Guinée – Recrutement à la SAG : Une affaire de famille et de réseau ? (Enquête)

20 novembre 2017 12:12:48
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Le recrutement à la SAG et dans ses sociétés sous-traitantes à Siguiri se ferait à travers un réseau, sous le regard impuissant ou complice de la direction. Votre quotidien électronique Guinéenews© vous livre le résultat de l’enquête qu’il a menée sur le terrain, malgré le refus de la direction de la SAG de livrer sa version des faits.

Si dans les grandes entreprises et sociétés, l’appel d’offres ouvert est le mode de recrutement, tel ne semble pas être le cas au niveau de la SAG de Siguiri.

Suite à une enquête menée sur le terrain, pendant trois mois, nous avons compris que le recrutement se fait le plus souvent à travers un réseau ou de père à fils.

« Si ton père est embauché à la SAG, s’il meurt, automatiquement, un de ses enfants le remplace. Moi, c’est comme ça que je suis venu dans cette société à la mort de mon père en 2014 », confie KG,  un ancien élève d’un lycée de la place.

Il y aurait aussi un réseau qui se chargerait d’appuyer les dossiers contre espèces sonnantes et trébuchantes. Sans oublier les recrutements qui s’effectuent sans le moindre  test.

« Quand une nouvelle société vient, pour que ton nom soit sur la liste des candidats, il faut que tu paies une somme qui varie entre 3 et 4 millions GNF. Parfois, si tu gagnes le contrat, à la fin de chaque mois, on retire un pourcentage sur ton salaire pour le réseau, composé de personnes influentes dans les communautés. Et même des autorités sont impliquées », révèle LK, actuellement employé dans une société sous-traitante de la SAG.

« Moi, je suis venue de Conakry. Le lendemain, je me suis présentée, ensuite ma tenue m’a été donnée », reconnaît mademoiselle CA.

« Lorsqu’on dit qu’il y a un test au niveau de cette société, ne cherche même pas à y participer. Car, le choix est déjà effectué en interne. Ce sont des formalités », croit savoir  RZ.

Le gouverneur de la région administrative  de Kankan qui était à Siguiri lors des dernières manifestations des anciens employés de l’AMS, une société sous-traitante, n’a pas manqué de fustiger ce mode de recrutement qui a encore cours dans cette compagnie. «Il y a une pratique de recrutement à la SAG. Si ton père meurt ou il est malade, on le remplace par son enfant. La SAG est devenue un héritage. C’est anormal. Si ton père ou ta mère ne travaille pas à la SAG, tu n’auras pas accès à l’emploi de cette société. C’est une démission collective et le directeur général de la SAG est responsable», a ainsi dénoncé le général Mohamed Gharé qui s’exprimait en maninka, le dialecte parlé dans le terroir.

Nos maintes tentatives de joindre la direction des ressources humaines et le directeur général de la SAG  ont été vaines.

Mais toujours par souci acharné d’équilibre, nous avons essayé auprès de la Direction de la SAG une ultime tentative pour avoir leur version au sujet de ces accusations qui pèsent contre elle. Et après plusieurs échecs successifs, nous avons été finalement reçus par la compagnie Anglogold Ashanti de Siguiri à son bureau de Boukaria et plus précisément par le département des Relations communautaires. Sans réussir pour autant à leur arracher le moindre mot par rapport à leur mode de recrutement qui fait aujourd’hui l’objet de toutes les critiques dans la cité.

Quant au département des Relations communautaires, il s’est déclaré incompétent à répondre aux questions relatives  au  mode de recrutement, avant de nous renvoyer, à son tour, aux autorités préfectorales de Siguiri.

Par contre, au cours de ce passage au département des relations communautaires, une source interne ayant requis l’anonymat, a accepté de s’exprimer sur la question. Tout en balayant d’un revers de la main ces accusations, il soutient que tous les recrutements à la SAG se passent suivant un appel à candidature régulier et transparent.

 ‘’Tous les travailleurs ont été soumis à un test à travers un appel à candidature, les dossiers sont sélectionnés par un cabinet et dans la plus grande transparence’’, affirme mordicus notre interlocuteur avant d’évoquer les cas dans lesquels un travailleur est recruté par substitution et ce, conformément à un accord qui a été conclu entre le syndicat et la direction de l’usine.

 » C’est lors d’un point d’accord avec les syndicats qu’il a été convenu que lorsqu’un travailleur de la SAG fait cinq ans et plus après et qu’il décède ou bien s’il est à la porte de la retraite alors qu’il a un contrat à durée indéterminé, il  est directement substitué par un des ses enfants. Ce qui n’est pas prévu en réalité dans le code du travail. Si nous ne vous donnons pas ces informations, une autre personne de la boîte vous le dira « , nous a enfin confiés notre source.

Force est de constater, avec regret, que cette pratique courante dans la zone minière de Siguiri est de nature à décourager les diplômés en quête du premier emploi et  qui ne savent plus à quel saint se vouer.

A noter que la SAG compte 1910 travailleurs, dont 1847 nationaux, selon rapport ITIE  (initiative pour la transparence des industries extractives) 2015.