Sembène Ousmane le rebelle, l’ami Sékou Touré et le film sur Samory Touré

11 juin 2017 11:11:13
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En marge des dix ans de la disparition du cinéaste et écrivain sénégalais, Sembène Ousmane, le Centre International de Recherche et de la Documentation (CIRD) de Kipé a organisé, hier samedi, la projection d’un documentaire qui retrace la vie de cet autodidacte, qui fût maçon, tirailleur et docker.

Au terme de cette projection, fortement appréciée par le public, Moussa Kémoko Diakité, qui a pratiqué l’homme, a fait son témoignage. « J’ai eu le privilège de connaitre Sembène Ousmane en 1968. Il m’envoyait en commission. Je le suivais partout. On allait de gauche et à droite, se souvient-il.
« Mais il a horreur de la démagogie. Il ne vous parlera jamais pour vous faire plaisir. Il dit ce qu’il pense. Il était entier. C’est pourquoi, on disait de lui qu’il était un personnage caractériel. Donc, c’était un homme de caractère. Il était désintéressé. Vous pouvez veiller avec lui jusqu’à 3 heures du matin, et à 6 heures, vous le trouvez en train de faire quelque chose. Il pouvait faire plusieurs travaux à la fois. Il écrivait un roman par-ci et faisait le scénario d’un film par-là », a-t-il encore rajouté.


« Il est mort avec un regret parce qu’il n’avait pas terminé son film sur Samory Touré, c’était son plus grand rêve. Un film de six heures en trois épisodes. Il venait souvent en Guinée. Le président Sékou Touré était son ami. Il prenait part à toutes les quinzaines artistiques en Guinée. Chaque fois, le président Sékou le mettait en contact avec des personnes ressources. Il avait écrit tout le scénario. Partout dans ses tournées, il cherchait à se documenter sur Samory Touré à ses frais », dit-il.
Invité de la partie, Kémoko Touré a fait aussi un témoignage sur l’artiste. « Sembène Ousmane était un monument de la culture noire, un baobab du cinéma africain. Le film a dépeint l’homme, son caractère, ses compétences et son parcours. Il a consacré 40 ans de sa vie à la culture, à la recherche de la vérité. Il est né dans une famille de pêcheur. Donc, il était destiné à devenir pêcheur. Mais c’était un prédestiné, qui avait son avenir tout tracé. A 13 ans déjà, il a frappé son maître, chose rare en Afrique. L’âme rebelle était en lui. Tout simplement, parce que celui-ci voulût l’enseigner le corse, en violation de toutes les lois. Le maître était un rebelle Corse. Sembène aussi. Donc, la rencontre des deux rebelles a donné de l’étincelle », a-t-il expliqué en riant.

Après cet incident, Sembène a quitté l’école. « De son village, il vient à Dakar. De Dakar, il descend à Paris. De là, il est enrôlé dans l’armée française. Là, il eût le temps de découvrir toutes les formes d’injustice. Finalement, il a en tiré beaucoup de leçons. Entre temps, de retour à Dakar, il se lance dans l’écriture. C’était une étape importante dans sa vie. Il a écrit plusieurs romans. Il y a deux Sembène. Le Sembène écrivain, le Sembène dramaturge. Le point commun entre les deux, c’est la recherche de la vérité. Tout ce qu’il a écrit, c’est d’actualité. Il dépeint des situations d’actualité. Son apport à notre culture et au cinéma est permanent. Il est sénégalais mais universel », a-t-il témoigné.

  • CONDÉ ABOU

    Docker de l’ancien Port Autonome de Marseilles et pendant 10 ans, Écrivain, Acteur, Réalisateur et Scénariste majeur de l’Afrique contemporaine, parallèlement à ce qui se passe en Guinée, Ousmane Sembène est en ce moment, célébré dans plusieurs pays du continent Africain.

    C’est bien, à l’occasion de ce 10e anniversaire de la disparition de cet acteur pluridimensionnel né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, capitale régionale de la Casamance et décédé le 9 juin 2007, à Dakar.

    Ce sont donc, trois jours de projections de films, qui ont démarré le 9 Juin partout en Afrique, suivis de débats menés par des universitaires, des écrivains et des cinéastes, pour ne pas oublier l’œuvre du réalisateur considéré comme l’un des pères du cinéma africain.
    Tout le monde se souviendra qu’en 1969, il avait été invité au premier Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) par les fondateurs dudit événementiel, dont il ne fait pas partie.

    En revanche, à partir de 1970, il joue un rôle très important dans le festival et participe à son envol. Jusqu’à sa mort, il prend part au Fespaco, tout en refusant de participer à la compétition, pour laisser émerger d’autres cinéastes.

    Merci Guineenews pour cette belle page d’histoire contemporaine. Un vibrant hommage à Sembène Ousmane et que Dieu ait son âme au paradis éternel. Amen.