lundi, 20 février 2017, 16:01 GMT

Une année finie, une autre commence ! L’année 2016 qui s’achève aura été une année riche en événements et en actualité en Guinée et plus particulièrement dans la région de N’Zérékoré tant sur les plans sanitaire, social, économique, politique que culturel, sécuritaire et judiciaire.

Pour permettre aux lecteurs de revivre les moments forts de l’année 2016 dans cette localité, votre quotidien en ligne Guinéenews vous propose cette rétrospective de l’actualité de l’an.

Dans ce premier numéro, nous nous intéressons à trois secteurs notamment le volet social, sécuritaire et judiciaire.

Sur le plan Social

En 2016, la région de N’Zérékoré n’a pas connu de violences intercommunautaires ou de conflits majeurs. Cependant, il y a eu des mouvements de mécontentements dans certaines localités de la région.

A Lola par exemple, on a connu des séries de manifestations notamment des femmes pour dénoncer des cas répétés de viol et d’autres crimes organisés mais aussi et surtout pour exiger le départ du préfet Sâa Yola Tolno à qui l’on reprochait d’être indifférent face à certaines situations. Ces mouvements de contestations se sont mêmes transportés dans certaines collectivités de la préfecture. C’est ainsi que dans la sous-préfecture de Foumbadou, précisément au village de Nèmasirikidougou, le sous-préfet et le maire de la Commune Rurale ont été pris en otage dans la nuit du jeudi 21 à vendredi 22 juillet 2016, par les citoyens du village.

Partis ce jour pour une sensibilisation sur la présence des bœufs de race zébu dans la zone, les citoyens en colère sont passés à la vitesse supérieure en mettant main sur les autorités de la localité. Ils les ont gardés dans une case en paille avant de démolir la moto qui les a transportés jusqu’ à ce village.


Selon des témoignages reçus, depuis un bon moment les villageois se sont montrés hostiles à la présence de ces zébus dans leur village pourtant réputé comme une zone agropastorale. Ils reprochent ainsi au sous-préfet et au maire d’être en complicité avec les éleveurs et certains responsables du village pour une réinstallation des troupeaux de bœufs et des bergers.
Saisies du problème, les autorités préfectorales se sont rendues sur les lieux en vue de négocier la libération des otages.


Ainsi, vendredi, 22 juillet, les différentes parties concernées ont été invitées au chef-lieu de la préfecture de Lola pour donner des éclaircissements autour de ce conflit et surtout des mises en garde des autorités ont été adressées aux villageois  après leur prise d’otage.

Dans la préfecture de Macenta, il y a eu aussi des manifestations notamment dans la sous-préfecture de Koyama. Le 11 juillet, les populations de cette localité, située non loin de la frontière entre la Guinée et le Libéria, ont croisé le fer avec leurs autorités. Elles accusaient leur sous-préfet et leur maire d’avoir détourné des fonds qui étaient destinés au développement de leur localité. Et finalement, le mouvement a eu raison de ces autorités qui ont été démis de leurs fonctions. Quelques semaines plus tard, le même scénario s’est reproduit dans la sous-préfecture de Kouankan et plus précisément dans le village de Sagnodou.

Le fait qu’il y a eu moins de conflits et de remous sociaux certains observateurs ont qualifié l’année d’une plus ou moins paisible. Et ce résultat, faut-il le rappeler, a été rendu possible grâce aux messages de paix et de cohésion sociale des autorités locales mais aussi et surtout de l’implication des partenaires évoluant dans le cadre de la recherche et du maintien de la paix. Ces partenaires qui ont mis les mains à la poche pour financer des activités allant dans le sens de l’apaisement de la région. En 2017, ces efforts devront continuer pour le bonheur de cette région.

Sécurité et justice

S’il y a des secteurs qui n’ont pas du tout répondu cette année aux attentes des populations, c’est bien la sécurité et la Justice.

Au cours de cette année 2016, la région forestière a été régulièrement secouée par des manifestations des populations se rendant elles mêmes justice. Ces manifestations se sont dans la plus part des cas soldées par des pertes en vies humaines et de dégâts matériels importants. On peut citer, entre autres, les cas de villes de Lola, Macenta, Yomou ou de N’Zérékoré.

 La  justice populaire, appelée aussi vindicte populaire est devenue en 2016, un moyen de vengeance et de règlement de compte pour les populations. 

En 2016, nous avons enregistré malheureux cas dont:

-La révolte des conducteurs de taxi-motos contre les présumés voleurs de motos, le mardi 23 mars 2016 dans le quartier Nyen, dans la commune urbaine de N’Zérékoré, s’est soldée par la mort  du nommé Kèmo Condé et des graves blessures sur Papé Monèmou et Mariame Condé ;

-Le lynchage de deux présumés bandits à Macenta, le 30 mars 2016 ;

– L’assassinat d’une femme dans le quartier Mohomou (N’Zérékoré) par son fiancé qui réclamait son enfant. C’était le samedi 16 avril 2016 et qui s’est suicidé par la suite ;

-Le lynchage de trois présumés voleurs dans le quartier Mohomou (N’Zérékoré), le lundi 02 mai 2016 ;

– Le lynchage d’un présumé voleur de moto dans la commune rurale de Gama-bèrèma, préfecture de Lola au mois de Juin 2016 ;

-Le lynchage d’un présumé voleur de moto dans le quartier Nakoyakpala, le 25 juin 2016 dans la préfecture de N’Zérékoré ;

-Le soulèvement des citoyens de Lola suite à l’assassinat d’une fille de 14 ans le 15 aout 2016, pour demander aux autorités judiciaires et sécuritaires la tête de trois présumés assassins qu’ils leur fassent la peau;

– Le lynchage d’un présumé voleur de poulet dans le quartier Nyen au mois de novembre 2016 dans la préfecture de N’Zérékoré,

– Le lynchage d’un fou qui aurait tué un enfant dans le quartier Horoya (N’Zérékoré), fin décembre 2016.

A cela s’ajoute  des cas de viol des jeunes filles un peu partout dans la région sans oublier la montée grandissante du phénomène de l’insécurité. Des cas d’assassinat et d’attaques armées ont refait surface avec des hors-la-loi qui ont réussi à imposer leur loi notamment dans la commune urbaine de N’Zérékoré.

L’on se souvient encore de l’assassinat d’un jeune conducteur de Taxi-moto, Abdourahmane Diallo dont le corps a été retrouvé en état de décomposition quelques jours après dans le quartier Boma. L’on se rappelle également de l’assassinat dans la nuit du 9 au 10 octobre 2016 du jeune Mamadou Saliou Sidibé, gérant d’une boutique dans le quartier Mohomou par des inconnus armés. Et comme pour dire que personne n’est désormais épargné par ce phénomène, c’est la résidence du préfet Aboubacar M’bopp Camara qui a été attaquée dans la nuit du 29 novembre par des bandits qui ont emporté avec eux, plusieurs objets de valeurs.

Les services de sécurités et de défense accusent pour leur part, l’insuffisance du personnel et surtout le manque de moyens matériels et logistiques pour mener des opérations sur le terrain. Aussi, l’on accuse la justice de libérer des présumés malfrats qui sont traduits devant elle.

 Et justement, la justice a brillé cette année par son inopérationnalité sur le terrain. A part des jugements correctionnels, aucun procès de valeurs n’a été tenu. Pour les cas d’assassinat, de viol ou d’attaques armées, la justice a toujours promis d’ouvrir des enquêtes qui n’ont jamais abouti. Dans le milieu, des magistrats déplorent également le manque de moyens.

Et pour des observateurs, la montée de l’insécurité et de la justice populaire cette année, est due à un certain nombre de faits à savoir : l’impunité, l’ignorance ou la méconnaissance de la procédure judiciaire par les citoyens ou encore la corruption des services de justice et de sécurité.

Facely Konaté

Correspondant à N'zérékoré, Guinée Forestière.

Facely Konaté