Mamou: à la découverte de Petel Djiga, ses grandes batailles et le cas des charognards

18 novembre 2017 10:10:19
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Le plateau de Petel Djiga situé dans le District de Soubalako Mawdè, sous-préfecture de Dounet, à une trentaine de kilomètres de la ville de Mamou, a connu le 1er  février 1896, la plus rude des batailles au Fouta avant la pénétration coloniale. Comme nous l’enseignent les historiens, cette bataille a fait des victimes à tel point que les corps ont été abandonnés à la merci des charognards.

A côté du champ de bataille, un village a été formé. En arrivant dans ce village, la rédaction locale de Guinéenews espérait trouver des personnes ressources  pour parler de cette histoire. Mais les habitants, ne souhaitent plus  parler de ce triste évènement. D’ailleurs, ils ont donné une autre appellation à ce lieu : Hamdallaye ou « Louange à Dieu».

Alors pour comprendre l’histoire, nous nous sommes intéressés aux écrits de Modi Amadou Laria Diari fils de Mody Aliou Tély, fils de Karamoko Alfa N’Guerianké de Labé. Né vers 1920 et décédé en 1974. Notre historien a relaté ces faits dans des écrits arabes soigneusement gardés.

Dans son ouvrage, cette histoire est relatée en ces termes : « Après avoir refusé la proposition de Beckmann de le raccompagner à Timbo avec ses militaires pour reconquérir son trône. L’Almamy Bocar Biro quitta le Monomâ avec une armée très forte pour rejoindre Timbo. Quand Almamy Abdoulaye (frère de Bocar Biro et chef de Timbo) apprit ce départ, il convoqua ses partisans et partit à Pétel-Djiga pour attendre le frère-ennemi. Alfa Yaya, le roi de Labé, Alfa Ibrahima de Fougoumba, Alfa Ibrahima Sory Yilili et tant d’autres membres du parti Soriya l’accompagnaient.

Le 1er février 1896, les deux armées s’affrontèrent à Pétel-Djiga et une bataille des plus acharnée s’engagea entre elles. Les Seydiyanke partisans du nouvel Almamy se battirent avec courage. Dès la première attaque, le contingent de Timbi-Touni, du camp de Bocar Biro, flancha. Bocar Biro monta à cheval, fonça au galop sur ses ennemis et, de sa voix forte, cria : « Bouffez-moi. Je vais vous apprendre qui je suis ». Dès que Alfa Yaya le reconnut, il prit aussitôt la fuite car, il savait à quoi il s’exposait. Toutes les troupes du Labé le suivirent dans la débandade. Avec les combattants de Kébou et les Djallonkés, Bocar Biro marcha alors contre le front d’attaque de Timbo, qui prit à son tour la fuite. Les massacres furent très importants. Almamy Abdoulaye y perdit la majorité de ses collaborateurs qui étaient les plus influents du parti Soriya. Alfa Ibrahima Fougoumba et Alfa Ibrahima Sory Yilili ne purent échapper que déguisés en griot.» Fin de citation.

Le centenaire de cette bataille a été marqué en Guinée par les évènements de 2 et 3 février 1996 où les militaires ont organisé une mutinerie qui a failli emporter le régime de feu général Lansana Conté.

A Petel Djiga, des cérémonies rituelles ont été organisées en la mémoire des victimes. Et lors de la dernière cérémonie où des bœufs ont été immolés, aucun charognard ne s’est posé sur le plateau.

  • CONDÉ ABOU

    Une belle page d’histoire du Fouta Djallon. Mais il est certain que des questions subsistent pour le lecteur.
    De quand datent, les cérémonies rituelles de Petel Djiga organisées en la mémoire des victimes de ce conflit ? Et egalement la dernière cérémonie où des bœufs ont été immolés, et durant laquelle, aucun charognard ne s’est posé sur le plateau.

    Cette page d’histoire est-elle encore enseignée dans les Ecoles publiques et privées du pays ? Ce serait dommage que Mamou ne se dote pas d’archives sur cette bataille ayant marqué le terroir bien avant la pénétration coloniale.

    Félicitation pour l’inspiration et l’illustration.