Le Cdt adjoint de la Compagnie Sécurité Routière de Mamou : «nous sommes déterminés à mettre fin au crime organisé contre les usagers de la route »

28 septembre 2017 19:19:18
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Le nouveau Commandement de la Gendarmerie Routière inscrit dans ses priorités la réalisation d’une parfaite synergie entre les compagnies sécurité routière à l’intérieur du pays et l’ensemble des acteurs de la circulation routière en rase campagne. Ce qui augure une meilleure complémentarité entre les intervenants du secteur des transports routiers hors agglomération et garantit en même temps, une circulation plus sécurisée.

Le Commandement de la Gendarmerie Routière, basé au PK 44, dans la sous-préfecture de Manéah, préfecture de Coyah, coordonne les activités de huit compagnies sécurité routière situées dans les sept régions administratives du pays et à Guéckédou. Chaque compagnie a une compétence régionale. Parmi toutes, celle de Mamou présente quelques particularités qui la distinguent des autres. D’abord, par rapport à sa situation géographique et tenant compte de la configuration du réseau routier national, pourrait-on dire que Mamou est le centre, voire le carrefour du pays.

Pour qui veut aller en Moyenne Guinée, en Haute Guinée ou en Guinée Forestière, cette région est un passage obligé. Idem pour le sens inverse, quand il s’agit de quitter l’intérieur du pays pour la Basse-Guinée ou la capitale Conakry.  C’est donc une des régions les plus fréquentées du pays. La circulation y est dense, à toute heure du jour ou de la nuit.

 

Le second aspect  tient au relief tourmenté qui la caractérise. La circulation y est difficile, voire dangereuse avec des descentes, des montées, des virages, des ponts, des ravins profonds à n’en plus finir. La troisième particularité est une conséquence des deux précédentes.

 

 

Mamou étant  en permanence, densément fréquentée, la circulation s’y déroulant avec de nombreux risques liés à la configuration du réseau routier, les coupeurs de route ne pouvaient trouver meilleur endroit pour leur « chasse au trésor ». D’où la transformation de la zone en véritable épicentre du crime organisé contre les usagers.

Pour mieux comprendre toutes ces réalités que vit la gendarmerie routière en rase campagne à Mamou (zone de compétence,  endroits dangereux,  infractions au code de la route,  accidents enregistrés…), nous avons rencontré le chef d’escadron Yakhouba Soumah, commandant adjoint de la Compagnie Sécurité Routière de cette région- carrefour.  Lisez !

Guinéenews : votre service, à l’instar des autres compagnies sécurité routière, est aujourd’hui très sollicité. Ce qui n’était pas le cas à vos débuts en 2012. A cette époque, les usagers étaient surpris de voir des hommes auxquels ils ne s’attendaient pas sur le terrain. Les confondant aux militaires, ils se demandaient  pourquoi ces éléments à moto contrôlaient  la circulation.  Est-ce que vous pouvez nous définir les missions qui vous sont  dévolues dans le cadre de la prévention et de la sécurité routière en rase campagne ?

Le chef d’escadron Yakhouba Soumah : avec l’autorisation de ma hiérarchie, les chefs d’escadron Koïkoï Goepogui et Michel Koly Sovogui, respectivement commandant de la compagnie sécurité routière de Mamou et commandant du commandement de la gendarmerie routière, je me fais le devoir et le plaisir de répondre à vos questions.

Je vais commencer d’abord par saluer vos nombreux lecteurs qui sont aussi des usagers de la route que nous pouvons rencontrer un jour ou l’autre dans la circulation en rase campagne et à qui nous allons souhaiter de toujours conduire sans accident.

C’est vrai qu’à leur prise effective de service en 2012, toutes les compagnies sécurité routière ont rencontré des difficultés liées à leur installation mais aussi à l’incompréhension et à l’effet de surprise que leur présence a entraîné. Mes chefs hiérarchiques, vous en parleront mieux que moi. Toujours est-il que la création de ces compagnies sécurité routière est venue combler un vide. Auparavant, la rase campagne était presque à l’état d’abandon en matière de contrôle routier. L’arrivée des gendarmes sur le terrain a radicalement changé la situation.

Maintenant, pour parler de missions, nous allons tout d’abord rappeler que toute activité de ce genre que nous menons, pour être autorisée, doit être légale et légitime. Elle doit être régie par des textes législatifs ou règlementaires. La Gendarmerie Nationale, en tant qu’institution de la République, fonctionne sur ce principe. Nous avons une mission régalienne, fondamentale : servir et défendre la République, à tout prix ! Eu égard à cette mission traditionnelle, nous sommes chargés entre autres de :

– faciliter la circulation ;

-protéger les infrastructures routières ;

-renseigner les hiérarchies des situations de terrain

– sensibiliser les usagers de la route

-assister et porter secours en cas d’accident sur la voie publique

-assurer l’escorte des hautes personnalités

-lutter contre les grands bandits (coupeurs de route)

-poursuivre les auteurs d’accident avec délit de fuite, en tout temps et en toutes circonstances

Guineenews : vous avez une compétence régionale qui vous permet d’intervenir sur le territoire des trois préfectures de la région, à savoir, Mamou, Dalaba et Pita. A partir de Mamou, siège de votre compagnie, quelles sont les limites de votre zone de compétence en direction des préfectures voisines ?

Le Chef d’escadron Yakhouba Soumah : notre zone de compétence s’étend : entre Mamou et Kindia sur 54 km

Mamou et Faranah sur 85 km

Mamou et Dabola sur 100 km

Mamou-Dalaba-Pita sur 120 km

Guineenews : en votre qualité de commandant adjoint, vous assumez un rôle important de « technicien et maître d’œuvre » qui sert d’interface, entre les éléments planifiés sur le terrain et le commandant de compagnie. Dans ce rayon d’action que vous venez de définir, comment  faites-vous pour gérer le comportement de vos éléments sur le terrain ?

Le chef d’escadron Yakhouba Soumah : nous assurons en permanence la coordination des activités de prévention routière, de répression des infractions au code de la route. Nous veillons également à l’exécution correcte des méthodes techniques de travail assignées à l’ensemble de nos officiers de constat.

Guineenews : vous l’avez dit, la compétence de votre unité s’étend sur le territoire de trois préfectures. Voulez-vous nous en donner les limites effectives pour chacune d’elles ?

Le chef d’escadron Yakhouba Soumah: notre compagnie rayonne sur le territoire de trois préfectures. Il serait fastidieux de vous citer ici toutes les sous-préfectures qui les composent et les distances qui séparent chacune d’elles du chef-lieu de préfecture. Aussi, me permettrez- vous de ne vous en présenter qu’un aperçu global.

Nous avons : Mamou avec 13 sous-préfectures situées entre 15 et 85 km du chef-lieu de la préfecture ; Dalaba avec 09 sous-préfectures situées entre 16 et 98 km du chef-lieu de la préfecture ; Pita avec 11 sous-préfectures situées entre 07 et 155 km du chef-lieu de la préfecture

Guinéenews : la circulation routière dans votre zone de compétence est réputée difficile. Les raisons tiennent  à la configuration du terrain, au relief et quelquefois au mauvais état de la route ou des ouvrages.  Avez-vous répertorié des points noirs particuliers, des zones réputées dangereuses dans les trois préfectures de la région de Mamou ?

Le chef d’escadron Yakhouba Soumah : oui ! De nombreux points noirs existent dans notre zone de contrôle. Ils sont tous potentiellement dangereux. Pour des raisons diverses, nous y enregistrons beaucoup d’accidents. Le fait est que ces endroits se présentent sous trois variantes: ils sont totalement inconnus des conducteurs;  ils ne sont pas signalés ou, plus grave, ils sont délibérément ignorés.  Ce faisceau de raisons est la cause des accidents souvent graves que nous y enregistrons.

Les points noirs à partir de Mamou sont :

Vers Faranah : tournant Cow-boy, Soya, Bantanworo, Berteya, Ourékaba, Djandjan;

Vers Labé:  carrefour Tolo, Gouba, Sèrè, Kendouma, Oukordè, Boulliwel,  Bourouwal –Tappè  (Pita), Kokoulo (vers Labé);

Vers Kindia: Fello Soorè, Bouloukountou, Nouroupampa, Pont Konkouré, Sakoya, Foyé, Tamagaly;

Vers Dabola:  Bowalwan,  Dindon,  Wangako, Dara, Kokiya, Sokotoro, Saramoussaya, Baroyoyah.

Il faut dire également que ces points noirs sont des lieux très prisés par les coupeurs de route qui attaquent toujours en ces endroits, rassurés qu’ils sont que les conducteurs y roulent au pas, ou sinon même, s’arrêtent forcément, pour passer sans encombre.

A cette liste de points noirs, nous allons ajouter les sous-préfectures de Timbi-Touny, Timbi-Madina  et  Diagua, difficiles d’accès et fréquemment ciblées par les grands bandits.

Il faut souligner que le phénomène de coupeurs de route, très fréquent dans notre zone, il y a quelques années, est en nette régression depuis le passage de l’importante mission conduite par le Haut Commandant de la Gendarmerie Nationale,  Directeur de la Justice Militaire, en décembre 2016.

A cette occasion, des dispositions spéciales avaient été prises et leur mise en œuvre n’ayant souffert d’aucune entorse jusqu’à ce jour, les résultats sont éloquents et salués par tous. Nous sommes déterminés à mettre fin à ce phénomène de crime organisé contre les usagers de la route. Ce qui nous rassure le plus, c’est le soutien manifeste des populations qui nous accompagnent dans l’atteinte de cet objectif.

Un autre point noir est à citer avec insistance : il s’agit du pont Konkouré situé à 22km, sur la route nationale no 1 Mamou-Kindia,  dans un virage réputé dangereux qui abouti à une longue descente. Ce pont présente de gros risques pour la circulation. Non seulement, aucune signalisation routière ne prévient les conducteurs de sa présence, mais aussi il n’y a aucun parapet ou garde fou qui le délimite. Nous sollicitons vivement  une intervention rapide et concluante des autorités des TP pour réduire les risques d’accident à ce niveau.

Guinéenews: quelles sont les infractions génératrices d’accidents les plus fréquemment enregistrées par vos services?

Le chef d’escadron Yakhouba Soumah : nous avons, par ordre décroissant :

L’excès de vitesse : 16 cas ;

La circulation à gauche : 15 ;

Le manque d’entretien : 05 ;

Le non respect de la distance de sécurité : 03 ;

Le sommeil au volant : 01 ;

Le dépassement défectueux : 01      

Guinéenews: est-ce que ces infractions au code de la route combinées à l’intensité du trafic et au caractère « tourmenté » et peu praticable du réseau routier de votre zone ne font pas monter vos statistiques d’accidents ?

Le chef d’escadron Yakhouba Soumah : sans doute, tous ces facteurs combinés ne sont pas pour favoriser une baisse des accidents. Mais vous savez c’est l’homme qui est au centre de tout. C’est lui qui utilise un véhicule sur une route. Il doit toujours adapter sa conduite aux circonstances, à l’état des lieux et au temps. Plus il est prudent et respectueux des règles, mieux la circulation se porte et plus il a la chance d’arriver sans accident à destination. Notre action au quotidien sur le terrain, repose sur la prévention. C’est ainsi que nous réussissons à réduire les risques d’accident. Au cours des huit mois de l’année en cours, nous avons enregistré les chiffres suivants :

Véhicules impliqués : 69

Privés : 59

Etat : 01

Motos : 09

Personnes tuées : 14 dont 03 femmes

Blessés graves : 55 dont 20 femmes

Blessés légers : 33 dont 15 femmes

Dégâts matériels importants : 45

Dégâts matériels légers : 16

Guinéenews : quels sont vos rapports avec les autorités et vos partenaires à tous les niveaux ?

Le chef d’escadron Yakhouba Soumah : une parfaite collaboration existe entre nous et les autorités administratives à tous les niveaux et aussi avec nos partenaires de terrain (police routière, armée, gendarmerie, syndicats, union, services de santé, assurances, médias, populations…)

 Guinéenews : un mot de conclusion à cet entretien

Le chef d’escadron Yakhouba Soumah: eu égard au caractère assez particulier de notre région, confrontée à de nombreux cas d’accident ou de braquage, nous sollicitons la construction d’un siège pour notre compagnie, le renforcement de notre unité en effectif, en moyens roulants et de communication (automobile et moto).

L’effet dissuasif de ces moyens nous garantit une meilleure prévention routière. En même temps cela nous permet d’assurer un contrôle plus efficace et plus constant de notre zone de contrôle qui couvre des centaines de kilomètres de routes de toutes catégories, souvent très éloignées de notre base ou très difficiles d’accès. Ce contrôle que nous effectuons intègre la lutte sans répit contre toutes les formes de délinquance ou de crimes qui surviennent sur le réseau routier en rase campagne. Cela comprend, au-delà des infractions au code de la route, le trafic de drogue, les produits prohibés, et les coupeurs de route. Notre commandement attache du prix à la poursuite de ces actions.

Pour atteindre ces objectifs, le soutien des populations à tous les niveaux nous est indispensable. Aussi allons-nous lancer un appel à toutes et à tous pour nous apporter toujours leur appui, en toutes circonstances. Cet appel s’inscrit dans la dynamique de la synergie instruite par le commandement.

La cause que nous défendons est la leur. Plus nous sommes soutenus, mieux nous réussissons notre mission de sauvegarde de la sécurité sur les routes en rase campagne.

 Entretien réalisé par Diao Diallo