Lutte contre la corruption, les avancées, les secteurs les plus touchés: le Secrétaire exécutif Adjoint de l’Agence anti corruption fait le point (interview)

26 octobre 2017 8:08:42
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Le phénomène de corruption dans l’administration publique et tous les autres secteurs socioéconomiques du pays est un secret de polichinelle. Pour en savoir plus, votre quotidien en ligne, Guinéenews a tendu son micro à Sékou Mohamed Sylla, le Secrétaire exécutif adjoint de l’Agence Nationale de lutte contre la Corruption et de promotion de la bonne gouvernance. Dans cette interview, monsieur Sylla revient le dur contexte de la mise en place de l’institution, ses activités et perspective. Lisez :

Guinéenews.org : Présentez-nous l’institution dont vous êtes aujourd’hui le Secrétaire exécutif adjoint de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance ?

 Sékou Mohamed Sylla: je vous remercie de nous tendre votre micro pour contribuer à la meilleure lisibilité de l’agence nationale de la lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANC). L’agence à été créée en 2004 suite à la dissolution du Comité national de lutte contre la corruption et de la moralisation des activités économiques et financières. En lieu et place duquel un ministère du Contrôle économique et financier a été mis en place. Au sein duquel ministère, l’agence a été créée et dont elle a toujours relevé.  C’est en 2012, à l’avènement du Pr Alpha Condé, en supprimant le ministère du Contrôle Economique et Financier, il a érigé l’ANC en organisme spécialisé dans la lutte contre la corruption directement rattachée au Président de la République. Et il a défini ses missions : élaborer et suivre la mise en œuvre de la politique nationale de bonne gouvernance, mener des activités de prévention, de détection et de répression de la corruption.

Guineenews : de cette date jusqu’à maintenant quelles sont les activités menées sur le terrain et quels sont les résultats obtenus ? 

 Sékou Mohamed Sylla: nous avons tenté de tirer les leçons des acquis de l’ancien comité national de lutte contre la corruption qui a mené un vaste chantier d’investigation dont les résultats, en son temps, avaient été mis à la disposition des autorités d’alors.

Et le constat, c’est le manque de dispositions législatives, institutionnelles et normatives dédiées à la prévention de la lutte contre la corruption. C’est ainsi que sur instruction de l’autorité, nous avons lancé le processus d’élaboration d’une loi portant prévention, détection et répression de la corruption et des infractions assimilées. Et sur le plan international, cela permettait à la Guinée, plus ou moins d’honorer ses engagements suite à la ratification de la convention des Nations Unies par le Pr Alpha Condé. Une convention qui stipule la nécessité d’internaliser les dispositions de ladite convention dans la législation nationale. Et à la date d’aujourd’hui, nous sommes heureux d’annoncer que la Guinée dispose désormais, dans son arsenal juridique, une loi portant prévention, détection et répression de la corruption et des infractions assimilées. De son adoption, elle a fait l’objet de promulgation par un décret présidentiel. Nous sommes en  phase avec des dispositions pour les textes d’application de cette convention. Et parallèlement sur le plan international, la Guinée a réussi son examen d’application de la convention des Nations Unies au titre du premier cycle 2010-2015. Dans le même contexte, la Guinée a été État examinateur du Burkina Faso et de la Guinée-Bissau. Très encourageant, la Guinée est présentement État examinateur du Botswana au titre du second cycle dont nous comptons bientôt lancer le processus d’examen. Avant l’adoption de la loi anti corruption, dans le cadre des réformes en cours au titre des missions du ministère de la Justice, il y a eu deux nouveaux codes : le code pénal et le code de procédure pénale, qui a tout un chapitre consacré à la lutte contre la corruption et les infractions liées aux pratiques de corruption. A la date d’aujourd’hui, ce sont des avancées très significatives que la Guinée est en train d’enregistrer. Pour quelqu’un qui connaît le parcours du pays,  il faut s’en féliciter. Et espérons que les choses iront de l’avant sur deux piliers, les mesures préventives et les actions judiciaires. Le cas de la Guinée, suite aux deux enquêtes que l’agence nationale de lutte contre la corruption a réalisées sur financement  de OCHOA avec l’institut national de la statistique, il est mieux de prendre les taureaux par les cornes. Aucun secteur n’est épargné par la corruption. Avec la volonté politique réelle du président de la République que je félicite, parce qu’à un moment donné, personne ne croyait que sous la gouvernance du Pr Alpha Condé, la Guinée allait avoir une loi antique corruption. Cela demande une procédure d’urgence à l’Assemblée nationale pour l’examen de ces textes et leur adoption. Vous vous rendez compte, la loi adoptée le 4 juillet 2017, a été promulguée le 17 août. C’est plus illustratif. Dorénavant, nous devons tous conjuguer les efforts pour que la lutte contre la corruption soit une réalité. Seulement que cela ne soit pas une chasse aux sorcières ou un règlement de compte. La corruption est un fléau, c’est le système qu’il faut casser. Les mesures préventives permettront de récupérer les repentis. Et ceux qui vont persister maintenant, se verront traduire en Justice.

Guineenews : vous qui avez duré dans la lutte contre la corruption pour avoir travaillé au sein du Comité national de lutte contre la corruption, quels sont les secteurs les plus touchés par la corruption en Guinée ? 

 Sékou Mohamed Sylla: je vous le dis sincèrement, aucun secteur n’est épargné même les médias.

 Guinéenews: mais il y a toujours un premier et un deuxième… ?

Sékou Mohamed Sylla: considérons qu’un mal persiste, acceptons tous de traiter ce mal dans un  premier temps. C’est quand le processus de traitement du mal va s’engager et qu’il y a persistance, qu’on saura dire publiquement voilà  c’est tel secteur qui persiste dans la corruption. Et les communautés nationale et internationale seront informées et les sanctions vont tomber.  Mais je vous assure qu’aucun secteur n’est épargné.

Guinéenews.org: maintenant que le cadre légal est créé, peut-on donc s’attendre à beaucoup de déballages dans les jours à venir ? 

 Sékou Mohamed Sylla : le déballage, c’est d’abord d’informer l’opinion publique nationale, partager les dispositions de la loi anti corruption et voir dans quelle mesure nous pouvons partager le principe de réduire avant d’entamer l’étape d’éradication de la corruption. C’est un impact très négatif dans la lutte contre la corruption. C’est une vieille du vieux monde. Il faut l’oser. S’il y a un début, je suis sûr et certain que la donne va changer.

Guinéenews.org : êtes-vous sûrs de pouvoir disposer des moyens qu’il faut pour mener à bien votre combat ? 

 Sékou Mohamed Sylla : je suis sûr et certain de par les nouvelles méthodes et dispositions que concèdent la loi, l’article 156 et dont nous attendons les textes de la part du président de la République, le gouvernement saura mettre les bouchées doubles, selon ses possibilités pour que l’ANC puisse mener sa mission avec les partenaires nationaux, secteur public et privé ainsi que la société civile contre la corruption.

Guineenews.org : quelles sont les grandes actions que vous comptez engager pour le départ ? 

 Sékou Mohamed Sylla: nous sommes sur le chantier. Grâce à l’appui de l’Union Européenne, nous allons organiser trois ateliers et très prochainement pour la validation de la stratégie nationale de lutte contre la corruption et de la promotion de la bonne gouvernance qui va nous permettre, après la publication du décret du président de la République portant organisation et fonctionnement de l’ANC, que de véritables actions soient entamées pour la lutte contre la corruption.

Guinéenews.org : avez-vous un message particulier à l’endroit des autorités et de la population guinéenne ?

Sékou Mohamed Sylla: mon message, c’est d’interpeller toute la société guinéenne. Nous sommes tous victimes de ce mal. Et acceptons de s’en débarrasser. Ne faisons pas croire à nos progénitures qu’il faut la corruption pour réussir. Vous posez une question tout à l’heure, les secteurs les plus touchés. Le secteur touché qui compromet même l’avenir de ce pays, c’est le secteur éducatif.  Si déjà au niveau de l’école, l’enfant pense qu’en faisant la corruption, c’est bien pour lui, c’est dangereux, je le dis une fois de plus. Un exemple frappant, le président de la République a rendu la gratuité de la césarienne. Mais par le faut de la corruption, cela ne s’est jamais appliqué. Il faut engager une concertation avec le corps pour savoir pourquoi cette décision salutaire pour la nation guinéenne ne s’applique pas. C’est dire que ce sont les mesures préventives qu’il faut mettre en avant, l’information, l’éducation et la communication dans un premier temps. Et parallèlement, les actions judiciaires. J’appelle tous les médias, je profite de votre micro pour féliciter et remercier les médias qui ne cessent de parler de notre situation, d’interpeller l’opinion publique nationale, les gouvernants comme les gouvernés. Je les félicite et je les encourage d’aller de l’avant.  L’ANC espère parfaitement collaborer avec eux dans le cadre d’une véritable lutte contre la corruption dans notre pays.

Interview réalisée par Guilana Fidel Momou pour Guinéenews.org.  

 

  • Pascal Kamano

    La lutte contre la corruption en Guinee? Je veux bien voir ces actions. Et si les textes de loi etaient appliques a la lettre, beaucoup de nos hauts cadres seraient deja en prison pour plusieurs annees. Du moment qu’il n’y a pas de volonte politique, tout ceci n’est qu’un simple voeu.
    La corruption nous prend en Guinee chaque annee, 3 a 4 points de croissance malheureusement.
    Qui s’en emeut reellement? Pas le Pr. Alpha Conde. Il denonce mais n’agit point car tous ses collaborateurs pratiquent ce sport national Guineen