement aux idées recues, le dossier de la Guinée qui accuse BSGR d’avoir illégalement obtenu le fameux permis d’exploitation de Simandou au détriment de Rio Tinto en corrompant systématiquement l’entourage de l’ancien président Conté, semble très solide à la lecture du dossier de défense que la Guinée a présenté au CIRDI (Centre International pour le Règlement des différends relatifs aux Investissements) une sorte de tribunal international pour trancher les disputes entre états et investisseurs sous l’égide de la Banque Mondiale.

Le dossier de défense de la Guinée est préparé par les cabinets d’avocats Orrick Rambaud Martel, Paris, France et DLA Piper, Paris, France.

Guinéenews a lu ce dossier de 344 pages pour le bonheur de ses lecteurs.

La saga du gisement « maudit » est maintenant bien connue grâce à la couverture que Guinéenews en a fait depuis plus de 10 ans avec tous ses rebondissement. Bien avant que la presse internationale ne s’en empare.

En tant que partie ayant initié le retrait du permis d’exploitation du gisement sur accusation de corruption, le fardeau de la preuve revenait à la Guinée de prouver qu’il y a bel et bien eu corruption. Quoique les Guinéens savent dans leur instinct que la corruption endémique est bien présente dans leur pays, les sommes avancées donnent le vertige pour un pays qui se classe systématiquement parmi les plus pauvres du monde pour cause de mauvaise gouvernance.

Pour obtenir la concession minière de Simandou, les avocats de la Guinée ont méticuleusement analysé et démonté le schéma de corruption qu’ils disent avoit été concu par Beny Steinmetz (sur la photo de Yossi Cohen) et ses représentants pour en arriver à leur fins.

Comment BSGR est venu en Guinée ?

C’est en 2004 par l’intermédiaire de trois personnages, Frédéric Cilins, Avraham Lev Ran et Michael Noy qui oeuvraient en Afrique de l’ouest dans le « marché gris » que l’idée est venue de s’intéresser aux fabuleuses mines guinéennes, ce fameux « scandale géologique ». A ce titre, après avoir courtisé l’ancienne première dame Henriette Conté, Mr Cilins contactera Roy Oron, de la société diamantifère BSGR pour lui proposer de tester le marché guinéen. Ce dernier lui assurera qu’il est intéréssé à «décrocher la lune de Simandou ».

Après s’être heurtés aux fins de non-recevoir des techniciens et haut fonctionnaires guinéens (notamment les anciens ministres Ahmed Kanté et Souaré) qui trouvaient que BSGR, n’a pas les capacités financières ou techniques pour un gisement de fer, la stratégie – selon le dossier de défense des avocats de la Guinée – fut de chercher à entretenir une coterie de personnes dans le cercle de la présidence pour s’assurer de la bienveillance de l’état guinéen dont le président était de plus en plus malade et était sous le coup de son entourage familial.

Le trio Cilins, Lev et Noy va mettre en place – sous l’égide de BSGR – une société écran appellée Pentler enregistrée dans le paradis fiscal des Iles vierges britanniques. Selon les avocats de la Guinée, sous la direction de BSGR, la société Pentler fut le véhicule de corruption utilisé pour « arroser » les cadres guinéens et l’entourage du président Lansana Conté afin d’acquérir le gisement.

L’honoraire promis était de 19,5 millions de dollars payés en grande partie, mais BSGR coupera les ponts avec la société Pentler une fois que les permis d’exploitations furent acquis.

La solidité de la défense de la Guinée est étaillée par les éléments suivants:

  • L’hostilité implacable du milliardaire Georges Soros contre Beny Steinmetz. Soros a mis tout son puissant lobby international à la disposition de la partie guinéenne permettant à celle ci de combattre d’«égal à égal» et de faire appel à des cabinets d’avocats et une puissante machine de relation publique du réseau du milliardaire américano-hongrois.
  • L’arrestation et la condamnation pour « obstruction de la justice » de Frédéric Cilins aux Etats-Unis en mars 2013 a été l’arme fatale que les avocats de la partie guinéenne utilisent dans leur dossiers de défense insistant sur le fait que la demande par Cilins à Mamadie Touré, l’ancienne épouse du président Conté de détruire des contrats et documents est un aveu d’admission des faits de corruption.
  • Les ennuis judiciaires internationaux de Beny Steinmetz sous enquête criminelle pour corruption en Grande Bretagne, Suisse, Israel et Roumanie sont autant des arguments que la partie guinéenne martèle devant les arbitres internationaux pour non seulement demander le renvoi de la plainte mais la Guinée demande des dommages et intérêts pour la « campagne de salissage » qu’aurait fait BSGR contre la Guinée.

La logique de la défense judiciaire de la Guinée contre BSGR est implacablement brutale: comme il est démontré qu’il y a eu corruption de la part de BSGR et que le monde entier veut lutter contre la corruption internationale, il n y a pas expropriation puisque le « bien a été mal acquis » pour commencer.

Dans le prochain article, Guinéenews passera en revue les « bénéficiaires » des largesses de BSGR pour obtenir Simandou « par corruption » selon les avocats de la Guinée.

A suivre …