Mamou : vol de bétail, un cauchemar pour les éleveurs (Reportage)

02 décembre 2017 10:10:46
0

Les enclos vides, les pâturages clairsemés, l’abattoir désert, les boucheries presque vides, la hausse du prix du kilo de viande…Les éleveurs sont  désemparés… Le défilé des voleurs de bétail dans les tribunaux, les violons des commissariats et des gendarmeries, les prisons remplies de voleurs de bétail. Le vol de bétail est devenu un cauchemar pour les populations de Mamou plus particulièrement pour les éleveurs. Ils subissent la loi des voleurs.

Le phénomène de vol de bétail a pris des proportions inquiétantes ces dernières années dans les préfectures de Mamou, de Dabola et de Faranah. Ces régions de production animalière par excellence, sont victimes de ce fléau.

A Mamou, ville située à 300 kilomètres de Conakry, les voleurs de bétail règnent en maîtres absolus. Ils sèment la terreur et le désespoir dans les familles. Pour en savoir plus sur ce phénomène qui trouble le sommeil des populations, nous nous sommes approchés non seulement des victimes, mais aussi de certains membres de ces gangs qui font la loi dans la région.

 Rencontré, un « spécialiste » dans le vol de bétail nous explique les stratégies de cette activité malsaine. « Pour voler l’animal d’une connaissance soit un oncle ou un grand frère par exemple, on joue au malade ou on lui annonce qu’on voyage. Ayant cru à ce mensonge, Il ne doute donc pas de ton absence. C’est là on profite tard la nuit pour extirper un bœuf ou une vache du lot. A l’aide d’une corde, du sel (pour maitriser l’animal), d’un fusil de chasse (pour se défendre) et bien sûr d’une personne pour pousser l’animal par l’arrière. Nous livrons après le bœuf vivant à un acheteur avec lequel on a négocié auparavant. Souvent, on abat l’animal et on le vend en détail. Mais ce travail est fait nuitamment pour ne pas attirer l’attention des curieux. On choisit dans ce cas le bord d’un fleuve pour effacer les traces de sang » a-t-il confié.

La nature a doté la préfecture de Mamou des potentialités favorables au développement de l’élevage du bétail. Un relief accidenté de Bowé permettant aux éleveurs de faire la transhumance entre les différentes saisons (en saison sèche, les éleveurs descendent les troupeaux dans les bas-fonds et pendant la saison des pluies, ils s’installent sur les montagnes). Des cours d’eau qui arrosent plusieurs localités. Une végétation diversifiée offrant aux troupeaux des herbes en toute période.

Le long de la frontière avec la Sierra Leone, plusieurs paysans y sont installés avec leurs troupeaux. A côté de l’élevage, ils pratiquent aussi l’agriculture leur permettant de faire face aux besoins de la vie. De nos jours, ces paysans sont peinés de voir leurs biens subtilisés par des gens, souvent des voisins ou des parents. »

Ces bandits sévissent dans toute la région. A Soya, Somidaro, Nobè, Kenèwol, Missira, Thiagui, Dounet, Soumbalako plusieurs parcs de bétail ont été vidés par les voleurs.   « Présentement, certaines victimes n’en disposent aucun bœuf.  Elhadj Ibrahima water-side qui réside au Liberia avait une quarantaine de boeufs, feu Elhadj Ibrahima Dakawol avait une centaine, mais aujourd’hui rien. Sa veuve vit désormais dans la pauvreté. Ils sont nombreux les éleveurs qui ont tout perdu,…», témoigne Ousmane Bah, un villageois de Somidaro.

Pour mettre fin à ce fléau qui accentue la pauvreté dans les campagnes et plonge des familles dans le désarroi, les éleveurs ont mis en place une brigade de surveillance dans la sous préfecture de Soya. Cette brigade est composée de jeunes volontaires des différents villages victimes. Structurés et organisés ces jeunes volontaires arrivent à mettre en déroute les malfaiteurs.

Rencontré, Mamadou Falidou Barry, le premier responsable de la brigade, nous donne des précisions sur sa structure: «nous avons constitué cette brigade de proximité pour traquer les voleurs. On déploie des équipes sur tous les sentiers reliant les différentes localités de 0h à 7h du matin. Depuis l’installation de la brigade, trois groupes de voleurs ont été interceptés. Il s’agit de Boubacar Barry arrêté à Totiko à la limite de la sous préfecture de Dounet où il se rendait au marché hebdomadaire pour revendre un bœuf volé. De Amadou Kollakoï Barry attrapé à Gnamakouwel et de Babaen Wargala ».

Sur l’arrestation Amadou Kollakoï Barry très connu dans le milieu, Alpha Oumar Bella un membre du comité de vigilance revient sur les faits: «pendant les patrouilles, nous formons des embuscades de deux équipes sur un axe. Vers 4h, Amadou Kollakoï aidé  d’un complice, convoyait un bœuf volé. Lorsqu’ils arrivèrent à la hauteur de la première équipe, les éléments dans leur cachette ont laissé continuer leur chemin. Arrivés au niveau de la seconde équipe, les éléments qui suivaient les voleurs tirent un coup de feu pour alerter la seconde équipe. Le complice a pris la fuite, mais Amadou Kollakoï tomba dans les filets des miliciens ».

Amadou Kollakoï sera déféré au tribunal de première instance de Mamou où il a été jugé et condamné à 3 ans de prison ferme, au paiement de 2 millions 500 mille francs guinéens et 3 ans d’interdiction de séjour dans la sous-préfecture de Soya (districts et secteurs). Il a été aussi condamné au paiement à la partie civile, la somme de 12 millions représentant la valeur des bœufs antérieurement volés au propriétaire du bœuf avec lequel il a été arrêté.

Sur les marchés hebdomadaires, des dispositions sécuritaires ont été prises contre les voleurs de bétails. A Dounet, Alpha Oumar Sadjo Diallo, le chef du marché à bétail explique les dispositions prises: « Si tu veux vendre un bœuf ici, tu dois présenter un certificat de propriété délivré par le président de ton district. Il est indiqué dans le certificat le signe de tatouage du bœuf. Après vente, les responsables de la commune rurale délivrent une attestation de vente».

  Alpha Oumar Djogo Diallo le président des jeunes du district de Koolo dans la sous-préfecture de Dogomet, le plus grand marché de bétail du pays, revient sur la manière dont ils procède pour appliquer cette nouvelle méthode: « Nous avons constitué une brigade de 25 personnes pour assurer la vigilance. Le jour du marché, l’équipe se déploie partout dans le marché. Si on intercepte un voleur, il est conduit devant le juge de Dabola. Et après, le propriétaire de l’animal volé nous verse 500 milles francs pour récupérer son bœuf. Nous utilisons ce montant pour acheter des piles pour nos torches et des munitions calibre 12.»

Retenons enfin qu’aujourd’hui à Mamou, beaucoup d’éleveurs sont obligés d’envoyer le reste de leurs troupeaux à la frontière. C’est-à-dire en Sierra-Leone. Conséquence. On assiste impuissant à la hausse du prix du kilo de viande sur les marchés hebdomadaires. Et à Mamou ville. Ainsi, de 25000GNF, nous sommes à 30000GNF.

Au niveau du chef-lieu de la sous-préfecture de Soya, faut-il le souligner, il n’y a aucune unité des services de sécurité notamment de la gendarmerie qui évolue en rase campagne. Une absence qui, sans doute, contribue à perpétuer l’insécurité dans ces zones, et qui représente une aubaine pour ces voleurs de bétail. La seule unité de la gendarmerie déployée dans cette sous-préfecture, est implantée dans le district de Berteya, situé à une dizaine de kilométrés de Soya-centre. Et pour combler ce vide sécuritaire, les villageois ont mis sur pied une brigade de patrouille pour se préserver leur cheptel de ces prédateurs.