Nombre de morts, blessés, dégâts matériels, causes, cartographie des lieux dangereux, le Cdt Yéré Camara dit tout sur l’hécatombe routière de Kindia

28 août 2017 12:12:01
0

Entre la série de catastrophes routières d’une quarantaine de morts que la préfecture de Dubréka a enregistrées en mai dernier et cet autre bilan macabre de neuf tués, lundi 17 août à Labota, dans la préfecture de Kindia, le répit aura été de courte durée ! C’est le moins qu’on puisse dire.

 

Chacune de ces tragédies aura fortement ému et profondément marqué l’opinion. On ne s’habitue guère à cette violence routière gratuite, soudaine et insoutenable. On ne supporte pas de voir des innocents tués, blessés ou appauvris du fait des accidents. Le gouvernement s’en est fait l’écho en    exprimant des regrets mais aussi une colère et une volonté de mettre fin à cette hécatombe répétitive. Des enquêtes sont annoncées pour situer les responsabilités.

 

En attendant que tout cela se concrétise, votre quotidien Guinéenews.org a rencontré le Chef d’escadron Yéré Camara commandant la compagnie sécurité routière de Kindia pour parler des activités de la gendarmerie routière dans la zone.

 Guinéenews : commandant, vous avez en charge la gestion de la sécurité routière en rase campagne dans la région de Kindia. Les routes sous votre contrôle sont parmi les plus à risque de notre pays. Bien des accidents graves y sont enregistrés, tel celui de Labota que vos services ont constaté et dont nous voudrions justement que vous nous parliez ?  

Commandant Yéré Camara : je vous remercie de me donner l’occasion, au nom de ma hiérarchie, de présenter à vos lecteurs la réalité que nous vivons au quotidien sur les routes de la région de Kindia. Pour commencer, je vous dirais que la gestion de la circulation routière est assurée dans notre pays, par la police dans les centres urbains et la gendarmerie en rase campagne. Ce secteur de la rase campagne qui relève de nos attributions, est un domaine assez vaste qui couvre le réseau routier interurbain, allant des routes nationales aux chemins dans les districts. Entre ces deux, nous pouvons citer les routes préfectorales, les routes sous-préfectorales, les pistes rurales. Nous veillons sur des routes de toutes catégories (bitumées, à forte intensité de trafic, en terre, bien ou mal entretenues, fortement dégradées et à faible intensité de trafic, en somme partout où se déroule une circulation d’engin motorisé ou pas). C’est dire l’immensité de la tâche qui nous incombe et l’importance de notre mission. Nous veillons sur des centaines et des centaines de kilomètres de routes qui sont loin d’être paisibles ou faciles d’accès. Nous enregistrons chaque jour, à ces différents niveaux, des accidents quelques fois graves, tel celui de Labota dont je vous relate les circonstances : le lundi 14 août 2017 à 06 heures du matin, dans la localité de Labota, sous-préfecture de Mambia, au kilomètre 44 de Kindia vers Coyah, est survenu cet accident mortel avec blessé et dégâts matériels importants, intéressant le camion Volvo Grue, immatriculé RC 5993 L, appartenant à la société Nounou Service SARL au quartier Kaporo, commune de Ratoma, conduit par monsieur Abdoulaye Sylla, contre la voiture Renault 21 immatriculée RC 2376 P, appartenant à monsieur Soumah Fasory, domicilié à Friguiabé, commune de Kindia, conduite par monsieur Mohamed Camara.

Monsieur Abdoulaye Sylla, au volant du camion Volvo Grue, en provenance de Conakry pour se rendre à Kindia, avec à son bord une machine fourchette.

Chemin faisant, arrive à allure très vive au lieu indiqué, sur un tracé courbe. L’allure aidant, il perd le contrôle de son camion et se rabat systématiquement à sa gauche.

Au même moment, arrivait en sens inverse la voiture Renault 21 conduite par monsieur Mohamed Camara, avec dix passagers en provenance de Kindia pour se rendre à Conakry.

Le conducteur de la voiture Renault 21, voyant le camion venir vers lui, a préféré se rabattre davantage à sa droite (bas-côté de la route) pour éviter le pire. Fort malheureusement, le camion monte sur la Renault 21 avec son contenu. Bilan : 9 morts dont une fillette, deux femmes en grossesse et le conducteur de la Renault 21 et des dégâts matériels importants sur la voiture.

Guinéenews : à quelle conclusion avez-vous abouti quant aux causes réelles de cet accident ? Vous avez déjà situé les responsabilités?

Commandant Yéré Camara : bien entendu !  Il s’agit d’une situation  suffisamment grave, à traiter dans l’urgence et avec responsabilité. Nos conclusions sont les suivantes : la circulation à gauche est l’infraction au code de la route à l’origine de cet accident que nous relevons et retenons à l’encontre de monsieur Abdoulaye Sylla, conducteur du camion Volvo RC 5993 L.

Guinéenews : les accidents sont assez fréquents dans votre zone. L’opinion est unanime là-dessus et comme pour le corroborer, cinq jours après cet accident mortel, vos services ont enregistré un autre cas, tout aussi dramatique ?

Commandant Yéré Camara : vous avez raison, nous n’avons pas attendu bien longtemps, hélas ! Juste cinq jours, pour enregistrer un autre accident mortel :

Le samedi 19 août 2017 à 10h 30, dans la localité de Kabeleya, sous- préfecture de Kolenté, au PK 35 de Kindia vers Mamou, est survenu un accident mortel avec dégâts matériels importants, intéressant la moto TVS immatriculée S 6383 RG, contre le camion Renault remorque RC 9467 Q. Monsieur Sékouba Sacko motocycliste, en provenance de Coyah pour se rendre à Mamou avec trois personnes sur la moto, embrasse un tracé virage à allure vive. Il perd le contrôle de sa machine pour venir rentrer sous le camion Renault remorque, conduit par monsieur Ibrahima Sow, en provenance de Mamou pour Conakry, qui roulait normalement dans son couloir de marche. Sous l’effet du choc, les trois personnes et la moto sont projetées jusqu’à 28, 50 m.  Bilan : trois morts et des dégâts matériels importants sur la moto.  L’excès de vitesse et la circulation à gauche sont les infractions au code de la route à l’origine de cet accident que nous relevons et retenons à l’encontre de monsieur Sékouba Sacko, qui a malheureusement péri dans l’accident. Les victimes sont: Sékouba Sacko, Hamidou Bah et Thierno Mamadou Minté.

Guinéenews : cette année 2017aura été bien meurtrière pour les populations de Kindia et d’ailleurs, surtout quand on y ajoute la trentaine de morts de Dubréka du mois de mai dernier ?

Commandant Yéré Camara : vous avez raison et c’est bien dommage ! Effectivement, le premier accident mortel que nous avons enregistré cette année s’est produit  le 11 mars dernier à Tapioca, au km 6 de Kindia. Un camion Nissan contre un minibus en provenance de Kouroussa pour Conakry.  Bilan : 12 morts.

Guinéenews: en termes de chiffres, quelles sont les statistiques que vous pouvez nous fournir ?

Commandant Yéré Camara : voici les statistiques recueillies par notre service, la compagnie sécurité routière(CSR) de Kindia, pour la période allant  du 1er janvier au 19 août 2017.

Nombre d’accidents : 71

2-   Nombre de véhicules impliqués : 132

Privés : 114

Etat : 01

Etrangers : 01

Motos : 15

Vélo : 01

3-   Nombre de personnes victimes : 177

Tués : 45

Hommes : 31 Femmes : 14

Blessés graves : 85

  Hommes : 51  Femmes : 34

Blessés légers : 47

Hommes : 33  Femmes : 14

4-   Dégâts matériels importants : 79

5-   Dégâts matériels légers : 38

6-   Véhicules impliqués sans dégâts : 15

 Guineenews : quelles sont les infractions à l’origine de ces accidents ?

Commandant Yéré Camara : dans la composante Homme, Véhicule, Route, l’homme reste l’élément déterminant. Son comportement est pour beaucoup dans la survenance des accidents. Voici, par ordre de grandeur, les infractions que nous relevons :

 Circulation à gauche : 25

Excès de vitesse : 22

Non respect de la distance de sécurité : 06

Dépassement défectueux : 04

Stationnement gênant la circulation : 04

Défaut d’entretien technique : 04

Sommeil au volant : 02

Imprudence : 02

Poids excessif : 01

Changement de direction : 01

Guinéenews: les routes sous votre contrôle semblent être parmi les plus dangereuses du pays. Les accidents y sont très fréquents. Au-delà du comportement humain n’y a-t-il pas d’autres facteurs à évoquer ?

 Commandant Yéré Camara : notre région comprend les préfectures de Kindia, Télimélé, Coyah, Dubréka et Forécariah. En dehors des trois dernières, situées le long du littoral et qui présentent dans l’ensemble un relief plat, toutes les autres sont caractérisées par un relief plus ou moins accidenté. On y rencontre des montagnes et des descentes dangereuses, des virages serrés, des ponts quelquefois étroits ou mal signalés. La chaussée y est  dégradée à certains endroits et la signalisation routière (verticale et horizontale) fait défaut. Il existe beaucoup d’endroits dangereux où nous enregistrons des accidents, surtout avec les usagers étrangers à la zone.    Les lieux réputés dangereux sont:

Artère Kindia vers Mamou

 Tapioca au km 7, succession de virages

Ségueya au km 9, succession de virages

Bokaria au km 25, deux ponts rétrécis

Kabeleya au km 34, un tracé courbe

Sounkhoriakhory au km 61, succession de tracés courbes entre Souguéta et Linsan

Yombokhouré au km 70, succession de virages sur une descente de trois kilomètres

 Artère Kindia vers Coyah

 Foulaya  km 7, tracé virage

Camaraboundji  km 26, succession de virages qui se termine au niveau d’un pont sans garde-fou

Labota  km 45, succession de virages sur une descente de 04 km

Madinadjan  km 50, un tracé courbe, communément appelé «tournant fonctionnaire.»

 Guineenews : une conclusion à cet entretien, ou pour tout dire, le mot de la fin ?

 Commandant Yéré Camara : notre préoccupation majeure demeure la lutte contre les accidents. Pour cela nous sommes motivés et mobilisés jour et nuit, 24h/24. Notre hiérarchie, le Commandement de la Gendarmerie Routière nous instruit à toujours agir avec responsabilité, loyauté, engagement et esprit de sacrifice, pour protéger les citoyens où qu’ils se trouvent sur le réseau routier. Ces consignes sont bien comprises et appliquées par les éléments de notre compagnie. C’est ainsi que les alertes d’accident peuvent nous arriver de partout, tous les jours et à n’importe quelle heure. Nous intervenons parfois à plus de 100 km de notre base, sur des lieux d’accident. Il nous arrive aussi de nous déployer en des endroits sur la route nationale pour rétablir la circulation fortement perturbée ou totalement bloquée pour cause d’accident ou de panne de camions.

Du côté des usagers, si la collaboration est assez bonne avec la grande majorité, il faut reconnaître qu’il y a des efforts à faire pour améliorer le comportement et renforcer le sens civique de certains parmi eux. Nous nous y attelons en agissant toujours de manière à renforcer la confiance entre eux et nous. Tenant compte de tous ces aspects soulevés, nous allons présenter des doléances et exprimer des souhaits :

  – Formation et sensibilisation des usagers, en vue d’améliorer leur comportement sur la route

  -Acquisition de camions-grue de grosse capacité pour dégager les routes bloquées du fait de camions accidentés ou en panne.

– Matérialisation de toutes nos routes, pour permettre aux usagers     de circuler avec la sécurité souhaitée

 – Renforcement de nos équipements, notamment les moyens de locomotion pour nous permettre d’assurer des interventions plus rapides et plus efficaces.

– Réforme ou amélioration du système de délivrance des permis de conduire.

 Entretien réalisé par Diao Diallo