Présidentielle au Rwanda: Frank Habineza Vs Paul Kagame ou David contre Goliath?

03 août 2017 13:13:34
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A moins d’un évènement imprévu  extraordinaire, on ne voit pas comment le sortant Paul Kagame pourrait perdre dans l’élection des 3 et 4 août prochain, les Rwandais de l’étranger devant voter un jour avant ceux de l’intérieur. Seul véritable enjeu de cette élection, dont les résultats sont connus d’avance sans que beaucoup ne trouvent à redire est le taux de participation.

En effet, tous les Rwandais de 30 à 100 ans gardent encore l’effroyable génocide de 1993. Celui qui a stoppé ce génocide est Paul Kagame, qui a par la suite réussi à rassembler et à réconcilier les belligérants sous le même toit. La politique de vérité-réconciliation a été un exemple que beaucoup cherchent à importer sans succès, jusqu’à présent. Un génocide qui a coûté la vie à près ou plus de 800 mille âmes ne s’oublie pas du jour au lendemain, il faudrait des décennies.

Pour les populations qui ont vécu l’effroi, les horreurs de la guerre ethnique, qui ont retrouvé une quiétude vraie et qui clament « plus jamais ça !», le choix du saut dans l’inconnu, c’est-à-dire le choix ethnocentrique ne sera plus jamais à l’ordre du jour.

En plus de cette paix retrouvée, il faut parler de l’indice de développement et la croissance rarement atteints sur le continent et tout cela, dans le respect de toutes les normes environnementales. Dire plus, ressemblerait à une campagne en faveur du sortant. Mais saura-t-il un jour passer le témoin de façon démocratique parce que jusqu’en 2031, même le messie devient lassant. Kagame a déjà fait l’histoire, vouloir trop en rajouter risquerait de la subir…

 Pour ce scrutin, il rencontre de nouveau un certain Frank Habineza, du RPGD parti démocratique vert. En 2010, ce parti qui a eu le toupet d’affronter  le FPR de Paul Kagame alors que les séquelles du génocide hantaient encore fortement les mémoires, son Vice-président a été retrouvé égorgé dans un marais, lui, Frank Habineza s’était carapaté jusqu’en Suède avant d’être convaincue de revenir au bercail sans que la mort de son Vice-président n’ait été élucidée. Habineza a eu les assurances de qui pour oser revenir, si on peut deviner comme l’ombre de l’Uncle Sam et tout nous fait dire qu’il n’est pas homme à montrer de la hardiesse imprudente, on peut se tromper. Quoi qu’il en soit le revoilà en chair et en os pour affronter un chêne ou pour jouer à la démocratie et donner un semblant de transparence démocratique et de la légitimité à ce scrutin.

 Son discours modéré est chatoyant pour caresser à lisse-poil l’homme fort de Kigali sonne un peu faux dans le sens que cela lui donne de faire l’effet de contrepoids par excellence, pas par essence : « la démocratie ne tombe pas du ciel. Elle ne vient pas de l’Amérique ou de l’Europe, nous sommes ceux qui devons lutter pour elle ».

 Le parti démocratique vert est le seul parti d’opposition critiquant ouvertement le gouvernement tout en étant officiellement reconnu par ce dernier. Il avait été l’unique parti homologué à s’opposer à la réforme de la constitution, mais cette constitution sera reformée en 2015 pour permettre à Kagamé de briguer un troisième, un quatrième et un cinquième mandat, jusqu’en 2031.

Ainsi, Paul Kagamé est vu en Afrique comme un dictateur chevronné et habile. Sans prendre parti pour lui contre les autres, il faudrait avoir l’empathie du Rwandais, qui était désigné comme « cafard », qui attendait son heure comme victime expiatoire et qui a finalement échappé à la machette par le stoppage du génocide par le FPR de Kagamé.

Pour ce Rwandais, Habineza ou n’importe quel autre leader ne ferait pas le poids devant le sauveur. Les Rwandais voteront, probablement avec le même score « soviétique », mais si Frank Habineza obtient, ne serait-ce que 10%, Paul Kagamé doit tirer les conséquences et ne pas trop présumer de sa popularité ainsi effritée, à moins que cela n’est fait pour maquiller ces élections.

Mais aussi, et encore si, par une inconnue, Kagamé se faisait battre à la régulière et qu’il acceptait le verdict des urnes, qu’en dira-t-on de lui ?

Moïse Sidibé