jeudi, 30 mars 2017, 02:47 GMT

Qu’est-ce que c’est que le journalisme, aujourd’hui et surtout qu’est-ce qu’il en sera demain ? Ce sont des questions que se pose l’Association Journalisme et Citoyenneté qui est l’organisatrice des Assises du Journalisme et de l’Information depuis dix ans. Durant trois jours, du 15 au 17 mars, les professionnels de médias ont passé aux peignes fins plusieurs thématiques liées à l’avenir du métier de journaliste en touchant à tous ses domaines, tant sur le plan local qu’international. Le résumé de ces trois jours d’atelier, de débats enrichissants… Voilà quelques articulations sur lesquelles a porté cette interview  que Marc Mentré, le président des Assises internationales du Journalisme de Tours (France) a accordée à Guinéenews. Lisez !

 

Guineenews : nous sommes à la 10ème édition des Assises du Journalisme et de l’Information, pourquoi organiser un tel évènement ?

 

Marc Mentré : l’objectif général des Assises est deux choses. La première, c’est de rassembler la famille journalistique, c'est-à-dire, tous les syndicats, associations, journalistes selon les différents types de presse qui ont peu l’occasion de se croiser. Avec également les journalistes francophones, nous avons d’ailleurs fait un hackathon cette année avec des francophones venant du Togo, du Sénégal, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire. Et le deuxième objectif, c’est la réflexion sur qu’est-ce que c’est que le journalisme aujourd’hui et surtout sur qu’est-ce qu’il sera demain avec pour nous, une forte dimension qui touche l’éthique et la déontologie.

 

Guineenews : pensez-vous que les journalistes ne se retrouvent pas souvent pour discuter de l’avenir du métier ?

 

Marc Mentré : si, les journalistes se retrouvent par petites fractions mais c’est la seule manifestation où tout le monde se retrouve ensemble. C’est cela l’originalité des Assises. C’est ce qui fait également sa richesse puisque du coup, on peut avoir des patrons qui discutent avec des syndicats mais hors du cadre de l’entreprise ou des négociations salariales. Donc, on peut avoir une réflexion plus riche.

 

Guineenews : à part le hackathon francophone qui a été organisé, pouvez-vous revenir sur les moments forts de ses Assises ou encore les thèmes qui ont été débattu durant ces trois jours ?

 

Marc Mentré : cette année, c’était notre dixième anniversaire et on sait dit puisque c’est notre dixième anniversaire, on va réfléchir sur qu’est-ce que ça sera les médias dans 10 ans. Donc, on s’est interrogé sur qu’est-ce que sera la radio dans 10 ans, la télévision ou les hebdomadaires écrits dans 10 ans ? Est-ce qu’il y aura encore du papier ou est-ce qu’il n’existera que des sites ? Dans ce cas, ces sites rimeront à quoi ? Est-ce que l’on fera de l’impression individualisée ? Pareille réflexion sur les quotidiens et surtout, surtout. Y aura-t-il des cartes de journalistes dans 10 ans… Toutes ses questions ont été réfléchies au cours de ces trois jours. Il  y a aussi une chose qui pour nous est très importante, c’est le fait que les journalistes produisent beaucoup. Donc, on a un gros salon du livre qui a reçu des trentaines de signatures des ‘’célébrités de journalisme’’ et surtout ceux qui ont écrit des livres et qui touchent à tous. Ça va de Daesh au Canard enchaîné… Bref, tout ce qui se produit.

 

Guineenews : êtes-vous satisfait de la fréquence de visiteurs?

 

Marc Mentré : avant, les Assises étaient itinérantes. C'est-à-dire qu’on a été à Lille, Strasbourg, Poitier et là, on a décidé de se fixer à Tours et d’y rester. L’année dernière, c’était la première fois qu’on était à Tours. On avait eu 3.000 personnes qui étaient venus participer et cette année, d’après nos comptages sur les deux premiers jours, on est au-dessus de l’année dernière. Donc, je pense qu’on est sur une bonne lancée.

 

Guineenews : les Assises de Tours récompensent également le mérite des journalistes ?

 

Marc Mentré : pendant les Assises, il y a eu plusieurs prix. Il y a ce qu’on appelle le prix des Assises avec un jury présidé par Anne-Claire Coudray de TF1, présentatrice du week-end aux 20h de TF1. Le prix du journalisme a été décerné à Laurent Maudiut pour son livre ‘’Main basse sur l’information’’, un très jeune journaliste. Il y a eu un prix de la recherche qui a été donné à M. Robinet François pour son œuvre écrite ‘’Silence et récits, les médias français à l’épreuve des conflits africains’’. Un livre très riche de réflexion sur les pièges, les difficultés, ce sur quoi il faut faire attention sur le journalisme en Afrique. Je précise que ce prix est donné aux journalistes français fréquentant l’Afrique. Et puis, il y a eu un prix qui a récompensé Edouard Perrin. C’est le prix du journalisme de l’année, c’est une innovation. C’est tout le monde qui vote et il a eu plus de 1500 voix sur les 3.000 votants. Edouard Perrin a été primé pour l’enquête LuxLeaks qu’il a réalisé et son travail en réseau avec le consortium international des journalistes et des lanceurs d’alerte des Panamas Papers. Il y a aussi un dernier prix ‘’Enquête et reportage’’ qui a beaucoup touché tout le monde, il a été donné par les étudiants en journalisme. «Couvrir Alep, la peur au ventre et le ventre vide » de Karam Al-Masri et Rana Moussaoui, journalistes à l’AFP. Un documentaire qui rend hommage aux journalistes qui prennent des risques chaque jour pour rendre l’information publique.

 

Guineenews : et pas de prix octroyé aux journalistes africains ?

 

Marc Mentré : il faut d’abord écrire des livres. De toute façon, il faut qu’on ouvre beaucoup plus sur la francophonie. Il y a quand même le livre de Robinet qui est formidable qui est écrit sur l’Afrique mais peut-être qu’il serait été mieux qu’un africain l’écrive. Mais, on attend.

 

Guineenews : êtes-vous satisfait globalement de l’organisation de cette 10ème édition ?

 

Marc Mentré : oui par rapport à l’année dernière, il y a une nette amélioration et plus de monde. Les débats ont eu beaucoup de qualité et on a eu des retours favorables. Je pense qu’ils ne le disent pas pour me flatter mais très certainement, les Assises ont eu de l’effet. Maintenant ce qu’on va chercher pour les années à venir, c’est de s’ouvrir sur la francophonie et la deuxième chose sera d’avoir, un plus grand public pour la population de Tours et de ses environs. Et pourquoi pas l’Afrique. En attendant, on restera à réfléchir sur qu’est-ce que c’est que le journalisme et son avenir.

 

Réalisée par Mame Diallo, Envoyée spéciale de Guinéenews à Tours, France.

 

Mame Diallo

Conakry, Guinée

Mame Diallo