Ces Guinéens qui exercent la profession d’Imam aux États-Unis et au Canada

09 novembre 2017 12:12:41
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La fonction de diriger les 5 prières quotidiennes, et celle du vendredi saint (Khotba), attire de plus en plus de Guinéens, à temps plein ou à temps partiel (dans le rôle d’assistant). L’imamat comme il est connu, attire, aussi bien des imams bénévoles (plus nombreux), que des salariés, qu’on compte au bout du doigt parmi cette pépinière de connaisseurs de l’arabe, et surtout des textes saints du Coran.

Il y a dans la profession, de nombreux autodidactes et autoproclamés. Compte tenu de la présence dans la filière de migrants, venus des pays arabes, de la Turquie, du Pakistan, etc., la compétition pour décrocher un poste, n’est pas facile, même si l’on y travaille bénévolement.

À cause de cette compétition, les chances des imams guinéens, et africains, sont réduites, et ces derniers se retrouvent le plus souvent, dans l’obligation, de rester dans leur communauté, pour la transmission du savoir religieux et de sa pratique.

Cependant, il n’est pas rare de voir certains se démarquer et diriger les prières, au-delà de leur communauté culturelle et linguistique .Un cas à Manhattan à New York et un autre dans le Midwest, retiendront particulièrement notre attention, un peu plus loin.

La chose qui caractérise ces imams, est qu’ils pratiquent tous, un Islam tolérant et ouvert, comme il est connu, en Guinée, depuis des siècles.

Au moment où le financement des mosquées est suivi de très près par les autorités en Occident, Guinéenews© a constaté, que tous les organismes contactés, étaient en règle ou le disaient l’être, auprès de « Internal Revenue Service », – le service d’impôt américain, qui réglemente aussi, les activités des organismes, à but non lucratif.

Arrivés en masse en Amérique du Nord dans les années 90, les Guinéens, à plus de 80 % musulmans, ont dans la plupart des villes des États-Unis et au Canada, – fondé leurs propres lieux de culte et ont soit un imam désigné ou une petite Mosquée, si petite soit-elle.

Dans les grandes villes où vivent les fidèles guinéens, nous avons pu ainsi constater, une forte animation à New York, où aucun de nos interlocuteurs, n’a été capable de nous direavec exactitude le nombre de Mosquées dirigé par des Guinéens ou ayant été construites par eux.

Sur les 5 Mosquées de la ville, les plus fréquentées d’après notre enquête, il y a une Mosquée qui a particulièrement attiré notre attention. C’est celle située à Manhattan.

En effet, dans cette mosquée, l’Imam est guinéen et les fidèles sont pour la plupart des Arabes et des ressortissants du Pakistan, du Bangladesh et de l’Indonésie. Dans ce milieu cosmopolite, la prière a été dirigée de 1998 à la veille de ce mois de carême 2017, par Elhadj Sadou Diallo.

Contacté par votre quotidien électronique, Elhadj Sadou, a tenu à nous préciser, qu’à cause d’un niveau très  élevé de connaissance de l’anglais requis, il n’a pu assumer que la direction des prières de la semaine, à l’exception de la Khotba, le vendredi.

Pour faire le sermon du vendredi, devant des cadres et professionnels de ce quartier chic de New York, il fallait être très confortable dans la langue de Shakespeare, – handicap qu’avait notre Imam, même  s’il avait déjà un bon niveau. Et là-dessus, il est loin d’être un cas isolé.

À sa Mosquée de Manhattan, un salaire lui avait été offert dès le début faisant de lui, l’un des très rares à être rémunérés pour ses services.

Quand on lui a posé la question sur la formation acquise pour faire ce qu’il fait, Elhadj Sadou, nous dit sans complexe, que « sa formation, c’est d’abord en Guinée ».

De là, il est allé ensuite au Sénégal avant d’aller étudier à l’université Al -Azhar au Caire, -université reconnue au-delà des frontières égyptiennes pour son enseignement sur le droit islamique.

Parlant des autres Mosquées à notre demande, Elhadj Sadoua tenu à nous dire que sa mosquée n’était pas exceptionnellement la plus grande et cela malgré les six étages et le sous-sol. Il nous a parlés des mérites de la Mosquée de Brooklyn, dirigée par un autre Elhadj Sadou Diallo, (comme lui), – Mosquée qui a été construite par les Guinéens et fréquentée, majoritairement par eux, où le taux d’affluence a toujours été élevé.

Contrairement à New York où beaucoup travaillent dans le secteur informel, ou possèdent leurs propres affaires, leur permettant de s’aménager leur propre emploi du temps, les Guinéens des autres villes, sont des employés qui doivent obéir, à certaines règles. Les gens ayant donc tendance à prier, proches du lieu de travail ou de la maison, New York offre en ce sens, beaucoup plus d’avantages, que le reste du pays, où il n’y a pas nécessairement de quartier guinéen ou africain. Dans cette ville, plus de 90 % des ressortissants ouest-africains y vivraient dans le Bronx, à Brooklyn ou à Queens, – un périmètre où les mosquées se trouvent concentrées.

Atlanta avec presque ses 70 Mosquées, est une ville qui abrite une vibrante communauté guinéenne aussi. Elle pourrait se classer toujours juste après New York.

Dans cette grande métropole noire, la Mosquée Masjid Badrudeen, au 1350 Crystal Lake Road, est la preuve du dynamisme de la communauté. Construite  par la communauté et gérée par un Conseil d’Administration, la Mosquée Badrudeen, a aussi un taux d’affluence très élevé. Elhadj Amadou est l’Imam dans ce lieu de culte.

Dans les États du Sud voisins, comme le Tennessee et l’Alabama, nous avons été surpris de voir l’ampleur et l’organisation qui prévalent presque 2 heures d’Atlanta.

Birmingham dans l’Alabama, la communauté qui était présidée par Mohamed Diallo, a commencé à payer dès ce 1er novembre 2017, une hypothèque de 2871 $ par mois et cela pour 14 ans. Le montant emprunté est de 473.370 $, avec un emprunt sans intérêt. 200 membres adultes inscrits se partagent le paiement.

La Mosquée peut abriter près de 1200 personnes, selon Mohamed Diallo . Un logement est prévu dans l’enceinte de l’édifice pour l’Imam ainsi que 2 terrains de basket séparés pour filles  et garçons. La Mosquée qui a un immense espace vert, une librairie et une salle de réception, n’est ouverte que depuis ce 22 septembre, 2017.

À Memphis dans le Tennessee, les 220 adultes qui sont régulièrement impliqués dans la communauté, ont aidé ici aussi à racheter et à rénover un bâtiment qui abritait, une clinique et des bureaux, pour en faire une Mosquée, un centre communautaire, portant le nom de Masjid Muslimine de Memphis au Oustaz Algassimou auparavant, à New York, est venu, s’installer ici, et a joué, un rôle non négligeable, selon Alpha Oumar Diallo, le président de l’association des Guinéens de Memphis.

Toujours selon Alpha Oumar, la dette sans intérêt, contractée pour la réalisation du projet en 2013, aurait été entièrement payée en 2015.

À Washington D.C et les États voisins du Maryland et de la Virginie, pas de Mosquée guinéenne répertoriée, malgré la forte présence d’une grande communauté. Ici, c’est sous la direction d’El Hadj Diaouné, que la communauté se réunit,  loue des salles et prie lors des fêtes musulmanes, les cérémonies de réjouissances ou de décès.

El hadj Diaouné, fait figure de doyen des Imams guinéens, aux États-Unis, selon des Imams de New York.

À Indianapolis, les Guinéens de la ville, ont inauguré, en grande pompe, en 2016, leur propre centre islamique ,le Masjid Al Hikmah, au 1800W. 57th Street, à Indianapolis. Les Imams Abdourahmane, Kaba, Oustaz Mohamed et Cheick Aly, se font le relai ici.

À Columbus dans l’Ohio, à côté de l’Indiana, une Mosquée a été achetée. Cette mosquée, la Masjid Umatu Rassul située au 1173 East Hudson, à Columbus, rachetée à 110. 000 dollars aux enchères et qui abritait une maison funèbre, a été rendue presque neuve et fonctionnelle après un autre investissement de 250.000 $ , pour des rénovations , -le tout assuré  par un financement communautaire, nous rapporte Talibé Bah de l’Ohio.

 Chicago et Philadelphie, sont à l’état de projets, plus ou moins avancés. Les prières à Chicago sont assurées par le très jeune, Elhadj Bailo Satina, qui est aussi souvent sollicité, pour assurer les prières dans la Mosquée pakistanaise, Isni, à Indianapolis, – considérée, comme la deuxième, aux États-Unis .

À Philadelphie, les cotisations ont été reçues et la collecte a continué durant tout cet été.

À Los Angeles, à l’ouest, c’est la voix de El Hadj Chérif, qui psalmodie les sourates du Coran. Autre témoin privilégié de l’implantation de la diaspora guinéenne, aux États-Unis dans les années 80, El Hadj Chérif, avait été parmi les tout premiers à  prêcher, à New York. Los Angeles où il vit, ne peut cependant se permettre le luxe, avec moins de 100 ressortissants, éparpillés dans des rayons de plus de 100 kilomètres, à s’offrir un lieu de prière et de recueillement.

Les villes de Minneapolis, Houston, Boston, Dallas, etc., ont chacune leurs propres arrangements dont nous n’avons que très peu de détails.

Pour trouver un emploi d’Imam, de prêtre ou de rabbin, rémunéré en Amérique du Nord, c’est bien au Canada, qu’il faudrait se rendre et plus particulièrement, au Québec.

Contrairement aux États-Unis, le gouvernement canadien et les provinces, ont trouvé des schémas, pour rémunérer, ceux qui exercent pleinement, cette fonction pour vivre. Mais dans la pratique, il est rendu difficile à beaucoup d’Imams d’être salariés. Bien que faisant partie du Conseil des Imams du Québec, El Hadj Youssouf Fofana, lui même reconnaît, qu’il n’est pas sur salaire ou payé pour ses services.

Intérrogé par téléphone sur l’avenir de  la Mosquée  Tawuba qu’il dirige, El hadj Fofana le voit radieux, surtout après l’obtention d’un énorme financement, d’un million de dollars, -financement reçu de l’Arabie Saoudite.

Il affirme être satisfait de la collaboration d »Elhadj Aboubacar Diallo, à la Mosquée de Tawuba, qui ne peut abriter, que près de 150 fidèles. El hadj Aboubacar Diallo est un ancien de Cosa.

Avec le million de dollars cash en main, il compte racheter un grand terrain  qui était depuis 1996, la propriété d’un Afghan, qui n’arrivait pas à le valoriser. En 2007, il l’aurait acquis.

En tant qu’initiateur et président de ce regroupement, il compte maintenant, pour un autre million de dollars, construire le centre culturel, l’équiper pour des activités culturelles et religieuses de la communauté, pour un coût total de 2 millions de $. Il faut dire qu’au Canada, les fidèles musulmans guinéens ont cotisé, comme dans certaines villes américaines.

À ce jour, il a légalement enregistré son organisme, le « Regroupement culturel islamique de Montréal ».

Le centre islamique Tawuba situé sur la rue Ontario Est, a été vandalisé, après les événements de l’hiver 2017, quand un Néo-nazi québécois, avait ouvert le feu sur des fidèles, tuant d’un coup 2 Guinéens, 2 Algériens, 1 Marocain, 1 Tunisien dans une Mosquée de Québec. Sur la question de savoir si les actes de vandalisme étaient dirigés contre sa Mosquée, qui  s’était impliquée dans les funérailles des compatriotes, l’Imam  Fofana ne trouve rien d’anti-guinéen. Il y avait seulement une vague d’islamophobie.

À la suite de cet  attentat à Québec, l’Imam Fofana avait été choisi, dans un pool d’Imams des pays, dont les ressortissants avaient perdu vies humaines pour diriger les funérailles nationales, en présence du Premier ministre du Canada et de toute la classe politique provinciale.

Au Canada, de Halifax à Vancouver, seul le centre Tawuba, peut réellement, pour le moment, se targuer d’avoir la taille d’une Mosquée parmi les Mosquées guinéennes, bien sûr. Un constat que partage El Hadj Fofana.

  • sarko

    Vous, n’avez pas mis, assez, de virgule, dans, ce texte. N’hesitez, surtout pas, a, vous, relire, avant, de publier