lundi, 27 février 2017, 20:21 GMT

Homme Politique et ancien diplomate ivoirien, Essy Amara était l’un des anciens présidents de la Commission de l’UA ayant pris part, les 30 et 31 janvier dernier, aux travaux de la 28ème session ordinaire de la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’organisation panafricaine, ici à Addis-Abeba. Guinéenews a rencontré l’ancien diplomate ivoirien dans l’immense salon d’attente de l’hôtel Sheraton Addis où il nous a accordés, débout appuyé sur sa petite canne et du haut de ses 73 ans, une entrevue de près de dix minutes. Dans cet entretien, il a tenu à saluer chaleureusement l’avènement à la tête de l’UA du président Alpha Condé à qui il a prodigué de sages conseils en tant qu’ancien maître de l’institution sur certains grands dossiers brûlants du moment. Lisez plutôt !

Guinéenews : présentez-vous ?

Essy Amara : je suis ivoirien. J’ai été diplomate à Genève, à New York pendant presque dix ans et j’ai eu l’occasion de fréquenter mes frères guinéens si bien que j’ai tellement d’amis en Guinée. J’ai eu aussi l’occasion de connaître le professeur président Alpha Condé… Je crois que la Guinée et la Côte d’Ivoire ont les mêmes populations et les deux pays ont toujours coopéré. Même entre les problèmes entre les présidents Houphouët Boigny et Sékou Touré, n’avaient jamais empêché les délégations ivoirienne et ivoirienne de coopérer comme des frères à New York. Par exemple, on était à l’époque avec l’Ambassadeur Jeanne-Martin Cissé à toutes les réunions alors qu’il y avait des tensions entre  nos deux présidents. Partout on avait des réunions avec des guinéens et on mangeait ensemble. Donc depuis tous les temps, nos relations avec la Guinéens, sont des relations fraternelles. Je suis heureux que la CEDEAO ait porté le choix sur le Pr Alpha Condé. C’est une fierté pour la CEDEAO et pour nous tous. Parce que la CEDEAO est présente  sur la scène internationale grâce à lui. C’est aussi une chance. Parce qu’on dit que même quand on n’aime pas le lièvre, il faut reconnaître qu’il sait courir. Alpha Condé a été président de la FEANF et donc, il connait toute l’Afrique ainsi que ses chefs d’Etat. Il a connu la plupart de ces dirigeants quand il était opposant. Il vient donc en territoire connu. Mais, il faut aussi reconnaître qu’il vient à un moment très complexe des relations internationales. On a crée l’OUA et on est passé à l’Union Africaine. De 5 organes principaux dans l’OUA, on est passé à 35 dans l’UA. Donc c’est une machine qui est très lourde et surtout, il y a des réformes à faire notamment en ce qui concerne le financement de l’Union Africaine. Parce que chaque décision a une incidence financière. Nous avons la gestion des conflits qui implique l’envoi par exemple des troupes et beaucoup d’autres problèmes. Il faut aussi revaloriser le salaire des fonctionnaires de l’UA. Parce que si on n’entretien pas bien les meilleures cadres, ils s’en vont à ailleurs. Alpha Condé va donc faire face à tous ces problèmes en tant que président de l’Union Africaine. J’ai confiance en lui parce qu’il a la volonté et il est un panafricaniste convaincu. Comme on le dit dans la sourate Bakkara : ‘’que Dieu lui donne les moyens de supporter les charges qu’on a mises sur ses épaules.’’

Guinéenews : qu’est-ce qui, selon vous, devrait être ses priorités au cours de son mandat ?

Essy Amara : à l’UA, tout est prioritaire. C’est vrai, ils ont résolu de façon pacifique le cas gambien mais, il y a encore le cas difficile de la RD Congo, la Somalie, le Sud-Soudan, la Libye… Tous ceux-ci constituent des problèmes brulants et urgents mais qui nécessitent une patience et surtout le temps de les décortiquer en vue de trouver une solution pacifique. Ce qui veut dire le nouveau président a les conflits qui sont très importants et qu’il faut gérer. Car, les conflits quand on les laisse trainer, ils traversent les frontières. Ensuite, il y a la réforme du financement de l’institution. Bref, disons que tout est prioritaire pour lui.

Guinéenews: vous avez dit que l’UA est une machine très lourde avec l’ensemble de ses logistiques, que voulez-vous dire par là ?

Essy Amara : c’est qu’en réalité, il y a des nouveaux Commissaires qui sont élus  et les trois quart s’en vont. Il faut donc qu’il ait une logistique très solide pour des gens qui connaissent la maison, les problèmes  et aussi des hommes qui puissent lui rendre compte à tout moment. Parce que quand il va rentrer, il sera phagocyté par des questions intérieures qui sont très difficiles à régler, la vie d’un chef d’Etat, ce n’est pas aussi facile. On voit l’aspect extérieur mais la réalité, c’est qu’il croule sous les problèmes intérieurs et extérieurs. Quelle que soit la compétence d’une personne, le plus important, c’est d’avoir des collaborateurs très bien outillés pour l’informer. Je pense qu’il faut que le président Alpha Condé ait à Addis-Abeba, en plus de l’ambassade de Guinée qui est dirigée par une femme très compétente, un ensemble de personne dans tous les secteurs pour pouvoir l’informer à tout moment et pour qu’il puisse prendre des décisions judicieuses. Celles-ci sont prises sur la base des informations exactes et correctes. Cela est extrêmement important.

Propos recueillis par Camara Moro Amara depuis Addis-Abeba pour Guinéenews

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