jeudi, 30 mars 2017, 02:44 GMT

Entre chavirement de leurs pirogues ou embarcations en Méditerranée, être les premières victimes des attaques terroristes pour des civils guinéens au Canada, ou simplement être abattus  à Luanda, en Angola, sans que le gouvernement guinéen ne pipe mot, ou que les services consulaires ne viennent en assistance, le lot de malheur de la diaspora guinéenne ne fait que s’agrandir. Et comme on le verra un peu plus haut, tout n’a pas été rose, dans la quête pour de meilleurs lendemains

Après la fusillade  à Québec, lors d'une attaque terroriste, le 29 janvier 2017, -fusillade qui a coûté la vie à deux Guinéens parmi les 6 autres victimes, Mamadou Tanou et Ibrahima Barry, Guineenews repasse en revue les moments douloureux  et les différentes tragédies qui ont affecté les ressortissants de la République de Guinée, durant les vingt dernières années, dans le monde. La liste est loin d’être bien sûr exhaustive…

Ce qui est vraiment triste dans cette revue et dans cette analyse, c'est le fait de voir que ces événements douloureux ont beaucoup plus fait connaître la Guinée et les Guinéens que les prouesses économiques, culturelles, sportives et artistiques enregistrées par ce pays.

Ce qui veut dire simplement que sur le plan international,  à part l’epidemie d’Ebola qui avait propulsé la Guinée au devant de la scène internationale en 2014-2016, le pays a peu rayonné à l'étranger et l’on a peu fait mention de la Guinée  dans les colonnes des médias étrangers.

Tout d'abord, commençons  par le 4 février 1999. L'année 1999 a été la pire année dans l'histoire de l'émigration guinéenne, qu’elle soit légale ou clandestine.

En effet, ce 4 février, vers minuit donc, Amadou Diallo est abattu par quatre policiers de la NYPD, dans le quartier du Bronx.

À la recherche d'un violeur récidiviste, les policiers aperçoivent Amadou Diallo qu'ils confondent à ce violeur qu'ils guettaient. Ils confondent, toujours selon leur version officielle, son porte-monnaie avec  un pistolet. Ils ouvrent immédiatement le feu et l’abattent avec 41 coups de feu. Après ce carnage, ils se rendent compte qu'ils avaient abattu un jeune homme décent, qui n'avait rien d'un violeur ou d'un criminel. Le résultat est connu :

Dans toutes les grandes villes américaines, de grandioses manifestations sont organisées et fortement médiatisées, mettant ainsi la Guinée et les Guinéens, au devant de la scène. Des journalistes du New York Times  envoient  des reporters jusqu'au village où Amadou Diallo avait  vu le jour et allait être été enterré. Le  révérend Al Sharpton, leader de la cause noire aux États-Unis, accompagne la dépouille en Guinée.

Bien avant Treyvon Martin, Michael Brown, Ferguson ou Bâton Rouge, il y avait le cas Amadou Diallo. Ce dernier devient le symbole de la brutalité policière au moment où les réseaux sociaux n’existaient pas et les caméras vidéo n’étaient pas utilisées à grande échelle, pour filmer les preuves.

Des détectives défendant la ville de New York et sa police sont dépêchés aussi à Lélouma et à Conakry. Les  grandes chaînes de télévision, comme ABC, NBC, CNN relaient à longueur de journée les commentaires et les derniers développements dans le dossier, à travers des correspondants dépêchés en Afrique de l’ouest.

La communauté guinéenne du Bronx est envahie par des journalistes et curieux, qui veulent connaître la diaspora guinéenne.

Personnage assez médiatique, Kadiatou Diallo, la mère d’Amadou, s'explique à longueur de journée sur les différents plateaux, le long de l’année, pour défendre et restaurer l’image de son fils,  que certains médias tentaient de diaboliser, comme c’est souvent le cas lors des procès judiciaires en Amérique, où il faut tout faire pour mettre en doute, la crédibilité de la partie adverse.

Cette année 1999  n'allait pas s'achever sans apporter un autre lot de malheur pour aussi bien la diaspora que les Guinéens de l'intérieur. Et cet autre malheur était de très  grande ampleur et allait une fois encore résonner bien au-delà des frontières de la Guinée, mais aussi de l’Afrique.

 Le 2 août plus précisément, un événement qu'on ne pouvait imaginer que dans les films ou dans les rêves les plus fous, endeuilla toute une nation, quand on a découvert , dans le train d'atterrissage arrière, de la compagnie belge Sabena, les corps congelés et sans vie, de deux  adolescents guinéens, ceux de Yaguine et Fodé. L'avion avait quitté Conakry le 28 juillet pour se poser sur le tarmac de l'aéroport de Bruxelles, sans escale.

Yaguine Koïta né en 1984, et Fodé Tounkara né en1985,  avaient réussi à tromper la vigilance de la sécurité à l'aéroport pour se cacher dans le train d'atterrissage d'un avion, qui allait voler à 30.000 mètres d'altitude, entre l'Europe et l'Afrique.

Le cas Yaguine-Fodé a montré jusqu'à quel point le désespoir persistait au niveau de la jeunesse des pays du Sud, pour joindre le Nord.

Suite à la mort de ces deux jeunes, la presse européenne avait largement couvert ce dossier, qui avait fait l'objet de la réalisation d'un documentaire italien. Des tables rondes de discussion ont lieu, presque dans la plupart des pays du Nord et des pays pourvoyeurs d’immigrés. Le pape  Jean Paul II, déjà très affaibli, parle de l’importance de la vie humaine et de la nécessité de réduire les inégalités entre l’Occident et le Sud, comme toujours, en parlant de Yaguine et Fodé.

Fâcheusement, malgré tous les efforts réalisés pour attirer l’attention des autorités européennes, sur le danger que représente le manque d'espoir pour les jeunes en Afrique, ceux-ci sont restés lettre morte. Depuis la tentative d'atteindre l’eldorado européen à partir des trains d'atterrissage d'un avion, ce sont des milliers d'autres jeunes qui ont trouvé et qui continuent de trouver la mort en Méditerranée et maintenant, en traversant le Brésil et plus de 11 pays, en Amérique Centrale et le Mexique, pour atteindre la frontière américaine.

Les malheurs que vivent certains membres de cette diaspora ont des formes variées. Parmi ces formes, il y a eu le cas du viol le plus médiatisé dans l’histoire et qui allait coûter à son auteur, la présidence d’un grand pays, mais lui éviter de longues années de prison.

Dans le cas de Nafissatou Diallo  où elle travaillait le 14 Mai 2011 au Sofitel de New York, il s'agissait d'un cas de viol qui avait défrayé la chronique mondiale au moment des faits. Cela ne pouvait en être autrement car l'accusé n'était autre qu'un directeur général du Fonds Monétaire International, et un candidat bien placé pour remporter les présidentielles en France. Le monde de la très haute finance, des grandes connections qui se croisait avec le bas peuple, immigré, sans beaucoup de défense.

DSK n'avait pas été condamné au pénal bien que le viol soit établi, avec toutes les preuves à l’appui. Ses avocats avaient utilisé une formule bien connue aux États-Unis : quand quelqu’un ment une fois, cela veut dire qu’il ou elle n’est plus crédible et est capable de mentir à tout moment. Or, après avoir revu les dossiers d’application de statut de refugié de la guinéenne, les puissants avocats de DSK avaient réussi à convaincre, le très déterminé procureur Cyrus Vance, à abandonner les poursuites contre le directeur général du FMI. Des appels téléphoniques placés après l’arrestation du Français, entre la plaignante et un de ses amis dans une prison en Arizona, sont venus tout gâcher pour la plaignante. Cet ami gambien dans une prison en Arizona était connu du FBI pour de nombreux vols et contrefaçons et avait été condamné à plusieurs fois et attendait dans sa prison fédérale, son expulsion.

Nafissatou Diallo perdait ainsi, de jour en jour, le support de l’opinion publique américaine, qui ne badine pas avec les cas de viol. L’affaire ‘’DSK’’, personne n’est prête à l’oublier, tellement elle a été médiatisée. De nombreux livres ont été écrits sur ce cas et le scénario a été adapté à de très nombreuses séries de télévision, aux États-Unis et en France.

Contrairement à une idée assez répandue, les tragiques événements qui surviennent aux Guinéens et autres Africains n'arrivent pas seulement qu'aux ´´ pays des blancs ´´, mais sur le continent africain, avec les frères africains  mêmes ou les coreligionnaires musulmans.

Une fois encore, il est triste de constater que ce sont des pays que la Guinée avait aidés à se libérer, qui font subir les pires atrocités à ses ressortissants.

Combien de fois apprend-on par semaine que des Guinéens ont été tués en Angola?

Ce que l’on ne  comprend toujours pas, c’est pourquoi le gouvernement reste bouche bée face à ces massacres.

Combien de fois, lisons-nous dans la presse, des faits sur les pires humiliations subies par des jeunes Guinéens ou Africains, en Algérie, au Maroc, en Tunisie ou en Libye?

Des jeunes Guinéens qui ne sont là que de passage, en attendant de s’embarquer, comme le font d’ailleurs les jeunes Arabes, pour rejoindre l’Europe. Un racisme arabe pire que celui connu en Occident où les droits de l’homme sont quand même respectés, même si ce n’est pas toujours parfait.

En Algérie, que la Guinée a aidée contre la France, les Guinéens sont battus, dépouillés et humiliés, tout comme  tous ceux qui ont la peau noire. Les derniers mauvais traitements datent de décembre 2016, tout comme en Tunisie.

Il est impossible d'estimer le nombre de personnes ayant péri durant la traversée en Méditerranée et d'établir avec exactitude, le nombre de toutes ces victimes anonymes, sauvagement assassinées.

En décembre 2015, 38 jeunes, venant pour la plupart de la ville de Mamou, avaient péri, dans leur embarcation. Et depuis lors, le drame continue.

Enfin, une dernière tragédie qui frappe là où on l’attendait le moins, le Canada Francophone.

L’année 2017 a commencé  par un drame au Canada  où malheureusement, le 29 janvier 2017, Mamadou Tanou et Ibrahima Barry ont été abattus, alors qu'ils faisaient leur prière, dans une mosquée de Québec, au Québec. C’était la première fois que des civils guinéens, tombaient sous les balles du terrorisme international, victimes de la haine antimusulmane. Des militaires guinéens avaient été abattus dans le Nord du Mali, en 2016, alors qu'ils étaient en mission.

Avec une population de 11 millions d'habitants vivant en Guinée, et 4 autres millions vivant à l'étranger, en 2017, les Guinéens deviennent de plus en plus nombreux parmi les migrants africains au sud du Sahara et sont largement affectés par les migrations internationales, issues de la globalisation.

Les pays voisins étaient, par le passé, les pays où s'exilaient le plus les Guinéens. Les pays voisins constituaient leur destination. La France et les pays européens venaient en deuxième position.

À partir des années 90, les États-Unis d'Amérique et le Canada se sont avérés être leur destination de préférence.

On a beaucoup parlé aussi de l’Angola, en Afrique, ces derniers temps, où des jeunes Guinéens se faisaient beaucoup d’argent dans le commerce et dans les mines. Mais le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone et la Gambie restent toujours les plus importants fiefs de l’immigration guinéenne.

La globalisation a fait qu’aujourd’hui, il n’est pas rare de voir des jeunes ambulants  venus de Guinée sur les places publiques au Brésil, en Argentine. Pas un coin n’existe sur ce globe où leur présence n’est pas signalée.

Dans de petits pays comme la Belgique, ils occupent tout juste la  3ème ou 4ème place parmi les demandeurs d’asile, après les Afghans, Syriens et Congolais.

Depuis l'indépendance, comme dans la plupart des pays pourvoyeurs d'immigrés, aucun gouvernement n'a créé les conditions de rétention de la jeunesse, qui est livrée à elle-même. Les gouvernements successifs ont été tout simplement incapables d'assurer aux citoyens guinéens le minimum, en matière d'emploi et de sécurité. Et cela, malgré les immenses ressources minières dont regorge le pays et qu’on magnifie à longueur de journée.

Les violations répétées des droits de l’homme par les différents régimes ont été l'une des causes des flux migratoires que nous connaissons aujourd'hui. À cela s’ajoutent bien sûr les raisons économiques et la pauvreté.

Mouctar Baldé