jeudi, 30 mars 2017, 02:48 GMT

trump-merkelComme si Donald Trump regrettait le Plan Marshall qui a fait de la grande vaincue de la seconde guerre mondiale la première puissance économique d’Europe avec ses 51 milliards d’excédent commercial alors que les Etats-Unis pataugeraient dans une dette de plus de 5000 milliards de déficit.

 

Le président américain veut mettre à jour tous les comptes. Il trouve que les Etats-Unis importent plus que n’exportent dans les échanges avec l’Europe : le libre échange n’est pas profitable et se prépare à taxer les marchandises venant du vieux continent.

Il trouve que les USA dépensent trop pour l’OTAN et exige que l’Allemagne, la principale protégée, ne met pas assez la main au portefeuille et exige 2% de son PIB, en plus des « arriérés de paiements ». Il trouve que Angela Merkel est parfaitement son contraire en tout comme Barack Obama qui était venu lui rendre un vibrant hommage de soutien et d’adieu pour le rayer, lui Donald Trump. Il faut qu’il prenne sa revanche. Pour cela, il cherche à mettre à l’eau tout ce que les Européens sont unanimes à faire pour le climat. S’il se retire de la COP, les 100 milliards de dollars escomptés seront une mer à boire pour les autres membres, surtout que la COP-23 se tiendra en Allemagne. Si les USA se retirent de la participation … 

  

Pour ne pas se laisser écraser, Angela Merkel a tout réfuté en bloc et a même semblé pasticher Kennedy en 1961 quand pour endêver et agacer les Soviétiques, il prononça cette phrase « Ich bin ein Berliner ». Pour Angela Merkel, dire «Ich bin ein Mexicaner » au moment où Trump décide de construire un mur entre les USA et le Mexique qui rappelle le Mur de Berlin est une pique on ne peut plus significative comme répartie.

Concernant encore l’OTAN, il faut dire que la Turquie comme membre n’est pas du tout du goût du président américain. On le sait foncièrement allergiques aux musulmans dont 5 des 6 pays les plus en vue sont dans son collimateur.

«L’axe du mal » a été revu et corrigé à la hausse. Ainsi, de la Libye, l’Iran et l’Irak, l’axe se compose désormais de la Syrie, d’Iran, du Yémen, du Soudan et de l’Erythrée. Certains pensent que la redéfinition de Trump n’est pas rationnelle, puisqu’il a « exfiltré » l’Irak de la liste sous la pression des cadres du Pentagone mais pas la Syrie, pourtant alliée de son allié Poutine avec lequel il est en train de mijoter plein de coups fumants on ne sait de quel ordre et de quelle ampleur.

L’avenir des relations entre la Turquie  avec Trump est encore moins certain que celui de l’OTAN par le fait qu’elle est un pays musulman alliée à l’Arabie Saoudite et qu’elle a des connexions avec l’EI, tout ça fait beaucoup. Si Trump ne sait pas encore sur quel pied danser face à la Turquie, c’est probablement parce que Erdogan a une carte importante en jeu pour mettre l’Europe dans l’embarras et faire se confondre ceux qui prônent ce qu’il abhorre et qui veulent le faire passer pour le méchant loup sur la question des migrants, son premier cheval de bataille. 

Parmi les autres pays qui sont sur le banc et qui attendent de voir ce que le président américain leur réserve, il y a deux gros sacs à nœuds : l’Arabie Saoudite et la Chine. La première est l’ennemie de l’Irak, le pied à terre des USA au Moyen-Orient pour contrôler le monde. L’Arabie Saoudite est susceptible de lui mettre les pleins bâtons dans les roues. Quant à la Chine, elle est accusée de lui voler des emplois et la vedette en Extrême-Orient et dans le Pacifique. 

Ainsi, avec les fantasmes de Donald Trump, peut-on dire que l’irréparable entre les USA et l’Europe est arrivé avec la visite d’Angela Merkel à Washington ? L’Angleterre est vers la sortie de l’UE, La France est dans des petits souliers et n’a pas de voix, il n’y a plus d’interlocuteur fiable au monde pour faire fléchir le rouleau compresseur Donald Trump. Peut-être que Vladimir Poutine arriverait à convaincre Donald Trump que si les conséquences de la rupture sont pour les pays qu’il a épinglés et pris en grippe, ces conséquences peuvent aussi être pour les USA, à moins de vouloir vivre en autarcie.

Enfin, on n’a pas beaucoup entendu Donald Trump parler de l’Ukraine, et aucune presse ne lui a posé des questions sur le sujet. Et si pour ne pas avoir à aborder cette question avec elle qu’il continue à la rendre responsable de tous les maux ?

Moise Sidibé