Mamou: payés en deçà du SMIG, les plantons du gouvernorat jettent l’éponge après 20 ans de services

29 juillet 2017 20:20:23
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Ils sont trois sur les quatre plantons du gouvernorat de Mamou à avoir démissionné de leur service ce mois de juillet. Ce, après avoir passé plus de 20 ans dans ce lieu. La mauvaise rémunération est le principal motif de leur départ.

Rencontré par la rédaction locale de Guinéenews©, les démissionnaires nous racontent les conditions précaires dans lesquelles ils ont évolué ces dernières années au gouvernorat de Mamou.

Mody Hammadi Diallo dit ‘’Cissé’’, arrivé au gouvernorat en 1994 au temps du premier gouverneur feu Amara Kaba, revient sur les différentes démarches entreprises jusqu’aujourd’hui.

«Au départ, on était payé à 30 mille francs par mois, puis à 120 mille francs et enfin à l’arrivée du gouverneur actuel, notre salaire est passé à 150 mille GNF par mois. Ces dernières années, nous ne sommes plus payés. Nous percevons nos salaires après 6 à 7 mois. Compte tenu de la cherté de la vie, nous avons sollicité au mois d’avril passé une augmentation à 440000GNF par mois. Le directeur des ressources humaines et le SAAF (le service des affaires administratives et financières) nous ont demandés de se patienter après deux mois, le temps d’en expliquer au gouverneur et d’établir un contrat. Malheureusement, cette promesse n’a pas été respectée. Nous avons ainsi rencontré le gouverneur. Mais ce dernier dit n’être pas en mesure d’augmenter quoique ce soit sur nos salaires. Alors, nous avons décidé de rendre les clés des différents bureaux», a-t-il expliqué.

Quant à Mody Ousmane Bah, un autre planton, il accuse le gouvernorat du fait que le social ne soit pas tellement pris en compte. «Nous ne sommes pas payés à la fin de chaque mois. Il arrive parfois qu’on soit dans un besoin urgent. Un jour, mon enfant s’est brûlé le pied, je n’avais pas d’argent pour l’amener à l’hôpital. Je l’ai envoyé devant le SAAF pour qu’il voie l’état de l’enfant  pour qu’il accepte de me passer un crédit de 100 mille GNF. Mais, il ne l’a pas accepté. Alors je lui ai demandé la moitié, soit 50 mille GNF, il a toujours continué à opposé une fin de non retour. J’ai pris l’enfant dans mes bras pour rencontrer les bonnes volontés dans la ville. C’est ainsi que quelqu’un m’a passé la somme de 100 mille GNF en crédit. Nous travaillons depuis longtemps au gouvernorat, mais c’est à cette période et avec cette équipe qu’on nous traite sans pitié »,  se lamente ce vieux.

Le gouverneur en congé, nous n’avons pu le rencontrer. Nous avons ainsi rencontré Ibrahima Sory Diallo, le Directeur des ressources humaines qui apporte des précisions : « moi, je gère le personnel de l’Etat et non les contractuels. Ces plantons sont payés dans le crédit de fonctionnement du gouverneur qui est le seul ordonnateur. Le crédit de fonctionnement est obtenu après chaque 6 mois et Mamou avait connu une diminution du crédit. On a demandé aux plantons d’accepter qu’on augmente un peu, mais ils restent fermes sur leur volonté de se faire payer à 440000GNF par mois.»

Plusieurs cadres du gouvernorat déplorent le départ de ces plantons qui assuraient la propreté des lieux mais aussi le dispatching des courriers.  Selon les témoignages de ces personnes qu’on a approchées, c’est le manque de volonté du cabinet du gouvernorat qui a conduit à cette situation. «Lorsque le crédit de fonctionnement arrive, ils pouvaient dégager un montant pouvant constituer les salaires des 6 prochains mois des plantons. Ou bien s’ils disent que le crédit ne suffit pas, alors qu’ils utilisent les recettes de la location de la salle de conférence qui accueille constamment des ateliers pour augmenter et payer mensuellement les salaires des plantons », un de nos interlocuteurs.

Ces plantons, qui ont tous servi les 10 gouverneurs qui se sont succédé ces dernières années à Mamou, sont réduits désormais à la mendicité.