Sevré de toute distinction au pays, Elie Kamano donne les raisons de cette « discrimination »

08 septembre 2017 16:16:34
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Elie Kamano est un artiste, musicien, auteur et compositeur guinéen très actif sur le marché du disque. Fort d’une carrière de plus de deux décennies, il compte à son actif plusieurs albums d’abord en rap, ensuite en reggae.

Son talent a été révélé au public dans les années 90 quand il prenait part à la première compilation sous la bannière du groupe Positive Negro Natural (PNN). Depuis, l’artiste connait une ascension fulgurante à cause de la richesse de ses lyrics, mais aussi de ses prises de position face aux régimes dictatoriaux à travers le monde.

Finaliste du Prix RFI Découvertes en 2010 et 2011, le maréchal Kamano a été lauréat en 2011 du concours Visas pour la création organisé par l’Institut français à Paris. Une distinction qui lui a permis de faire une résidence de création et de formation sur les techniques d’écritures et vocales durant 3 mois à la Cité internationale des arts de Paris. Et, grâce à cette résidence et ce prix, le reggae-man bénéficiera d’une tournée africaine qui le mène dans 14 pays en 18 dates.

Gratifié en 2012 du prestigieux prix  « Influential reggae artist award » aux Etats-Unis, précisément à New York, de la part de Founders of the Calebass Award, l’artiste prend momentanément congé des podiums  publics. Loin d’un recul pour de bon, Elie Kamano dit avoir fait un repli stratégique pour réaliser un rêve qui le tenait à cœur depuis sa tendre enfance : celui d’écrire au moins un livre.

En 2017, il débarque avec une double œuvre musicale et littéraire intitulée « Malaya », extrait de sa langue maternelle du Sud de la Guinée, le Kissien. Dans ces œuvres, Kamano donne une image plutôt positive de son pays, de sa jeunesse et de sa riche culture.

« L’album et le livre à la fois, c’est une première dans le paysage artistique africain », évalue-t-il. L’album est déjà disponible sur toutes les plateformes digitales. Et le livre, un peu partout en Afrique et même à la Fnac, en France.

De toute sa discographie connue et chantée en Guinée et ailleurs, de tous les succès issus de ses différents albums, Elie Kamano dit n’avoir jamais eu un seul prix dans le pays dont il reste l’un des porte-flambeau sous les projecteurs  des caméras partout à  à travers le monde.

Mais  l’artiste semble bien connaître le nœud du problème. De l’avis de Kamano, cela est tout simplement dû à ses prises de position face aux régimes dictatoriaux qui se sont succédé en Guinée.

« Et lorsque je l’ai fait savoir à un confrère Burkinabè, voyant leurs murs ornés de prix lors du Festival international de la liberté d’expression (Filep) tenu au Burkina et auquel je prenais part, il m’a tout simplement dit d’arrêter de me moquer », confie le reggaeman.

« Mais, je m’en fous que les hommes reconnaissent ma musique et mon combat dans ce pays. Tout compte fait, n’attendez rien d’un peuple pour qui vous vous battez. L’histoire s’occupera du reste. Et moi, je fonce », se balise-t-il comme chemin.