Occupation du chantier de la route Sonfonia-Kagbélén: le coup de gueule du commissaire spécial de la zone (Interview)

10 octobre 2017 7:07:40
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«Ce que nous vivons actuellement sur cette route en chantier est inacceptable…»

Les usagers sont nombreux  à estimer que le chantier de construction de la 2 x2 voies Sonfonia-Kagbélén  évolue à un rythme lent, même trop lent, à leur goût.  S’il ne tenait qu’à eux, cette route serait depuis longtemps déjà ouverte à la circulation, tant elle est attendue pour  décongestionner la circulation dans la capitale et ses environs.

On le sait déjà, l’embouteillage est le pire ennemi d’une circulation routière. Ce phénomène quasi permanent à Conakry, fait qu’on ne peut plus circuler à certaines heures, sur certaines artères. Avec toutes les conséquences que cela implique. Mais au-delà de la lenteur évoquée dans l’évolution de ce chantier, et nonobstant  l’attente impatiente et intelligible des usagers, il faut admettre que la construction de cette route se poursuit. Très lentement il est vrai, mais se poursuit quand même !  Plus que quelques centaines de mètres de terre latéritique compactée à bitumer et l’une des chaussées de la 2X2 voies sera ouverte à la circulation et praticable en  toute saison. Et, de Sonfonia au carrefour Kagbélén, la route sera ainsi, entièrement revêtue de sa première couche de bitume.

 En attendant la fin des travaux, c’est déjà une aubaine pour les milliers d’usagers qui l’empruntent au quotidien. Les embouteillages monstres qui s’y produisaient quand  la route était à chaussée unique ne sont plus qu’un lointain souvenir. En plus, dès que la jonction sera effective avec le Km 36, Coyah sera à moins d’une heure de route de Conakry.

Le profil de voie expresse qui sert de dégagement se dessine déjà. Ce qui renforce la mobilité des citoyens. Une belle perspective qui augure un développement  rapide du pays !

Mais, le charme s’arrête là ! Une nouvelle réalité est en train de se développer tout le long des 9 km de cette route qui, bien qu’inachevée encore, se trouve déjà envahie !!! Rien n’à voir avec les conducteurs indisciplinés qui empêchent les ouvriers et leurs machines d’évoluer correctement sur le chantier en construction.

 

Le capitaine Amadou Diallo, commissaire spécial de la sécurité routière de Sonfonia, dont c’est la zone de contrôle, en parle avec fermeté. En séance de travail avec son adjoint, le capitaine Sékou 2 Touré, il présente les faits au micro de Guinéenews : « ce que nous vivons actuellement sur cette route en chantier est inacceptable. La partie bitumée de la chaussée destinée à la circulation des véhicules est en train de devenir  un parc pour le stationnement de camions et de bus. Des stationnements abusifs qui peuvent durer des jours et des jours. »

Guinéenews : à quel niveau observez-vous ce phénomène ?

Commissaire  spécial sécurité routière : nous avons  identifié quelques endroits où ce phénomène est très marqué : des deux côtés des rails de Sonfonia, surtout le long de la station qui borde la route en ces lieux;  au rond-point de la T8 ; à hauteur du groupe scolaire situé entre la T8 et le carrefour cimenterie; dans la zone de Bailobaya et de la T10.  

Guinéenews : quels sont les inconvénients de cette pratique ?

 Commissaire spécial sécurité routière : dites plutôt, quels sont les dangers de cette pratique ? Les longs et gros véhicules immobilisés sans signalisation adéquate le long d’une route aussi fréquentée que celle dont nous parlons, présentent  plus que des inconvénients, mais plutôt des dangers réels pour la circulation. Souvent nous assistons à des accrochages ou à des collisions violentes qui interviennent la nuit, alors que la circulation est fluide et que les conducteurs roulent très vite. Les conséquences corporelles et matérielles sont souvent très graves et comprennent quelquefois des décès.

A une échelle moindre, mais tout aussi négative, nous avons l’encombrement de la circulation qui compromet sa fluidité et favorise les embouteillages. La largeur de la chaussée étant réduite à cause du stationnement intempestif des camions, les croisements et dépassements deviennent difficiles, sinon impossibles. La gêne et le danger s’installent et tout le monde en pâti.

Guinéenews : que comptez-vous faire pour que cela s’arrête ?

Commissaire  spécial sécurité routière : nous sommes en train de tout  mettre en œuvre pour en finir définitivement avec cette situation. Si nous ne réagissons pas dès maintenant, l’effet du mimétisme va se propager et la route va être encombrée sur toute sa longueur. C’est  donc une urgence pour nous et nous tenons fermement à relever le défi.

Pour commencer, nous identifions tous les propriétaires de véhicules concernés.  Nous les mettons en demeure de cesser de garer leurs véhicules sur la route. 

Guinéenews : et s’ils n’obtempèrent pas 

Commissaire  spécial sécurité routière : nous n’envisageons même pas cette éventualité et si jamais elle se présente, nous avons tout ce qu’il faut pour agir et/ou réagir. Les lois et règlements en vigueur nous confèrent une autorité que nous exerçons toutes les fois que l’ordre dans la circulation est menacée.

Dans tous les cas, chacun est pleinement conscient qu’une route n’est pas un parking. Celui qui achète un véhicule doit avoir un endroit pour le garer. La route est un domaine public que nous avons tous en partage. Elle n’est pas une cour privée ou un salon. Elle est faite pour la circulation des véhicules. Nul n’a le droit de l’utiliser à ses fins propres, au mépris du droit d’autrui. C’est une règle essentielle du savoir -vivre que le code de la route et les règlements en vigueur  prennent  en compte.

Mais avant l’usage de toute forme de coercition, nous privilégions toujours la prévention. Pour ce faire, nous informons et nous sensibilisons sur les risques liés à la pratique de ce type de comportement  sur la route.

Guinéenews : avez-vous la certitude d’en finir avec cette pratique dangereuse ? 

Commissaire  spécial sécurité routière : affirmatif ! D’autant que nous sommes convaincus de la justesse de notre action et que nous sommes soutenus par les autorités à tous les niveaux, les personnes de bonne volonté et même les riverains.

Mais le soutien le plus significatif à nos yeux est celui de notre Direction Nationale qui nous engage à accomplir pleinement  notre mission. D’ailleurs, la gestion définitive de ce phénomène est prise en compte dans les objectifs répertoriés par notre Département à l’effet de désencombrer toutes les voies urbaines de Kaloum au Km 36. Un plan d’urgence est en train d’être mis en œuvre dans ce sens. Tout cela parfaitement inscrit dans la dynamique des préparatifs des Etats- Généraux de la sécurité routière.

Entretien réalisé par Diao Diallo