jeudi, 23 mars 2017, 06:18 GMT

faycalLa Guinée est en train de perdre l’un de ses plus beaux bijoux, la mosquée Fayçal. Construite en 1982 sur financement de l’Arabie saoudite, cette maison de Dieu était considérée à l’époque comme étant l’une des plus grandes mosquées au monde après celles de la Mecque, Médine, Jérusalem et Casablanca.

 

De nos jours, elle a perdu sa superbe puisqu’elle se trouve dans un piteux état. A l’intérieur, le visiteur est frappé d’abord par l’absence des moquettes sur lesquelles les fidèles musulmans accomplissent leur devoir religieux. Voir vidéo: 

https://www.youtube.com/watch?v=2rBgmh5Vhz8

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La seconde chose qui parait étonnante mais réelle, c’est la présence des flaques d’eau à l’intérieur avec des morceaux de terre. Puis, quand on jette le regard vers le haut, on aperçoit des briques. Exactement comme si on était dans un bâtiment en chantier.

 

A son inauguration en 1982, la mosquée pouvait recevoir 12.500 fidèles dont 2500 femmes. Mais actuellement, à cause de son état de dégradation poussée, elle reçoit à peine une centaine aux heures de prière. De notre constat, même les tapis disposés au niveau des premières rangées n’existent plus.


mosqueeIls ont été enroulés et rangés dans le magasin à cause de l’eau qui suinte et qui inonde presque toute l’enceinte. «Les tapis sont enroulés. Il y en a qui sont là-bas malgré nous parce que quand il pleut et qu’ils absorbent l’eau, ils pourrissent. Finalement ils dégagent des odeurs pestilentielles. Une situation qui empêche les fidèles musulmans de rester même 5 minutes dans la mosquée. Donc il faut les préserver. […] Là où il n’y a pas d’eau, les gens étalent leur tapis pour prier. Il en est ainsi même les vendredis», confie Sory Oularé, Administrateur général de la mosquée, très inquiet du sort de l’édifice.

 

«Le dessus de la dalle de protection, dit-il, ce sont des marres qui s’y forment quand il pleut. Cela veut dire que le dispositif de protection de la dalle est complètement imbibé d’eau. Et tant qu’il en est ainsi, la mosquée n’arrêtera pas de couler.»


faycoPour sa rénovation, un budget de près de deux milliards de francs guinéens avait été voté en 2015, rapporte Sory Oularé. «Nous ne savons pas à quoi cet argent a servi puisque nous n’avons rien vu », regrette-t-il.

 

Des étrangers ont voulu apporter leur soutien à la Guinée afin de sauver la mosquée Fayçal. Mais à ce niveau aussi la gestion des fonds pose problème. L’administrateur général explique: «avec le financement marocain, on n’ignore le contenu du contrat, il n’y a aucun contrôle ni de surveillance. Nous étions-là en tant que simples observateurs. On n’a jamais vu de contrat. Je crois que si cette fois-ci encore, il n’y a pas un système de contrôle rigoureux de la part de l’Etat sur le financement que l’Arabie Saoudite nous apporte, on risque de retomber dans  les mêmes péchés.»


Pour éviter de tendre la main chaque fois, l’administration de la mosquée a voulu exploiter judicieusement les 10 hectares qui lui ont été octroyés par l’Etat. Mais à ce niveau également, un malentendu serait apparu.

 

fay«Nous avons envisagé de faire la clôture et la construction des boutiques le long de la clôture et des toilettes publiques à régime payant. Un bâtiment sur l’axe Camayenne-Coléah et un autre bâtiment sur l’axe Dixinn-Kaloum au niveau de la mosquée. Il y a aussi beaucoup de projets que nous avons initiés. C’est la construction d’un complexe scolaire, de la maternelle à l’université. Si on a ce complexe, on pourrait récupérer l’actuel centre islamique, l’école, la bibliothèque, le bloc administratif et les transformer en unité sanitaire avec un laboratoire de haut niveau et une pharmacie qui pourra recevoir beaucoup de produits. Tout cela pourra accompagner la mosquée pour son autonomie financière», soutient Sory Oularé.

Dans son argumentaire, Sory Oularé dit avoir écrit au Secrétariat général des Affaires religieuses. Mais, il aurait été mal compris, car, le ministère en charge de l’Habitat est venu mettre des croix sur les boutiques en construction.

«La mosquée n’est pas comme les autres établissements publics à caractère administratif. La mosquée est une entité qui est dédiée à Allah. Elle a besoin de s’épanouir. Pour s’épanouir, il faut lui accorder une certaine indépendance», ajoute-t-il, frustré

Outre les boutiques le long de la cour de la mosquée, Sory Oularé envisage la construction d’un grand immeuble à la place des deux villas dont l’une est occupée par le grand imam : «[…] L’Etat, depuis la première République, a prévu près de dix hectares. Depuis plus de 20 ans, cet espace n’est ni exploité ni utilisé rationnellement. C’est pourquoi tout le temps, on est obligé de tendre la main à l’extérieur. Il y a aussi le fait qu’on pouvait faire de manière que les deux villas qui sont construites pour le grand imam de la mosquée et pour le muezzin (à la place du muezzin, c’est un des imams qui occupe la deuxième villa), soient remplacées par un immeuble qui peut loger plus de cent familles avec un régime payant. Les frais de location peuvent être versés au compte de la mosquée pour se prendre en charge.»

faycalaFace à ces difficultés, l’administrateur général propose de ‘’mettre en place un cadre organique et un cadre juridique pour permettre à la mosquée de se prendre en charge sur les plans financier et administratif’’. Et d’ajouter, tant que cela n’est pas fait, on ne pourra pas s’en sortir.

L’électrification de la mosquée, l’entretien du parterre fleuri et du parking, le curage des canaux d’évacuation des eaux de pluie sont, entre autres, des difficultés auxquelles Fayçal est aujourd’hui confronté.

Alhassane Bah