Mauritanie : Pourquoi les sénateurs acceptent de se faire autotomie?

05 août 2017 9:09:44
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La réforme constitutionnelle que s’apprête à faire la République islamique de Mauritanie, autorise à poser la question sur sa pertinence. En effet, membre du G5 Sahel et bien impliquée dans la lutte contre les djihadistes, elle a des obligations financières pour la constitution d’une armée commune de défense qui a bien des problèmes de financement.

Hormis la taxe de 0,2% sur les importations pour le financement de l’Union Africaine, hormis la contribution des 10 millions d’euros pour l’armée du G5, elle ne roule pas sur les excédents, loin s’en faut, donc n’est pas exempte des difficultés financières pour le fonctionnement interne.

Si à cela elle rajoute ce référendum pour la réforme constitutionnelle pour modifier son drapeau sur tous les documents administratifs, on ne sait pas ce que cela va coûter mais ça va faire beaucoup et ça va prendre beaucoup de temps. On pense surtout aux cartes d’identité, aux passeports et autres documents personnels. Tout peut être en ordre avant les prochaines élections présidentielles ? La question reste posée.

Le drapeau mauritanien à fond vert frappé au centre d’une lune jaune-or de deux jours au milieu de laquelle une étoile de la même couleur, seront désormais au milieu de deux bandes rouge-sang parallèles en haut et en bas. On dit que la bande rouge du haut représente le sang des héros et martyrs et celle du bas représente le sang que vont verser dans le futur les Mauritaniens pour la défense de leur patrie. L’engagement du pays dans la lutte contre le terrorisme international est donc total, la Mauritanie semble aller au-devant par derrière, les ennemis, d’où qu’ils viennent, devront faire gaffe à leurs os. Tout cela coûte beaucoup d’argent, il faut ajouter et insister que le pays est dans une conjoncture économique pas reluisante.

En dehors de cet aspect financier, il y a encore une autre curiosité : les députés et les sénateurs semblent favorables à la reforme constitutionnelle qui va supprimer le sénat ; les sénateurs seront remplacés par les conseillers régionaux ; ensuite la réforme se propose de supprimer la Haute Cour de justice, le médiateur de la République et le Haut conseil islamique.

 Une foule de questions se posent sur le mode de désignation des 56 conseillers régionaux. Quant au Haut conseil islamique et au médiateur de la République, on ne dit pas par qui et par quoi ils seront remplacés, mais en supprimant surtout le Haut conseil islamique, cela veut-il signifier que la République islamique de Mauritanie veut, soit sortir du cadre d’une République islamique soit renforcer davantage le régime théocratique du pays.

Les Mauritaniens sont-ils assez au courant des subtilités de ce changement ?

  • CONDÉ ABOU

    Ecoutez, je suis désolé, ce papier est inacceptable. Ce sujet, vous ne l’aviez pas compris, puisque tout le monde sait que les Sénateurs Mauritaniens sont farouchement opposés au Président Mohamed Abdoul Aziz autour de son référendum ayant eu lieu hier Samedi 5 Août 2017 et dont les résultats sont attendus aujourd’hui Dimanche 6 Août 2017 !

    De quoi est-il question ?

    Selon la Presse Française et Mauritanienne, face au camp du «oui», qui regroupe la majorité présidentielle et les quelques partis de l’opposition dite «dialoguiste», les principaux partis d’opposition appellent au boycott du scrutin qu’ils jugent anticonstitutionnel. Un seul parti d’opposition prône le «non». Quelles questions vont être posées et comment va se dérouler le vote ?

    Près de 1,4 million de Mauritaniens sont appelés à se prononcer dans les 3.118 bureaux de vote répartis sur l’ensemble du territoire. Le scrutin va se dérouler en deux temps, avec deux bulletins à déposer dans des urnes distinctes.

    Pour chacune des deux questions, le votant peut choisir « oui », « non » ou « neutre ». Le premier bulletin, bleu, porte sur le changement de drapeau. Il s’agit de savoir si les Mauritaniens veulent ou non que soient ajoutées au drapeau actuel deux bandes rouges représentant le sang des martyrs versé pour la nation.

    Le deuxième bulletin, jaune, porte sur la réforme des institutions, qui englobe trois points : la suppression du Sénat et le transfert de ses attributions à l’Assemblée, la création de conseils régionaux élus et la refonte du Haut conseil islamique, du médiateur de la République et du Haut conseil de la fatwa et du recours gracieux, en une seule institution également baptisée « Conseil de la fatwa et du recours gracieux ».

    Un organe chargé d’émettre des fatwas, c’est-à-dire des avis juridiques religieux, mais aussi de participer aux règlements de tout contentieux qui n’est pas en cours de traitement par la justice. A noter que la suppression de la Haute cour de justice, un temps évoquée, n’a finalement pas été retenue.

    CONCLUSIONS:

    Premièrement. Tout au depart, en Mars dernier, la révision de la loi fondamentale a été adoptée par l’Assemblée nationale, mais rejetée par le Sénat. Le Président Aziz a passé outre en convoquant dans la foulée le référendum d’hier Samedi 5 Août 2017.

    Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2008, le président Abdel Aziz, un ancien Général élu en 2009 puis réélu en 2014 pour cinq ans, fait face à une fronde du Sénat, pourtant majoritairement favorable au pouvoir, qui s’est cabré contre un texte signifiant sa disparition.

    Alors qu’une vingtaine de Sénateurs ont entamé Mercredi dernier un sit-in au Parlement afin d’exiger des excuses du président pour les avoir accusés de corruption et pour qu’il renonce au référendum, M. Abdel Aziz a renouvelé ses accusations lors de son dernier grand meeting de campagne Jeudi soir à Nouakchott.

    « Ils me demandent de leur présenter des excuses, je ne le ferai jamais », a lancé le Chef de l’Etat, en estimant que ces Sénateurs avaient « trahi la nation ». « Ces gens ont, selon leurs propres dires, procédé à des partages d’argent pris sur des hommes d’affaires pour saper les institutions du pays », a-t-il accusé, appelant la foule de ses partisans à décréter la dissolution du Sénat « qui coûte très cher et ne correspond à rien, à aucun besoin ».

    L’opposition soupçonne le chef de l’Etat de vouloir aller au-delà de son second mandat, qui s’achève en 2019, malgré ses dénégations répétées. Voilà pour les grands enjeux politiques du sujet.

    Deuxièmement. La Mauritanie, fait-elle face à une situation financière inquiétante et critique comme vous semblez le dire ? Non, ce n’est pas du tout le cas.

    Sur un plan purement macro-économique, vous semblez ne pas du tout comprendre à quel point la Mauritanie dispose de très bons résultats au niveau de ses finances publiques et surtout de la politique monétaire et de change de la Banque Centrale.

    Selon la Mission des services du FMI de Mars 2017, les autorités Mauritaniennes ont adapté résolument leurs politiques économiques aux circonstances difficiles qui perdurent depuis deux ans suite à la baisse des cours des métaux, notamment le fer et l’acier.

    Elles ont réagi en réduisant fortement le déficit budgétaire de plus de 3% du PIB en 2016, en mobilisant des prêts et dons extérieurs, et en utilisant le taux de change pour regagner en compétitivité.

    Elles ont aussi engagé une série de réformes économiques importantes et ont poursuivi les investissements publics, notamment dans l’infrastructure. Ces actions ont contribué à réduire les déséquilibres macroéconomiques : l’inflation est restée basse à 1,5% en moyenne, le déficit du compte courant de la balance des paiements a baissé à 16% du PIB (12% en excluant les importations du secteur extractif financées par des investissements étrangers).

    Les réserves de change se sont maintenues à 5 mois et demi d’importations des secteurs non-extractifs. Toutefois, à l’instar des pays exportateurs de matières premières, la croissance est restée faible à un taux provisoirement estimé entre 1,5 et 2,1% et la dette externe a augmenté, quoiqu’à un rythme moins important, à 72% du PIB (excluant la dette passive due au Koweït).

    Bref, sans aucune polémique possible, les perspectives économiques de reprise à court terme sont bonnes en Mauritanie, soutenues par la remontée des cours des métaux, bien que ce rebond puisse ne s’avérer que temporaire, et par la vigueur de l’investissement public. Le développement du secteur gazier dans les prochaines années pourrait lui aussi soutenir la croissance à l’avenir.