Marche funèbre: l’ultime hommage de l’opposition à ses deux morts

27 septembre 2017 17:17:40
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Elles étaient inconsolables cet après-midi à la mosquée de Bambeto, ces femmes proches de la famille d’Ismaël Bah et d’Ibrahima Sory Sow, tous tués par balles lors de la marche du 20 septembre. La douleur d’avoir perdu un fils, un proche se ressentait en elles. Quand des hommes leur demandent de se calmer, elles déclarent : «nous ne pouvons pas ne pas pleurer. Nous avons un cœur, nous aussi. »

La marâtre d’Ismaël Bah pleure sans cesse : « Ismaël m’a respectée, me veillait chaque matin pour prier. Ismaël ne m’a jamais montré qu’il n’était pas sorti de mes entrailles. Il a été un fils pour moi. » Chaque mot qu’elle prononce fait davantage pitié au point que les femmes arrêtées à côté d’elles ne peuvent pas ne pas verser de larmes.

Pendant ce temps, le cortège funèbre arrive à petits pas, en provenance des CHU d’Ignace Deen et de Donka. Le long du trajet, les militants de l’opposition dénoncent la façon dont ces deux jeunes ont été tués. Les uns à pieds, les autres à motos ou dans des véhicules, pleurent, au fond d’eux-mêmes, la mort des jeunes, mais se disent déterminés à poursuivre la lutte qu’ils ont engagée.

Avant la prière de 14 heures à la mosquée de Bambeto, l’imam a tenu à dire aux militants de l’opposition qu’un tort subi n’est jamais payé par un autre, les exhortant ainsi à laisser à Dieu payer pour eux.

Après la prière mortuaire, les deux jeunes ont été inhumés au cimetière de Bambeto, situé à quelques mètres du rond-point. Mais avant, des messages de l’opposition passent en boucle à travers le véhicule de sonorisation, demandant à tous les militants de rejoindre leurs domiciles respectifs dès après l’inhumation.

A la place de Cellou Dalein Dillo, chef de file de l’opposition, c’est Aboubacar Sylla qui a pris la parole pour exprimer sa révolte et sa colère contre ‘’un régime qui s’illustre tous les jours dans la violence, la barbarie, dans le déni des droits de l’homme.’’

Le porte-parole de l’opposition rappelle qu’il est interdit d’utiliser des armes non conventionnelles pour un maintien d’ordre : « est-ce qu’il est interdit de manifester d’après notre Constitution ? Par contre, il est interdit de tuer des citoyens. Il est interdit d’utiliser des armes de guerre pour faire le maintien d’ordre parce que le maintien d’ordre ne s’adresse pas à des militaires ou à des rebelles, mais des citoyens libres qui manifestent de façon pacifique contre la mal gouvernance exercée dans ce pays. »

Il a invité les militants à être plus déterminés : « nous n’allons pas nous décourager. Au contraire, ceux qui sont morts aujourd’hui nous interpellent tous. Nous devons être plus engagés. Nous devons galvaniser nos ardeurs pour que leurs sacrifices ne soient pas inutiles. Il faut que leurs sacrifices servent à instaurer dans ce pays un régime respectueux des droits de l’homme et des principes démocratiques. »

Les différents appels lancés par les responsables de l’opposition demandant aux militants de rentrer dès la fin des obsèques n’ont pas été entendus. Car, dès après leur départ, des jeunes ont érigé des barricades au niveau de Koloma en brûlant des pneus. A Cosa, les jeunes avaient interrompu la circulation depuis plusieurs heures avant.

L’opération journée ville morte annoncée jeudi risque d’être violente, puisque les jeunes ont déjà donné le coup d’envoi ce mercredi.