L’exploitation forestière à Mamou : environnement menacé, trafic illégal du bois, tout au détriment de la population

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La préfecture de Mamou, qui couvre une superficie de 17074km², regorge d’importantes zones forestières dans les sous-préfectures de Kégnéko, Ourékaba et Soya. Avec des complicités avérées ou non dans toutes les sphères de l’administration et de la population, ces forêts sont agressées à travers une coupe abusive du bois ce, malgré les mesures  ‘’conservatoires de la nature’’ adoptées. 

Dans ce reportage que nous vous propose ici, la Rédaction locale de Guinéenews© basée à Mamou, retrace les différents circuits de production du bois à Mamou. De la coupe au dépotoir, tout un processus opaque qui rend le bois très cher dans la ville carrefour.

Nous avons rencontré des responsables des eaux et forêt, des bucherons, des vendeurs de bois mais aussi des propriétaires terriens. Toute une chaîne qui contribue largement  à la dégradation du couvert végétal.

Dans le but de limiter l’exploitation anarchique du bois, l’Etat à travers le département de l’Environnement et des Eaux et Forêts fait semblant de réglementer la coupe du bois en accordant des titres d’exploitation forestière à 52 millions 500 mille francs par agrément pour une durée de trois ans. La  carte professionnelle est renouvelée chaque année à 7,5 millions de francs guinéens. Ces personnes dans les préfectures sont les  agréés, les seules autorisées à couper le bois et qui ne doivent utiliser plus de deux tronçonneuses.  

Ces agréments sont octroyés à condition de respecter l’engagement de reboiser 10 plantes pour chaque arbre coupé. Et d’exploiter, soi-même et pour son compte, sans louer ni transférer à des tiers de quelle que manière que ce soit, le permis de coupe dont il est bénéficiaire.

Madame Issagatou Diallo, Représentante du chef de la section Eaux et forêt de Mamou apporte des précisions sur les arbres à couper : « malgré l’obtention du permis d’exploitation, les agréés et leurs mandats ne doivent pas couper les arbres des forêts classées, des têtes de sources et des arbres des versants abruptes des montagnes.» 

Pour récupérer sa caution, l’agréé est obligé de passer son mandat à des tronçonneurs contre un coût, explique-t-on.  «Pour récupérer une partie de ce qu’on a dépensé pour obtenir le permis, nous sommes obligés de faire payer 3 millions de francs à chaque tronçonneur pour lui permettre de couper les arbres pour une durée de 3 ans », a confié Ibrahima Sory Traoré dit Gongoreya  l’un des trois agrées de Mamou.

Utilise-t-on six tronçonneuses à Mamou ?

La réponse est catastrophique. «Les agréés de Mamou ont chacun 20 tronçonneuses qui exploitent la forêt sous leur mandat. Si tu n’as pas les 3 millions, tu leur livres 10 doubles de madriers de 2 mètres ou 20 planches de 4 mètres.  Je vous informe, ici que les agréés font payer 3 millions de francs pour l’autorisation de la coupe. Tandis qu’à Kindia, Kouroussa et Kissidougou, ils font payer 1 million pour autoriser aux tronçonneurs la coupe du bois sous leur mandat. Le président de la filière bois de Mamou à lui seul, a une cinquantaine de tronçonneuses qui travaillent sous son contrôle pour 150 doubles de bois rendus à Mamou », affirme Aïssatou Barry vendeuse de bois.

A défaut de laisser l’exclusivité aux agréés la coupe du bois, certains chefs de cantonnement représentant la section Eaux et forêts dans les sous-préfectures, accordent clandestinement des autorisations de coupe  contre une somme de 300 mille francs.

Avec cette surexploitation forestière, pourquoi le bois est cher à Mamou ?

Pour comprendre cette réalité, nous avons rencontré Mamadou Sanoussy Diallo, il est exploitant forestier mais aussi vendeur de bois depuis 2 ans : «il y a quelques années, on trouvait facilement des arbres à couper et moins de personnes n’avaient de l’intérêt dans le bois. Mais aujourd’hui, de l’Etat aux villageois, tous sont intéressés par la coupe du bois. Pour trouver du bois, il faut se déplacer loin pour rencontrer les propriétaires terriens qui nous cèdent des arbres à couper se trouvant dans des zones difficiles d’accès.  Les propriétaires terriens nous proposent un pourcentage qui varie entre 10 à 20% (pour chaque 10 madriers obtenus dans son domaine, on prélève 1 ou 2 suivant le pourcentage). Après les négociations avec les terriens, on revient vers la filière bois qui nous délivre le permis de reconnaissance variant entre 300 mille à 3 millions 500 mille GNF. On arrive à la section forêt par la suite pour avoir le permis de coupe qui est délivré suivant la nature du bois à couper. Ce permis varie de 300 mille à 1 million GNF. Ainsi, on se retourne en brousse pour couper. Arrivé, il faut distribuer des montants à toutes les autorités locales. Payer au tronçonneur 12000 pour chaque double et lui prendre en charge sur la restauration durant les travaux. Payer entre 5000 à 30 000, selon la distance aux personnes qui vont acheminer les madriers au lieu où le camion va les prendre. Ouvrir une piste pour faciliter l’accès au camion au lieu de regroupement des madriers. Cela nous coûte 2 à 5 millions. Après, on se retourne à l’office guinéen des bois (OGUIB) pour avoir le permis de la circulation calculé par mètre cube. Un mètre cube, qui équivaut à 10 madriers simples, est facturé à 250 mille GNF. Le camion peut transporter jusqu’à 12m³. On trouve un camion pour le transport au prix de 3 millions 200 mille francs. Payer aussi aux jeunes l’embarcation du bois. Au niveau du pont de Bertèya, il faut  payer 100 mille GNF aux gardes qui y sont postés. Au-delà de 18h, au niveau de Balancia, on nous fait payer 50 mille GNF aux agents placés contre les coupeurs de route. Au niveau de Tolleri, il y a à payer la brigade verte 300 à 400 mille GNF. Arrivé à Mamou, on paye les jeunes qui débarquent le bois au dépotoir. Alors si vous totalisez toutes ces dépenses, vous comprendrez pourquoi le bois est si cher à Mamou.»

Dans les différents dépotoirs de la ville, nous nous sommes intéressés au prix du bois. Un madrier double de 2 mètres est vendu à Mamou à 230 mille GNF, soit le même prix auquel il est vendu à Conakry. Une planche de 4 mètres est vendue à 40 mille GNF contrairement à Kissidougou où une planche coûte 20 mille GNF et 100 mille GNF pour un madrier de 2 mètres. Tandis qu’à Kouroussa, le même bois est vendu à 60 mille GNF, a-t-on appris sur place.

Elhadj Boubacar Barry dit ‘’Kissia’’, le président de la filière bois de Mamou met un accent sur les taxes qui rendent le bois cher. A l’en croire,  en 2015, le permis d’exploitation forestière était à 12 millions 500 mille, en 2016 ce permis est passé à 30 millions, puis à 52 million 500 en 2017 sans compter les frais auxiliaires. ‘’La brigade verte est sur la route pour contrôler les papiers et réclamer la levée du barrage dont le coût varie entre 100 mille et 400 mille GNF. Voilà la cause de la cherté du bois », soutient-il.

D’autre part, on nous confie qu’après paiement dans les services du bois, le montant exact n’est pas porté sur les reçus. Ces difficultés poussent certains vendeurs de bois d’importer le bois à partir de la Sierra Leone.

Les conséquences de cette déforestation est alarmants. Elle se traduit sur le terrain par une augmentation de la chaleur à Mamou, la raréfaction des pluies, l’assèchement des cours d’eau, l’avancement des Bowè dans le Nord de la préfecture et la fuite des animaux.

Pour léguer aux générations futures des richesses forestières, les autorités doivent prendre leurs responsabilités en main afin de limiter la coupe du bois et procéder à une restauration du couvert végétal, aux reboisements continuels des essences forestières telles que le Gmelina arborea, du Teck, de la Framiré et du Fraké.