Rails Conakry-Niger : le chef de gare de Dabola se lâche (Exclusif)

31 mai 2017 14:14:35
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Lors de notre récent séjour à Dabola, votre quotidien en ligne, Guinéenews, a approché le chef de la gare de Dabola, qui assure la maintenance du reste des rails Conakry- Niger. Marié à deux femmes et père de dix enfants, Djibril Diallo explique ses difficultés quotidiennes, le non-paiement de ses arriérés de salaire et sa nostalgie.
Guinéenews : qui êtes-vous ? Quand êtes-vous venus à Dabola ?
Djibril Diallo : Je m’appelle Djibril Diallo, je suis le chef de gare de Dabola le chef de maintenance. Je suis arrivé à Dabola le 10 mars 1982 au moment où le trafic était très dense. Mais au fur et à mesure, les choses ont changé, le trafic a été réduit en fin de compte. Finalement, c’est la dégradation des bâtiments de l’édifice public. Ils sont délabrés. C’est ce qui a causé notre déguerpissement. Nous avons changé de milieu. Aujourd’hui, ma famille est divisée. L’une est à Babilia, l’autre à Sincery.

Guinéenews : qui est à la base du démantèlement des rails ?
Djibril Diallo : nous avons assez de problèmes depuis le démantèlement du réseau ferroviaire. Mais le gouvernement de la deuxième république est à la base de tout puisque les rails qui ont été démantelés ici ont été transportés vers le port de Conakry au vu et au su de tous. Si au moins, les rails avaient été transportés vers Kankan, on aurait trouvé d’autres excuses. A Conakry, la gare centrale de Conakry a servi de dépotoir. Ce qui a permis d’élever le mur. Bien avant, le ministre d’alors, Alpha Ibrahima Keira avait donné ordre au directeur général de sauver les rails existants pour ne pas que les ordures les abîment. Finalement, les rails ont été enlevés.
Guinéenews : quelles sont vos difficultés aujourd’hui ?
Djibril Diallo : nous avons d’énormes difficultés. Aujourd’hui, je me suis tourné vers l’agriculture. Mon premier poste a été à Kouroussa. A l’époque, je n’étais pas marié. Mais je me suis lancé dans l’agriculture. Je cultivais beaucoup. Ce qui m’a permis de me maintenir. Kouroussa, Bissikrima, Kouriyah et Dabola. Ça me fait 35 ans.
Guinéenews : la gare de Dabola, si mouvementée hier, est abandonnée aujourd’hui.
Djibril Diallo : L’ancienne gare de Dabola est abandonnée à elle-même. Aujourd’hui, certains y habitent. On l’a fait occuper, pas pour percevoir quelque chose d’eux, mais pour ne pas que le bâtiment reste tel et qu’il soit le nid des bandits.

Guinéenews : Décrivez-vous l’ambiance d’hier, quand le train arrivait à Dabola
Djibril Diallo : quand le trafic était dense, les trains se suivaient. Là, mon vieux, Dabola vivait très bien. Il suffisait d’annoncer l’arrivée du train, tout le marché de Dabola se transportait ici. Ce n’est pas Dabola seulement. C’était sur toute la ligne. De Conakry jusqu’à Kankan. Dès que le train arrivait, les gens venaient s’approvisionner en poisson, en riz, en sel, un peu de tout. Et le marché n’était pas aussi cher.
Guinéenews : avez-vous la nostalgie du passé ?
Djibril Diallo : j’ai la nostalgie du passé. Aujourd’hui, on a d’énormes difficultés. Un père de famille, qui a suffisamment du monde à nourrir. Personnellement, j’ai dix enfants vivants et marié à deux femmes. Dieu seul sait comment je me bats pour faire nourrir ma famille. Evidemment, mes épouses font le petit commerce, c’est ce qui me sauve.
Guinéenews : êtes en contact avec le ministère des transports, votre ministère de tutelle ?
Djibril Diallo : à Conakry, une fois, ils nous ont demandés d’aller expliquer nos difficultés. Quand j’ai pris la parole, j’ai carrément dit de fermer le local et de nous payer nos arriérés. Cela n’a pas été fait. Or, Nous avons des problèmes. Ils ont préféré réduire le personnel et laisser une équipe de maintenance. Cette équipe, dont je fais membre, nous sommes là. Pour la gare de Dabola, nous sommes deux à présent.

Guinéenews : Dabola hier, Dabola aujourd’hui, qu’elle est la différence ?
Djibril Diallo : Dabola hier, Dabola aujourd’hui, c’est paradoxalement très différent. Avant, on avait des facilités qui pouvaient nous soulager. Aujourd’hui, nous n’avons aucune source de revenus. On est abandonné à nous-mêmes. Même le salaire, nous le trouvons difficilement. Nos arriérés restent impayés. Une fois, ils nous ont parlé des arriérés de salaire. Au lieu de nous payer l’intégralité, on nous donne des miettes. On est en train de mener des démarches au niveau du syndicat des cheminots.
Abdoulaye Bah, de retour de Dabola pour Guinéenews

  • Pigoss Camara

    Cela signifie que les gens étaient heureux sous le règne du feu président Sékou Touré, tout le monde travaillait et les gens étaient payés chaque fin de mois,on ne connaissait pas de voyous comme aujourd’hui partout en Guinée, qui violent ,volent et brûlent des gens en public en toute impunité, c’est pitoyable l’état actuel de la Guinée sur le plan de la sécurité.

  • CONDÉ ABOU

    Oh Bon Dieu quelle pathétique interview, de devoir constater tout un gâchis et un désastre injustifiable pour la Nation, comme si l’on sortait d’un Tsunami. Très franchement, la Guinée n’aurait jamais dû se priver de ce rail Conakry-Kankan, si chargé d’histoire et qui a été construit entre 1900 et 1914 par l’Administration coloniale.

    Ce rail a été économiquement et socialement un facteur de progrès pour le pays. C’est tout un pan de l’histoire du pays et de son patrimoine économique qui ont disparu avec le démantèlement de cette légendaire voie ferrée Conakry-Kankan.

    Tout un défi pour la Nation. Et c’est pourquoi, il aurait été très souhaitable que la reconstruction de ce chemin de fer soit inscrite parmi les sur- priorités du Gouvernement actuel, quitte à le prolonger sur N’Zérékoré via Kankan, Kérouané, Beyla.

    Moralité et Enseignements:

    Un appel clair et net au Président de la République et à son Gouvernement, pour un sursaut national en vue de la reconstruction du chemin de fer Conakry-Dabola-Kankan et pour son prolongement sur N’Zérékoré, au coeur de la Forêt Guinéenne.

    Quel mal il y a, à aller vers un endettement auprès du Gouvernement Chinois et des Investisseurs privés Chinois pour relever ce défi colossal et historique pour le pays ?

    Merci au Président de la République d’accepter de nous entendre, et de bien vouloir négocier au plus vite les études et le développement de ce projet d’intérêt national.

    Chaleureuses salutations à notre courageux compatriote Djibril Diallo, le témoin et gardien des lieux. Dieu le bénisse.