La ministre de l’Economie: «le poids du passé nous empoisonne énormément et empoisonne aussi notre secteur privé»

09 novembre 2017 15:15:55
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En marge de la deuxième édition du forum international sur les Finances Publiques la ministre de l’Economie et des Finances, Maladho Kaba a tenu à mettre un accent sur le poids de la dette intérieure sur l’économie mais surtout le secteur privé.

Selon la ministre de l’Economie, le gouvernement a accompli de grands pas à travers l’organisation des audits, une action qui permettra de commencer à désintéresser ses créanciers.

«…Le poids du passé nous empoisonne énormément et empoisonne aussi notre secteur privé… La Guinée est un pays qui a un besoin important d’investissements. Car, la première richesse qui est la mobilisation des ressources intérieures n’est pas suffisante. Donc au-delà, il faut s’endetter. Il faut financer des investissements productifs pour permettre de faire croître le gâteau et qui, à son tour, permettra de rembourser demain cette dette pour ne pas hypothéquer l’avenir des générations futures », a-t-elle indiqué.

 Parlant de la coopération multilatérale, la ministre de l’Economie a martelé que la Guinée a procédé à une prise de conscience économique et financière face aux conditions d’accompagnement des institutions de Bretton-Wood. «La Guinée a aussi montré qu’elle ne suivait pas le FMI et la Banque Mondiale, l’accord que nous avons conclu récemment avec les services du FMI le prouve à qui mieux-mieux. Nous avons exigé un programme taillé sur mesure pour la Guinée et c’est ce que nous avons obtenu», a confié la ministre de l’Economie et des Finances qui estime qu’il est possible d’exiger que les appuis dont nous bénéficions soient les plus adaptés possibles à nos besoins pour pouvoir atteindre nos objectifs économique et social .

  • CONDÉ ABOU

    Je crois que l’Administration publique dans ce pays est une industrie à part en Afrique.
    Votre stratégie anéantit complètement le secteur privé en Guinée, et pour absolument rien du tout. Si vous restez sur ce régistre éternel du poids dit du passé, vous ne ferez aucun résultat dans ce pays qui continuera d’en souffrir inutilement. Votre approche tire le pays vers le bas, inutilement.

    Les Finances Publiques fonctionnent très mal. La preuve la plus palpable de ce que je dis se trouve sur le mode de gestion actuelle de la dette publique en Guinee d’une part et de l’autre dans la pénurie indescriptible de ressources fiscales dans les Collectivités décentralisées (Communes, Préfectures, et Régions).

    Vos solutions sont désastreuses et non innovantes pour l’Economie Nationale. Pourquoi ?

    J’aborde le sujet sur deux tables complètement différents et juste, à titre de comparaison:
    (1)L’Audit de la dette intérieure en Guinée et les résultats que tout le monde connait
    (2)L’Approche du règlement de la dette intérieure en Côte D’Ivoire, autrement dit comment le Gouvernement Ivoirien a définitivement tranché la même question dans ce pays au profit du Secteur Privé et parallèlement celle de la relance de l’Economie Ivoirienne qui va avec.

    Revenons sur le point de départ des contradictions.

    Qu’est que le Gouvernement Guinéen avait affirmé publiquement en Avril dernier à la suite de l’audit de la dette publique, et toujours sur le régistre de l’assainissement des relations entre l’Etat et le Secteur Privé ?

    D’abord selon le Communiqué du Gouvernement, il faut rappeler que l’audit avait porté principalement sur les transactions économiques au titre d’acquisition de biens et services et réalisation de travaux sur la base de contrats ou de simples factures pour le compte de l’Etat en attente de paiement.

    Sur une dette totale pré-identifiée par la Direction Nationale de la Dette de GNF 28.149 milliards GNF, l’audit à l’issue de sa mission a ramené ce montant à GNF 2.194 milliards GNF, avait annoncé la Ministre de l’Economie et Finances selon la Presse.

    Autrement dit, sur un simple calcul, en réalité près de 92,20% du portefeuille de la dette publique intérieure sont purement faux et fictifs.

    L’écart entre le montant initial de dossiers pré-identifiés et ceux retenus pour l’audit s’expliquerait selon les Auditeurs par :

    (1) Les dossiers non transmis par les structures concernées (Ministères et Directions)
    (2) Les erreurs de calculs ;
    (3) Des différences liées au taux de conversion utilisé entre le franc guinéen et les devises.

    Selon le Gouvernement Guinéen, cette dette est concentrée sur la dette commerciale née des marchés de travaux publics, des fournitures et prestations de services (86% des titres traités et 48% en valeur) et la dette résultant d’obligations financières suite à des condamnations judiciaires de l’Etat (8% des titres traités et 34% en valeur).

    Les deux autres catégories de dettes les plus importantes sont les dettes relatives à des dépenses engagées par d’autres entités que l’Etat (SOTELGUI, Communes, etc. soit 1% des titres traités et 7% en valeur) et le contentieux constituant un risque d’endettement pour l’Etat (2% des titres et 6% en valeur), détaille la note du Gouvernement.

    Sur un total d’arriérés de 2.193,541 milliards GNF, le travail de validation des titres a été chiffré pour cinq catégories de dettes (loyer, indemnisation, contentieux, décision de justice, autres dettes), à 791,684 milliards GNF, soit 36,1%.

    Le même Rapport indique que des créances invalidées peuvent être validées à la suite de rencontres avec les créanciers et/ou de contrôles effectués par l’administration.

    Le Rapport suggère comme première mesure d’utiliser les crédits disponibles dans la Loi des Finances Initiale 2017, à savoir 109,7 milliards pour engager un début de paiement des créanciers de l’Etat.

    Des discussions auraient été initiées avec les principaux partenaires dans le cadre des négociations sur les prochains appuis budgétaires afin de les porter sur l’apurement de la dette intérieure, apprend-on.

    Aujourd’hui, c’est à dire 7 mois après la communication du Gouvernement en Avril 2017, le même Gouvernement s’avise que le poids du passé nous empoisonne énormément et empoisonne le secteur privé !
    Quels sont les problèmes qui ont été règlés sur ce registre à date ? Quasiment rien du tout. C’est le surplace qui continue.

    MORALITE ET ELEMENTS DE COMPARAISON DE LA GESTION DE LA DETTE EN COTE D’IVOIRE ET EN GUINEE:

    (1)Dans quel pays au monde, l’Etat peut s’aviser que plus de 92% du portefeuille de la dette intérieure sont constitués de fausses pièces comptables et de faux contrats de marchés publics et autres, sans qu’aucune action judicaire ne soit entreprise contre une telle délinquance financière désinvolte, au cas où l’Etat est vraiment sûr que l’essentiel de ce qui lui est réclamé est faux ?

    Je ne sais pas où trouver l’explication qui tienne la route, pour comprendre cette logique absurde.

    (2)Ce que l’Administration Publique fait en Guinée, est tout le contraire de ce qu’il dit. Deux exemples:

    Les Bons du Trésor Public que l’Etat s’est engagé à payer pour l’opérateur économique Mr. Mamadou Sylla, sont juridiquement d’une validité inattaquable en droit et devant tous les Tribunaux du monde entier.

    Même dans 100 ans, cet engagement de l’Etat Guinéen restera juridiquement valide pour la simple raison qu’il est revêtu de la signature indiscutable du Gouvernement Guinéen. Peu importe que ce soit du temps de la 2ème République, quand la créance est née.

    Si vous refusez de les lui payer, en droit, vous créez de graves problèmes à venir pour l’Etat, puisque tôt ou tard, les taux d’intéret de retard coûteront extrèmement chers au Trésor Public.

    En clair, même si la dette n’est pas générée par la 3ème République, le refus de payer les Bons du Trésor Public à Mamadou Sylla, décrédibilise le marché financier Guinéen.
    C’est un danger pour le marche financier et qui aggrave le risque pour tout investisseur potentiel dans ce pays.

    Jamais le Secteur privé ne fera confiance à la signature de l’Etat Guinéen. Et c’est ce qu’il y a de plus catastrophique en laissant en l’état, la dette vis-à-vis de Mr. Mamadou Sylla.

    À supposer que vous ayez des doutes sur la moralité de cette créance, vous devez vous attaquez à l’Administration Publique ou à Mr. Mamadou Sylla ?

    J’ai tenu à rappeler son cas de figure, pour dire que la décision de l’Etat Guinéen sur ce dossier est indéfendable même dans 100 ans.

    Je suggère que l’Etat trouve un compromis, quel qu’il soit avec Mr. Mamadou Sylla pour apurer une créance qui engage directement la signature des Pouvoirs Publics puisqu’il s’agit de Bons du Trésor Public.

    Mais pas seulement. L’Etat Guinéen, aime trop souvent ferrailler en justice avec les investisseurs privés, y compris dans le secteur des mines, des Telecoms, l’Energie, les TP (le cas d’ENCO 5 dernièrement à Labe, etc…).

    Pourquoi, l’Etat s’attaque toujours au Secteur Privé, mais jamais à ses propres Fonctionnaires qui sont à la base de toutes les signatures ruineuses dans les marchés publics ?

    (2)L’arrêt brutal des relations entre l’Etat et les Universités Privées est-elle justifiable ?
    Pas du tout. La décision de l’Etat de rompre avec les Universités Privées n’est pas du tout justifiée. Et elle fait peur au Secteur Privé, pour la simple raison que ce sont des dizaines de milliards de GNF qui sont en jeu, sans oublier le sort reserve aux milliers de Jeunes Etudiants en quête de formation.

    Si le système de contrôle des programmes de formation n’a pas fonctionné dans les Universites Privées, cela est-il la faute de ces Universites ou celle des Fonctionnaires de l’Etat qui ont failli à leur mission ?

    Vous ne pouvez pas dire que vous soutenez le Secteur privé, au moment où vous le ruinez de façon inattendue. Comment voulez-vous que ce pays avance dans de telles conditions ?

    Quel que soit le jugement que l’Etat pourrait porter sur les relations financières avec les Universités privées et toute autre entreprise privée, l’Etat n’a aucune raison de donner un coup d’arrêt de mort à une entreprise en Guinée qui a déjà donné des preuves palpables de ses investissements pour l’Economie nationale.

    Un compromis à ce niveau en termes de désengagement graduel de l’Etat vaut 20 mille fois mieux qu’une rupture des relations qui ont été construites sur presque 2 décennies.

    Le cas de l’Université Koffi Anan et celui de tant d’autres sont les illustrations de la mauvaise approche économique du Gouvernement Guinéen.

    C’est un très mauvais signal que l’Etat envoie au secteur privé dans ce pays.

    Si vous parlez de l’empoisonnement de la dette publique par le passé, vous ferez mieux de regardez les décisions injustifiées de la puissance publique qui ruinent le pays inutilement alors que beaucoup de solutions alternatives existent entre les mains de l’Etat pour sauver le Secteur privé.

    Comment voulez-vous que le Secteur Privé ait vraiment confiance en l’Etat Guinéen sur la longue durée ? Qui est à la base de la création des contentieux interminables en Guinée ? Le Secteur privé ou quelques groupes de Fonctionnaires de l’Etat ?

    COMMENT EN DÉPIT D’UN CONTEXTE ÉCONOMIQUE EXTRÈMEMENT DIFFICILE, LA CÔTE D’IVOIRE A-T-ELLE TROUVÉ LA SOLUTION OPTIMALE À LA QUESTION DE LA DETTE INTÉRIEURE TRÈS LOURDE POUR SES FINANCES PUBLIQUES ?

    Réponse: Le Gouvernement Ivoirien est parti directement sur les Eurobonds, pour trouver urgemment les ressources financières qui manquaient au Budget national, afin de ne pas gripper la machine économqiue et bloquer la croissance économqiue.

    Il n’y avait pas d’autres solutions budgétaires optimales, étant donné que l’énorme gap budgétaire était lié à la chute inattendue des cours mondiaux du cacao et du café, et aux mauvaises conditions climatiques des 2 dernières années. Malgré tout, l’Economie Ivoirienne maintient sa première place sur le cacao, sur la banane, sur la noix de cajou et beaucoup d’autres cultures de rente.

    Sans compter les progrès très rapides sur la plupart des cultures vivrières et qui permettent de tirer aussi une bonne partie de la croissance économqiue en Côte D’Ivoire.

    Résultat: La confiance est intacte entre le Secteur Privé et le Gouvernement de la République de Côte D’Ivoire.

    Et c’est pourquoi, l’essentiel du Plan de développement actuel de 60 milliards de Dollars US est financé pour l’essentiel par le Secteur Privé Ivoirien et International.

    Voici le tableau général que brosse le Ministère Ivoirien de l’Economie et des Finances à ce sujet:

    En Septembre 2017, le Ministre de l’Economie et des Finances de Côte D’Ivoire, a présenté au Patronat Ivoirien, le point des paiements effectués par le Trésor public au profit des fournisseurs et prestataires de l’Etat, à la mi-Septembre 2017, sur toute l’étendue du territoire national.

    Au total, 734,88 Milliards FCFA, (soit environ 1, 3 Milliard de Dollars US) dont 232,6 Milliards FCFA prélevés sur les ressources de l’Eurobond, tel qu’ annoncé par le Premier Ministre, et 502,58 Milliards FCFA sur les ressources fiscales de l’Etat, ont été payés de Janvier à la mi-Septembre 2017 à plus de 5.000 entreprises dans l’ensemble de la Côte D’Ivoire.

    Les ressources de l’Eurobond ont été affectées aux fournisseurs et prestataires de l’Etat central, payés à hauteur de 211,4 Milliards FCFA, contre seulement 8,2 Milliards FCFA aux fournisseurs des collectivités territoriales et 12,4 milliards Fcfa à ceux des établissements publics nationaux (EPN).

    Au titre du renforcement des capacités des PME à créer de la richesse et des emplois:

    Ces règlements effectués en Juillet dernier ont bénéficié pour 67%, soit 153,8 Milliards FCFA, aux secteurs des infrastructures économiques, à l’éducation et à la santé.
    Ils ont profité à 3332 Entreprises individuelles et personnes morales de droit privé.
    Aussi, 2707 Entreprises détenant des créances de moins de 10 millions FCFA ont ainsi reçu 60,2 Milliards FCFA ;
    Sur le registre des petits montants, 1010 entreprises dont les créances se situent entre 10 et 100 millions Fcfa ont perçu 31,9 Milliards FCFA et 220 Entreprises disposant de créances au dessus de 100 millions Fcfa ont encaissé 111,9 milliards FCFA.

    Concernant les paiements effectués sur les ressources fiscales de l’Etat, le Ministère de l’Economie et des Finances de Côte D’Ivoire, a indiqué que les 502,58 Milliards FCFA ont été payés aux entreprises de Janvier à Septembre 2017.

    « L’objectif, c’est de permettre aux entreprises, notamment aux PME, de disposer de trésoreries nécessaires au renforcement de leur contribution à la création de richesses et à la lutte contre la pauvreté ainsi que le chômage des jeunes », souligne le Ministre de l’Economie et des Finances Ivoirien.

    Le Président de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), qui venait de recevoir des mains du Ministre les justificatifs des paiements effectués sur les ressources de l’Eurobond n’a pas caché sa satisfaction.

    Pour lui, l’apurement d’une partie significative de la dette intérieure vient soulager financièrement les entreprises. Il a salué la transparence qui a entouré l’opération et soutenu que ce geste intervient à quelque trois jours de la CGECI Academy qui s’ouvrait le 29 Septembre, axé sur le thème central : « Devenir un champion national. »

    Le Président de la CGECI pense justement que pour favoriser l’éclosion de champions nationaux, une part importante de responsabilité incombe aux entreprises elles-mêmes, l’atteinte de cet objectif passe nécessairement par un engagement fort de l’Etat.

    « Pour construire des champions nationaux, il faut que l’Etat attribue une partie de ses offres à des entreprises locales et paie, à la fin, ces commandes. Sinon il fragilise ces entreprises en mettant à mal leur trésorerie », a interpellé le Président de la CGECI.

    CONCLUSION:

    Il est de l’intérèt du Gouvernement Guinéen de changer une politique budgétaire qui ne fonctionne pas du tout. Le Gouvernement devrait changer d’approche économique en rectifiant la gestion des contentieux actuels qui plombent les relations entre le Secteur Public et le Secteur Privé en Guinée.

    Il est inconcevable que la crise notoire des ressources budgétaires s’éternise dans les Collectivités décentralisées, les Communes, les Préfectures et les Régions.

    Pourquoi avoir supprimé l’impôt per capita en Guinée ? Informez le Président de la République de la réalité du fonctionnement des budgets locaux et régionaux pour le convaincre d’une décision dans ce sens pour le bien de toute la Nation.

    Autant la confiance sera de retour entre l’Etat et le Secteur Privé, autant le Secteur Privé et l’Etat pourront tous tirer profit de la relance de l’Économie en rendant le climat des affaires plus attractif aussi bien pour les opérateurs économiques qui sont sur place que pour leurs correspondants et partenaires internationaux qui se trouvent éparpillés aux quatre coins de la planète.

    Quant aux relations “nouvelles” avec le FMI et la Banque Mondiale, qu’est-ce qu’il y a d’innovant pour la Guinée ? Absolument rien du tout. Pourquoi ?

    Depuis la fin des programmes d’ajustement structurel, c’est à dire à la fin des années 80, le FMI et la Banque Mondiale ont fait dès le début des années 90, ce qu’ils appellent le 3ème grand switch depuis leur création.

    Le FMI ne dicte plus jamais à aucun pays du monde, ce que celui-ci devra faire en termes d’ajustements macro-économiques, de politiques sectorielles ou de stabilisation des Finances publiques. Il ne joue plus qu’un rôle de facilitateur et de conseiller économique.

    Le FMI ne demande plus à aucun un pays de mettre dans les rues des milliers de Fonctionnaires ou d’employés pour donner du souffle aux Finances Publiques ou rétablir les grands équilibres budgétaires.
    Cela est terminé, et tous vos interlocuteurs de Washington en font leurs règles de conduite partout où ils interviennent aujourd’hui dans le monde.
    Quel est l’exploit de la Guinée dans ce sens aujourd’hui ? Rien du tout.

    Merci pour la courtoisie de Guineenews et bonne journée de Vendredi chez vous.