L’éducation sexuelle : un véritable tabou dans les familles au Fouta Djallon

25 décembre 2016 2:02:28
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Considéré depuis l’aube des temps comme une région fortement ancrée dans les coutumes traditionnelles ancestrales, une région dans laquelle la religion (l’islam), le respect des parents et le respect du prochain occupent une place de choix dans la vie des populations, le Foutah Djallon garde toujours ses valeurs, son authenticité dans l’éducation des tout petits, a constaté sur place Guinéenews.


Le respect mutuel, le respect des sages, la défense des coutumes et mœurs ancestrales, l’école coranique et tout dernièrement l’école moderne pour ne citer que ceux-là, sont les principaux éléments qui concourent à la formation de base des enfants. Par contre, la sexualité est très souvent un thème relégué dans le cercle très fermé des tabous dans plusieurs familles de la Moyenne Guinée.

Une enquête réalisée dans la capitale du Foutah Djallon (Labé) par la rédaction de votre quotidien électronique Guinéenews démontre clairement que dans neuf (9) familles sur dix (10), le sujet de la sexualité n’est jamais à l’ordre du jour. Toutes les conditions sont tout le temps réunies pour éviter d’aborder le thème entre membres d’une même famille en particulier, et entre voisins en général. Même si de nos jours, très souvent, le besoin est là, les parents esquivent ce thème qui est d’une importance capitale dans la formation des enfants. Conséquence : les adolescents découvrent d’eux-mêmes la sexualité avec tous les risques et dangers qui vont avec.

« Franchement parlant, je n’ai jamais abordé ce sujet avec mes frères et sœurs et à plus forte raison avec mes parents. Et je ne devais même pas parler de ça avec vous. Souvent, quand on est devant le poste téléviseur, des fois même, si des actions se produisent subitement ils changent de chaînes et c’est fini », reconnaît Amadou Bah, âgé de 19 ans et demi.

Pour la grande majorité des jeunes (filles et garçons), c’est au collège (en classe de 10ème  année) qu’ils entendent parler clairement de rapports sexuels. « La première fois qu’on m’a expliqué proprement ce que c’est la sexualité c’était en 10ème année dans mes cours de Biologie. C’est à cette période que j’ai bien compris de quoi il s’agissait. Mais très malheureusement, plusieurs amies avaient pris des grossesses précoces dans l’ignorance », explique une adolescente qui a requis l’anonymat.

Pis, certaines filles optent pour l’avortement criminel à la suite d’une grossesse précoce et indésirable. Récemment, ce sont deux femmes qui ont perdu la vie dans ce genre d’opération à Labé-ville.

Rares sont jeunes (filles et garçons) qui abordent brièvement le sujet de la sexualité avec leur maman et ce dans une discrétion totale. « Quelque temps avant la venue de mes premières menstrues, ma maman m’a approché pour m’annoncer leur venue sous peu en me donnant des conseils et des astuces. En plus, elle m’a un peu parlé de chose à éviter pour ne pas avoir des accidents. C’est un peu le cas des rapports sexuels. Et depuis lors, plus rien », précise une autre adolescente qui a préféré également garder l’anonymat.

Sur le sujet, Dr Ismaël Diallo, médecin en service à l’hôpital régional de Labé, est clair et précis : « c’est un devoir pour les parents d’aider les enfants afin que ceux-ci puissent éviter les conséquences d’une mauvaise éducation sexuelle. Mais, de plus en plus, nous sommes en train d’observer que les parents sont en train de démissionner de leurs devoirs. Et maintenant à la place des parents ce sont les réseaux sociaux, c’est facebook, c’est Tweeter, c’est Youtube… Ce qu’on peut dire aux parents, c’est qu’ils doivent accepter de parler avec les enfants, de la sexualité. Il faut commencer cela avant la puberté », déclare-t-il.

Pourtant, selon un détenteur des secrets de la religion musulmane dans la région de Labé, parler de la sexualité en famille est permis en islam : « en islam, on ne se gêne pas pour parler des principes. On doit tout expliquer clairement, le foyer et la sexualité », souligne Thierno Alpha Oumar Haidara.

Même réaction chez les Catholiques vivant à Labé. Sous le couvert de l’anonymat, une fille a ouvertement expliqué que cela est d’actualité dans sa famille : « si par exemple je prends mon cas, j’ai vraiment été instruite par rapport à cela parce que dans ma famille la sexualité n’est pas un tabou. Le père de famille est ouvert et vraiment on a parlé de sexualité et ils nous ont montré le chemin. Cela m’a beaucoup orienté dans ma vie future.»

Voulant fouiller en profondeur afin de tenter une solution à ce sérieux problème de société, la rédaction régionale de Guinéenews basée à Labé a saisi les gardiens de la culture pastorale peule. Hadja Zenab Koumanthio Diallo, Inspectrice régionale de la culture et directrice du Petit Musée du Foutah, soutient bel et bien que l’éducation sexuelle était une science inculquée aux jeunes dans l’Afrique traditionnelle.

« Traditionnellement, on avait des écoles dans lesquelles filles, femmes, garçons, enfants devaient passer pour justement une initiation à la vie future. Dans cette initiation à la vie future, il y avait évidemment les conseils qu’on donnait aux jeunes pour les comportements sexuels. Par exemple, en Forêt on mettait les gens dans la forêt sacrée, ils devaient recevoir là toute une éducation. Vers le Foutah, on les amenait là où on appelait ‘’Bais n’habaama Woupol, bais nhabama roundé  » (littéralement ils sont conduits à la lingerie ou à l’isolement) pour leur initiation à la vie future », explique l’Inspectrice régionale de la Culture.

« C’était un passage obligé dans l’éducation des jeunes », ajoute Hadja Zenab Koumanthio Diallo. «C’était évidemment une éducation sexuelle. C’est à partir de là que les jeunes filles devraient entendre parler de sexe pour la première fois. C’est là qu’elles devraient entendre parler de rapports sexuels pour la première fois. C’était la seule occasion et la meilleure pour aider les gens à comprendre », insiste-t-elle.

Mais très malheureusement, rares sont les communautés qui pratiquent de nos jours cette coutume au Foutah Djallon. Et les enfants sont laissés à la merci de cette mondialisation galopante. Sans oublier que le manque d’éducation sexuelle peut avoir des conséquences majeures.

« Il y a d’énormes conséquences. D’abord la première des choses, on aura des grossesses précoces. Les enfants vont prendre une grossesse avant l’âge de la majorité. Ensuite, ça peut conduire les enfants à être victimes de viol et de violence sexuelle. Donc c’est surtout ça. Ils peuvent aussi très tôt attraper des infections sexuellement transmissibles y compris le VIH », affirme Dr Ismael Diallo de l’hôpital régional de Labé.

Les parents ayant carrément démissionné, il serait temps que le gouvernement guinéen, à travers son ministère de l’Action sociale de la Promotion féminine et de l’Enfance, prenne ce problème à bras-le-corps, ne serait-ce que tenter d’aménager un programme de cours dans le cycle élémentaire.