jeudi, 30 mars 2017, 02:45 GMT

Suite aux violences postélectorales de septembre 2015 les autorités locales ont procédé à plusieurs interpellations dans le rang des membres du bureau fédéral de l’UFDG de Koundara dont le président de la délégation spéciale d'alors. A la faveur de cette vague d'arrestations, Mamadou Alimou Diallo finira par être désigné par son parti, l'UFDG pour prendre les rênes de la délégation spéciale de Koundara.

 

C’est lui qui a récemment reçu la Rédaction régionale de Guinéenews basée à Labé pour un entretien exclusif.

Dans cette interview,  le nouvel homme fort de cette commune est largement revenu sur le fonctionnement de l’équipe communale, les réalisations effectuées sans pour autant oublier la politique de recouvrement des taxes et impôts.  Lisez !

 

Guinéenews : comment se porte la commune urbaine de Koundara ?

 

Mamadou Alimou Diallo : actuellement, nous n’avons aucun problème sur le plan interne. Il y a une bonne collaboration entre tous les conseillers et l'exécutif communal. Quand j’ai pris fonction en avril 2016, j’ai réorganisé l’administration de la commune. On a constitué des commissions présidées par chacun des conseillers. Ceux qui n’étaient pas à la tête intégraient une commission. Donc, il y avait une gestion collégiale en fait. C’est pourquoi, depuis que je suis là, honnêtement, je n'ai pas eu de problème. Et c’est avec beaucoup de facilité dans cette collaboration qu’on a pu dérouler notre programme. En un an, on a pu faire beaucoup de choses.

 

Guinéenews : vous dites que vous avez pris service en avril 2016 alors que les dernières délégations spéciales ont été mises en place en 2015. Comment avez-vous atterri à la tête de cette commune ?

 

Mamadou Alimou Diallo: vous savez que les gens qui avaient été choisis pour diriger la délégation spéciale faisaient partie de ceux qui avaient été arrêtés en septembre 2015. Donc, puisqu’ils n’ont pas été libérés quatre à cinq mois après, alors que les autres avaient pris service à la délégation spéciale, à un moment donnée, eux-mêmes ont démissionné. Ensuite, le parti m’a désigné, avec un autre pour remplacer les deux membres de la délégation spéciale qui étaient en prison. Il s’agissait du président et un de ses membres. Donc, on a pris service en avril 2016.

 

Guinéenews : justement, qu’en est-il du sort des personnes qui ont été arrêtées lors de ces incidents qui se sont produits au lendemain de la publication des résultats de la présidentielle ?

 

Mamadou Alimou Diallo: comme vous le dites, en septembre 2015, trente-cinq membres de l’UFDG avaient été arrêtés à Koundara puis transférés à Boké suite aux événements qui se sont passés ici. Maintenant, parmi les trente-cinq personnes, il y a eu une dizaine qui avait été jugée au mois de février 2016 et il y a eu des condamnés pour 18 mois de prison qui ont été déférés à Boké. Bon, lors des accords politiques, la libération des détenus politiques a été insérée dans le programme et tout le monde était d’accord, si bien que tout le monde est de nos jours est libre. Mais, il y a une partie des 35 personnes qui devait passer à la Cour d’assises. Ces gens-là, jusqu’à présent, on n’est pas situé sur leur sort, parce que, dans les conditions normales, tout le monde devrait être inscrit dans la grâce qui devrait être prise pour libérer tous les prisonniers politiques. Mais puisque tous ces gens ne sont pas jugés, il semble qu’ils ne sont pas concernés par la grâce. Ils veulent attendre que le jugement se passe avant d’être libérés. Mais il faut préciser qu’ils ne sont pas en prison.

 

Guinéenews : à la suite de ces incidents, quel genre de rapports les partis politiques entretiennent-ils entre eux?

 

Mamadou Alimou Diallo: bon, la cohabitation en tout cas au sein du conseil communal s’est beaucoup apaisée. Du moins dans la gestion de la commune. Dans l’exercice de nos fonctions, on ne sent pas de différence, il n’y a pas de contradiction. Au fait, c’est la méthode de gestion qui a changé. Désormais, tout le monde est impliqué dans la gestion et ça se fait de façon transparente. Voilà pourquoi il n’y a aucun problème depuis que je suis en poste. Donc, même sur le plan de la cohabitation des partis, la tension a beaucoup baissé. Il faut dire que, ce n’est pas une façon de me vanter mais, depuis qu’on a commencé à gérer, dans l’application de notre programme, on ne fait pas de différence entre qui est UFDG et qui est RPG. On initie des programmes qui vont dans l’intérêt de la collectivité. Donc, si bien que les gens du RPG accompagnent sans problème. D’ailleurs il y a certains même qui disent qu’ils se retrouvent vraiment dans la gestion, si bien que lors des prochaines élections, ils n’auront pas à voir de quel parti est l’individu, ils vont juger les gens en fonction de ce qu’ils ont fait dans la commune.

 

Guinéenews: il y a eu des accusations de détournement et de malversation dans plusieurs communes dirigées par l’UFDG. C’est le cas des délégations spéciales de Mamou et Tougué. Comment gérez-vous les fonds de la commune de Koundara ?

 

Mamadou Alimou Diallo: je crois que les gens qui ont mal géré, ils endossent entièrement la responsabilité de leur gestion. Ce n’est pas le parti qui leur a dit de mal gérer. Avant qu’on ne soit installé, il y a eu une directive très claire qui avait été adressée à tous les présidents de délégations spéciales, pour qu’on soit transparent  dans la gestion. On est en train de critiquer le gouvernement pour sa mal-gouvernance. Il faut que nous, quand nous gérons que nous  essayons de nous particulariser à travers la transparence de notre gestion. Donc, ce qui s’est passé à Mamou et à Tougué, si vous avez très bien suivi, les responsables du parti ont été les premiers à se lever contre le comportement des présidents de ces délégations spéciales. Ils étaient les premiers parce que les gens-là n’étaient pas dans les directives du parti. Ils faisaient une gestion solitaire, comme ce qui s’est malheureusement passé à Tougué.

 

Guinéenews : donc tout est rose à Koundara ?

 

Mamadou Alimou Diallo: Non ! Il n’y a pas de problème de malversation ici. Tout est visible. Tout ce qu’on a fait est visible ; c’est-à-dire c’est du jamais vu. En une année, si je te cite ce qu’on a fait, tu n’en reviendrais pas. Et tout récemment, on a fait un conseil au cours duquel on a fait le compte rendu financier à la radio rurale où on a clairement expliqué ce qu’on a reçu comme subvention et ce qu’on a encaissé comme taxes. Le tout a été lu à la radio et ça a été entendu par tous les citoyens. Les gens n’en revenaient pas. Ils ont dit que c’est la première fois qu’on leur dise combien est rentré et comment a été utilisé. Donc, sur ce plan-là, il n’y a pas de problème.

 

Guinéenews : alors, citez-nous quelques-unes de vos réalisations…

 

Mamadou Alimou Diallo: quand je suis arrivé, j’ai fait un programme minimum parce que je sais que je suis président de délégation spéciale. Donc, il y a une durée limitée. J’ai soumis ce programme au conseil, ils ont approuvé. Premièrement, il fallait faire l’assainissement de la ville. On a fait un programme hebdomadaire comme ça se passe à Labé, c’est-à-dire des campagnes d’assainissement. Mais, après les campagnes d’assainissement, on a constaté qu’il y avait des saletés dans la rue. Qu’est-ce qu'on a fait, on a trouvé un partenariat avec une société privée qui se charge de la collecte des ordures. Donc, on a signé ce partenariat moyennant paiement pour le service rendu. C’est-à-dire : ils ramassent les ordures et les abonnés payent 10 000 GNF par mois. Donc si bien que l’opération s’autofinance. La commune ne prend aucun rond dans l’opération. Cette politique a tellement attiré l’attention des gens que récemment quand j’ai effectué un voyage en Espagne, les ressortissants de ce côté ont dit ‘’bon, comme tu n’as pas les moyens, on va t’acheter un camion pour le ramassage des ordures’’. Le camion est en route et il sera à Koundara à la fin de ce mois. Deuxièmement, Koundara est une grande ville mais il n'y avait qu’un seul collège pour toute la ville. Et ce n’était pas bien. Donc, on a jugé nécessaire de créer un deuxième collège dans les périphéries. On a rendu les clés il y a moins de trois semaines au DPE (directeur préfectoral de l’éducation) pour l’exploitation de l’établissement. Ça c’est deuxièmement. Troisièmement, la place publique qui est au cœur de Koundara était devenue un dépotoir d’ordures et les commerçants avaient pris l’endroit en otage. Il y avait des kiosques qui poussaient de part et d’autre. J’ai fait déguerpir tout le monde sans violence. Ensuite, j’ai clôturé le lieu et implanté des poteaux. Et certainement, d'ici à la fin du mois, on va mettre des grilles partout pour mieux sécuriser le site. Ensuite, j’ai refait le terrain de basket de Koundara. En plus, j’ai exigé à ce que le pain soit vendu dans des caisses. Aujourd’hui, il est interdit de vendre du pain à l’air libre à Koundara. Il y a eu beaucoup de réalisations qu’on ne peut pas citer en quelques minutes. C’est un bilan dont moi-même je me félicite.

 

Guinéenews : c’est quoi le secret de cette réussite dont vous vous félicitez  aujourd’hui?

 

Mamadou Alimou Diallo: c’est parce que nous avons fait une gestion rigoureuse à travers un compte bancaire dans lequel j’ai demandé à tous les percepteurs de reverser l’argent de la commune et de nous déposer les reçus, de ne jamais ramener l’argent à la commune. Vous déposez l’argent à la banque, vous envoyez le reçu et on vous fait une quittance.

 

Guinéenews : en parlant de recouvrement, comment gérez-vous le service des impôts qui donne du fil à retordre à plusieurs administrateurs ?

 

Mamadou Alimou Diallo : comme vous le savez, une bonne partie de nos recettes doit provenir des taxes immobilières et autres, qu’on doit percevoir dans notre commune. Koundara est aujourd’hui une commune qu’on ne peut pas qualifier de pauvre parce que nous avons neuf stations de pompage de carburant, deux banques et plusieurs pylônes d’opérateurs de téléphonie mobile qui sont un peu partout. Donc, quand je vous dis que je ne reçois rien du tout de tous ces montants-là, vous ne pourrez pas me croire. L'année passée, j’ai pris le train en marche, je n’ai pas pu maîtriser les recettes pour ces secteurs-là. Mais cette année, je tiens absolument à voir clair dans les recettes des pylônes, des banques, des stations, … parce que c’est dans ça qu’il y a l’argent. Mais, je constate malheureusement que le service des impôts n’est pas très coopératif. Tout récemment, je les ai reçus dans mon bureau pour essayer de les sermonner et leur dire que je ne marcherais pas. Il faut qu’on change de méthode de travail. Si les recettes ne rentrent pas cette année, je vais incidenter.

 

Des propos recueillis par Alaidhy Sow pour Guinéenews.org

 

 

Alaidhy Sow

Labé, Moyenne Guinée

Alaidhy Sow