Mariage précoce : la problématique au menu d’un forum de dialogue entre leaders religieux, professionnels de santé et magistrats à Kindia

22 novembre 2017 17:17:34
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Un forum de discussion entre professionnels de santé et leaders religieux sur le mariage précoce s’est déroulé dans la salle de réunion de la GIZ, le jeudi 2 novembre 2017 à Kindia. Ce forum avait pour objectif de créer et maintenir un espace de discussions et d’échanges d’idées entre les professionnels de la santé, les magistrats et les leaders religieux. Ce cadre de dialogue a été mis à profit pour connaitre les points de vue différents et parfois contradictoires des uns et des autres sur la problématique du mariage précoce dans la région de Kindia.

Cette activité qui a regroupé une cinquante de participants est une initiative de la Coopération Allemande au Développement (GIZ) en collaboration avec la direction régionale de la santé.

Parmi les invités, on notait la présence des leaders religieux, des professionnels de la santé, des magistrats ainsi que des membres de la société civile venus  des préfectures de Coyah, Dubréka, Forécariah, Télémélé et Kindia. La cérémonie d’ouverture a été placée sous la présidence de Madame Hadja Sarangbè Camara, gouverneur de la région administrative de Kindia. Elle avait à ses côtés, Docteur Fakourou Dansoko, directeur régional de la santé, et Madame Ariane Von Maercker.

Dans son allocution de bienvenue, Madame Ariane Von Maercker, Responsable de la composante « Augmentation de la demande des services sanitaires » du projet de la GIZ Santé de la Reproduction et de la Famille (PSRF) a souhaité la bienvenue aux participants tout en rappelant que ’’ le Projet de la GIZ sur la Santé Reproductive et Familiale, le PSRF, travail dans l’amélioration de la santé de la reproduction et de la famille dans les régions de Mamou, Faranah, Kindia et Labé et au niveau national (Ministère de la Santé)’’ .  Mme Maercker précisera ensuite, « L’implication de tous les acteurs de l’administration, de la santé, des leaders religieux, de l’enseignement, la société civile, la famille juridique et la communauté est une condition clef pour améliorer la problématique du mariage précoce en Guinée » , car, ajoutera-t-elle en fin , « Un des problèmes de santé qui affecte  la vie de la  fille et de la femme  reste  le mariage précoce ».

Dans son discours d’ouverture , Madame la Gouverneure a précisé, ’’ je suis très heureuse de constater tout l’intérêt que la GIZ accorde à la question et problématique du mariage précoce qui constitue de nos jours, un réel problème de santé et un fait de société de grande ampleur dont la nécessité d’en faire un débat s’impose. C’est pourquoi, je voudrais saluer et remercier les organisateurs et les participants pour la tenue de ce forum de dialogue, entre les leaders religieux, les professionnels de la santé, les magistrats et les membres de la société civile, sur le mariage précoce. Le partenaire technique et financier qui appui l’organisation de ce forum, a les mêmes préoccupations que le gouvernement guinéen ; celle de l’amélioration de la santé des femmes et des jeunes filles en particulier. Parmi les conséquences du mariage précoce sur les adolescents et jeunes, l’on peut citer : les fistules, la transmission des IST/VIH, les fausses-couches, les décès maternels ; la dépression, le stress, la violation des droits de la femme et des enfants, les divorces, la déscolarisation, etc.’’

Ensuite, Dr Adama Camara, Conseiller Technique de la GIZ, a présenté les résultats de l’Enquête Démographique et de Santé à Indicateurs Multiples (EDS-MICS 2012) et l’enquête CAP, réalisées par la GIZ et Guinée Stat Plus et en 2016 – 2017. Selon l’EDS-MICS 2012, bien que la loi fixe l’âge minimum au mariage à 18 ans pour les femmes et les hommes, 26 % des femmes étaient déjà en union en atteignant 15 ans et 31,6% âgé de15 à 19 ans étaient mariés. 44,1% des adolescentes ont accouchées à l’âge de 18 ans (UNICEF 2012). En même temps, pour l’accessibilité aux services de santé, moins de 50% de toutes les naissances sont traitées médicalement. La mortalité maternelle est estimée à 724 décès pour 100 000 naissances vivantes (EDS-MICS  2012).

La présentation des résultats de ces études a été suivie par des discussions vivantes en plénier et en travaux de groupes par rapport aux thèmes liés au mariage précoce : conditions socio-économiques, santé, scolarisation, droit des femmes.

Le programme du forum s’est poursuivi avec un débat autour de la table ronde sur la problématique du mariage précoce entre leaders religieux, magistrats, professionnels de la santé et représentants de la société civile. Ce débat est diffusé par une forte couverture médiatique en langue locale.

Selon El hadj Ibrahima Sory Sylla, Imam de la mosquée de Ferefou ’’ Ce forum sur le mariage précoce va nous permettre en tant qu’Imam accentuer nos sermons dans nos différentes mosquées et autres lieux de regroupements de sensibiliser nos citoyens sur les conséquences du mariage précoce afin qu’ils puisent prendre conscience sur le phénomène qui freine aujourd’hui l’émancipation de nos filles’’

Au cours de ce forum de discussion, les magistrats n’ont pas manqué de rappeler l’existence d’une loi qui condamne le mariage précoce.

« Naturellement ce n’est même pas la justice guinéenne qui a pris les dispositions par rapport au mariage précoce, mais plutôt, c’est l’Assemblée nationale qui a voté une loi condamnant le mariage précoce. Les juges ne votent pas la loi, mais ils l’interprètent et l’appliquent. Lorsque vous regardez dans le code pénal guinéen notamment dans ces articles 319,320, 32, 322, le mariage précoce est non seulement définie, il est interdit et les sanctions également sont prises. Pour le mariage précoce la sanction va de 3 mois à 1an de prison ferme » explique Maître Mori Fodé Bangoura, juriste  au tribunal de première instance de Kindia.

Au sortir de ce forum les leaders religieux et acteurs de la société civile se sont engagés pour la vulgarisation des messages dans les lieux de cultes, les familles, les cérémonies de baptêmes et autres lieux de réjouissance comme le témoigne El hadj Souleymane Yansané, Imam et membre de l’inspection régionale de la ligue islamique régionale de Kindia : « Au sortir de ce forum, nous retenons que le mariage précoce a plusieurs méfaits sur la santé de la fille. C’est pourquoi cette rencontre avec les professionnels de la santé nous a beaucoup édifiés. Cela nous a permis de nous engager pour demander à nos Imams et prêtres de prêcher sur ce thème dans les mosquées, Eglises, les cérémonies de baptêmes afin de sensibiliser la population pour préserver la san de nos filles » martel El hadj Yansané.

Dans le même ordre d’idée, Monsieur Sékou Traoré, Conseiller Technique régional de la GIZ à Kindia, a précisé : ’’ Nous avons voulu susciter une réflexion profonde autour de la thématique et de la problématique du mariage précoce. A travers cette activité nous avons réuni tous les acteurs qui peuvent avoir une influence sur cette problématique pour mieux faire passer le message. A la fin de ce forum nous comptons poursuivre la sensibilisation, la diffusion des messages sur la thématique et la problématique du mariage précoce. Tous ces acteurs ici présents ont leurs mots à dire en fonction de leurs profils et selon leurs convictions. C’est partant du constat que les mariages religieux sont plus nombreux de nos jours que les mariages civils, et ce sont les imams qui célèbrent ces mariages religieux, nous avons voulu avoir leurs opinions sur cette problématique. Quant aux juristes c’est également pour faire savoir ce que la loi dit sur le mariage précoce».

Ce forum était l’occasion d’avoir des débats ouverts et parfois contradictoires d’une façon réfléchie afin  de briser le tabou au tour de la problématique du mariage précoce.