Polémique autour des 500 millions du chef de l’opposition : c’est du foutage de gueule

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Quand nos politiques n’ont rien à proposer, ils s’entredéchirent, par médias interposés, pour s’offrir en spectacles. Du pain-béni pour le pouvoir. Au lieu d’évoquer les vraies questions de l’heure, ils descendent aussi bas pour animer un débat de caniveaux. C’est exactement ce qui se passe depuis le début de la polémique née autour de cinq milliards devant être alloués au chef de l’opposition par an.
Depuis dix jours, nos politiques se bouffent le nez pour des histoires de sous. Tant pis pour les victimes de Dubréka ou des délestages d’électricité. Ils se livrent plutôt à un « vrai faux » débat qui donne envie de vomir ou de changer de nationalité, tant ils sont passés à côté.
Mais à quelque chose, malheur est bon, dit-on souvent, puisque cette affaire des cinq milliards, qui fait la une de la presse, a le mérite, au moins, de mettre en exergue deux problèmes : l’esprit de transparence qui devrait entourer dorénavant la gestion de nos finances d’une part. D’autre part, le reflet de la cohabitation entre nos politiques.
Sinon, pour ceux qui savent décrypter les codes, ce budget du chef de l’opposition ne devrait constituer nullement une polémique en soi, pour peu qu’on soit logique. La raison est double. Non seulement l’UFDG a accepté de siéger à l’Assemblée nationale mais également son leader, Cellou Dalein Diallo, a accepté son nouveau statut.

Comment les 5 milliards ont été octroyés ?
Sur le plan de la procédure, toutes les étapes ont été respectées ou presque. Dans la résolution Numéro 001/2015/AN, le bureau de l’Assemblée nationale a désigné, le 8 septembre 2015 le leader de l’UFDG comme chef de file de l’opposition de la troisième législature au vu des résultats des élections législatives de septembre 2013.
Dans la résolution Numéro 002/2015/AN, l’Assemblée nationale de la troisième législature a adopté, le 8 septembre 2015 que le chef de l’opposition bénéficiera des privilèges : un cabinet, une sécurité rapprochée, un siège ou un budget d’installation, un véhicule de fonction, un véhicule pour sa sécurité et un budget de fonctionnement.
Dans l’arrêté Numéro 0268, le ministère du budget a notifié au chef de l’opposition que dans le cadre de l’application des dispositions de la loi portant statut de l’opposition en Guinée et de la loi de finances 2017, l’inscription d’un crédit de cinq milliards de francs destinés au fonctionnement de son institution pour l’exercice 2017.
Dans l’arrêté Numéro 0271/MB/CAB/2017, le ministère du budget a transmis au secrétariat général du gouvernement, pour enregistrement, portant virement de crédits budgétaires d’un montant de cinq milliards en faveur des dépenses communes.
Dans l’arrêté Numéro 2017/1160/MB/SGG, le ministère du budget décide qu’une subvention de 1,250 milliards de francs est accordé au chef de l’opposition au titre du premier trimestre 2017 (Article). Cette subvention servira au fonctionnement du principal concerné et sera virée au compte Numéro 2011000148 intitulé PGT/Dépôt des services ouverts à la BCRG en faveur du chef de l’opposition (Article 2).
Comme on le voit, la question n’est nullement si ce budget doit revenir au chef de l’opposition mais plutôt, quand aura-t-il le reste de ses arriérés ? A quoi servira son budget ? Comment sera-t-il utilisé ? Qui seront les membres de son cabinet ? Quelles actions poseront-ils ? Comment le chef de file pourrait-il se muer en une véritable institution de contre-pouvoir au profit des populations ? Tout le reste, c’est du foutage de gueule ou une tentative de noyer le poisson.

Des exemples similaires de subventions
Preuve par dix que ce débat n’a pas lieu d’être, c’est qu’avant ces 500 millions de francs, la Guinée regorge pleins d’exemples similaires où des cadres ont été rétribués sans que quelqu’un ne levât le petit doigt. Au lendemain du scrutin présidentiel de 2010, par exemple, les 34 ministres du gouvernement d’alors se tapèrent 500 millions de francs, une parcelle et un véhicule de commandement chacun.
Au lendemain des élections législatives de 2013, les 156 membres du Conseil national de transition (CNT), piloté par la figure de proue du syndicalisme guinéen, Hadja Rabiatou Sérah Diallo, avaient réclamé, eux aussi, 300 millions de francs chacun.
Au lendemain des tueries du 28 septembre 2009, les dirigeants de la transition d’alors offrirent deux milliards à Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et feu Jean Marie Doré chacun pour, dit-on, les préjudices qu’ils avaient subi au cours de ce lundi sanglant.
A l’époque, quand une polémique similaire éclata autour des deux milliards, feu Jean Marie Doré avait sèchement répondu. « C’est Dalein qui cherche à se justifier. Moi, j’ai bien fait. D’ailleurs, cet argent est petit ». Sur ce, il avait clos le débat.
Voilà que huit ans après, la Guinée s’est dotée d’une assemblée nationale et d’un statut de l’opposition. Curieusement, les 37 députés de l’UFDG touchent, d’un côté, leur salaire et leurs avantages. De l’autre, certains ne comprennent pas que le chef de file de l’opposition guinéenne ait bénéficié d’un budget pour son fonctionnement. Et ce sont les mêmes qui accusent le Chef de l’Etat de traîner dans la mise en place des institutions.
Le paradoxe, c’est que la plupart des partis politiques agréés qui comptent sur le terrain, parlementaires ou pas, bénéficient des subventions de l’Etat. C’est comme ceux siégeant à la commission électorale nationale indépendante (CENI), qui touchent leurs émoluments depuis 2012.
Pauvre chef de l’opposition guinéenne, qui est contraint de justifier le budget de son institution avant même l’utilisation des fonds !