lundi, 27 février 2017, 20:25 GMT

Dans la région côtière de Cabo Delgado, située à plus de 1600 kilomètres de la capitale Maputo, la police mozambicaine s'est livrée à « une chasse aux étrangers». C'est du moins ce qui ressort des témoignages recoupés auprès de plusieurs guinéens vivant dans cette région. Des témoignages qui sont appuyés par la presse tanzanienne qui rapporte l'expulsion de 132  Tanzaniens du Mozambique.

 

En janvier dernier, Aliou Condé, président d'une Association des ressortissants de la CEDEAO au Mozambique avait pourtant prévenu. «Nous avons une semaine pour nous préparer… Nous demandons aux autorités guinéennes de venir à notre secours», avait-il signalé à Guineenews.  L'alerte avait été corroborée par Kaba Keita, un autre ressortissant guinéen vivant dans la région de Nampula, à près de 1500 kilomètres de la capitale Maputo. La menace était lancée à l'endroit des étrangers sans titre de séjour. Mais aujourd'hui, indiquent les dernières informations, même le visa ne sert à rien pour vivre dans la région minière de Cabo Delgado, située à quelque 100 kilomètres de sa voisine de Nampula.

 

C'est depuis Nampula que la menace avait été signalée à Guineenews, il y a quelques trois semaines. Mais c'est depuis la préfecture de Montepuez ( Cabo Delgado) qu'on nous signale la reprise du calvaire des étrangers. «Beaucoup de nos compatriotes sont en prison alors que nous autres sommes obligés de vivre en cachette», a dénoncé Aly Kourouma dans un entretien téléphonique avec Guinéenews. Les femmes et les enfants ne seraient pas à l’abri cette vaste expulsion actuellement conduite par la police de Montepuez.

 

Sur une page Facebook dénommée «Jeunes Guinéens vivant au Mozambique », des Guinéens ont publié des vidéos de dégâts qui seraient causés par la police mozambicaine sur des Ouest-africains, des Tanzaniens et Burundais. «Plus de 200 étrangers ont été arrêtés à Montepuez. La majeure partie est Guinéens, Tanzaniens et Burundais. La libération se négocie à 40.000 Mts (Metical, la monnaie mozambicaine) soit 571 dollars. Ceux qui n'ont pas pu verser cette somme ont été transférés à la prison centrale de PEMBA (Cab Delgado) », ont-ils publié sur la page, le 10 janvier dernier. Depuis cette publication, les Guinéens font quotidiennement le point sur leur sort. Dans la plupart des vidéos, on les voit lancer des cris de détresse à l'endroit des autorités guinéennes. Ils appellent le gouvernement guinéen à imiter son homologue tanzanien qui a assuré le rapatriement de ses ressortissants indésirables au Mozambique.

 

 

Le rubis, cette pierre précieuse, dure et transparente de couleur rouge vif, à l'origine de leurs ennuis

 Les ressortissants guinéens au Mozambique estiment être près de 3 000 personnes. Ils sont généralement dans le commerce et dans l'exploitation artisanale des mines. C'est d'ailleurs cette  dernière activité qui semblerait être à l'origine des ennuis des étrangers. A Montepuez, une préfecture riche en rubis, plusieurs étrangers se livrent à l'exploitation artisanale minière. «La réalité, c'est que les Guinéens, Tanzaniens, Maliens, Burundais, Nigérians… exploitent frauduleusement le rubis de Montepuez qui a la meilleure qualité sur le marché mondial », reconnait Alpha Mamadou Doukouré qui dit avoir passé trois ans dans la mine de rubis de Montepuez. «Généralement, quand les Tanzaniens et les aborigènes extraient la pierre précieuse (le rubis), ils les vendent aux Guinéens qui, à leur tour, revendent aux Thaïlandais pour avoir du bénéfice… L'Etat mozambicain a décidé d'arrêter cette pratique et c'est pourquoi il veut nous faire quitter ici de force », renchérit Doukouré. Et de terminer: « ce n'est pas une question de papier.»

En effet, depuis le début de cette année, le Mozambique s'est lancé dans l'attribution des licences d'exploitation de ces ressources naturelles à des multinationales et a décidé d'interdire l'exploitation artisanale de certaines mines.

 

«Le dimanche prochain est trop loin»

 

Séduit par le rubis de Montepuez, Moussa Camara a décidé, il y a quelques mois, de quitter l'Afrique du Sud. Aujourd'hui, dépassé par l’ampleur des opérations de ratissage de la police mozambicaine, le jeune guinéen regrette vivement son choix. Et est très inquiet quant au dénouement de la chasse aux étrangers. L'ambassade de Guinée en Afrique du sud (de laquelle relève les Guinéens du Mozambique) reste injoignable, le Consul la Guinée à Maputo, quant à lui, ne pourra pas se rendre à Montepuez avant le dimanche à venir. «Le dimanche prochain est trop loin. S'ils n'interviennent pas rapidement ce serait vraiment grave pour nous  », prévient Moussa Camara… Obligés de vivre à la dérobée pour éviter les sévices de la police, ces Guinéens n'ont pas les moyens de se rendre dans les autres régions du Mozambique qui ne leur sont pas interdites.     

Il faut par ailleurs souligner que toutes nos tentatives du côté des autorités du ministère des Affaires Etrangères à Conakry, étaient restées vaines jusqu'au moment où nous mettons en ligne cet article.

A suivre.

Tokpana Doré

Téléphone +224 657 372 416 Conakry, Guinée

Tokpana Doré