Kankan: quand se procurer d’un bétail devient un casse-tête pour des fidèles musulmans

29 août 2017 16:16:51
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Les années se suivent et se ressemblent à Kankan pour les fidèles musulmans appelés à trouver le mouton de la tabaski. Les animaux principalement importés des pays sahéliens, sont hors de portés à cause de leurs prix.

Sur le principal parc animalier de Dalako, dans la commune urbaine de Kankan, les prix des moutons importé du Mali, très prisés à cause de leur gabarit, varient entre 700 000 GNF et 1 800 000  GNF. Quant aux bœufs, ils sont vendus entre 2 500 000 GNF et 5 500 000 GNF.

Et comme toujours, l’argument mis en avant par les vendeurs de ces animaux, c’est la dépréciation du franc guinéen face aux CFA.  Bourlaye Camara qui est un vendeur d’animaux à Dalako justifie la cherté des prix des moutons par les fluctuations du taux de change et le coût du transport.

« Nous importons nos animaux du Mali. Et là, il faut faire avec la cherté du CFA, le transport et les nombreuses dépenses sur la route », explique M. Camara et d’ajouter : « comme nous pratiquons le commerce pour avoir un peu. Nous sommes obligés de vendre à ces prix que certains clients estiment chers.

Il faut préciser dans ce contexte de hausse et paupérisation, certains fidèles se rabattent sur l’appui financier de leurs fils et ou proches parents nantis vivant à l’étranger  pour s’assurer leur mouton de tabaski. Mais d’autres pour contourner cette cherté des prix du mouton, s’associent en groupe de 5 ou 7 pour acheter un bœuf.

C’est en tout cas la solution idéale pour Ousmane Camara et Lanciné Traoré, qui se seraient associés à 5 autres voisins pour trouver un bœuf. « Avec la conjoncture qui bat son plein, je n’ai pas pu m’acheter un mouton. Mais comme la religion musulmane autorise qu’on s’associe en groupe de 5 ou 7, j’ai opté pour cette alternative afin de faire face à cette obligation religieuse », explique M. Traoré.

Avec cette conjoncture économique extrêmement difficile à Kankan, la tabaski est devenue  nombreux musulman un véritable casse-tête. Outre la ruée des ressortissants vers Kankan, une certaine effervescence se ressent dans les marchés, salons de coiffure et autres ateliers de coutures.

Nous y reviendrons !

  • CONDÉ ABOU

    Ce vrai casse-tête pour les musulmans pourrait bien trouver une solution alternative très efficace si les pouvoirs publics, notamment le Gouvernement, changeaient de politique au niveau du secteur de l’Élevage et de la commercialisation du bétail. Ce secteur est pour le moment loin de faire face à la demande en Guinée et c’est ce qui explique en bonne partie la hausse vertigineuse des prix.

    Comment pourrait-on changer la situation actuelle en cassant les prix du bétail ? En s’inspirant d’un cas de réussite et d’organisation de la commercialisation du bétail et particulièrement des ovins, aussi bien à l’occasion des grandes fêtes réligieuses, que durant tous les 12 mois de l’année, tel que cela se passe au Sénégal.

    Je m’explique. Le Sénégal est un pays Sahélien comme tous ses voisins. Mais comme il enregistre encore de très importants déficits dans son secteur de l’Élevage, à l’occasion d’une fête comme celle de la Tabaski, le Gouvernement a négocié les importations de bétail avec 2 pays très excédentaires sur ce plan, comme la Mauritanie et le Mali. En quoi faisant ?

    (1)En chiffrant d’abord les besoins exacts du marché. Les besoins du Sénégal en moutons pour la fête de la Tabaski 2017 et qui sera célébrée le 1er Septembre prochain sont estimés à 750.000 têtes. Une demande largement supérieure à l’offre locale actuelle. Du coup, le Sénégal s’est rabattu sur ses deux voisins. Une aubaine pour les éleveurs de mouton de race et vendeurs Mauritaniens et Maliens.

    Bien entendu, les taxes douanières, les faux frais et les extorsions constituent comme partout en Afrique, d’importants goulots d’étranglement pour les opérateurs. Pour remédier à cette situation, ils n’ont qu’une seule alternative : augmenter les prix des moutons une fois arrivés au Sénégal.

    (2)Ensuite, le train de mesures fiscales mis en place. L’exonération des prélèvements de taxes au niveau des frontières est venue mettre fin à toutes les vieilles pratiques du passé et qui constituaient les principales causes de pénurie de moutons au Sénégal.

    (3)Outre la suppression des taxes douanières, les autorités Sénégalaises ont pris d’autres mesures. Une trentaine de sites de vente ont été aménagés sur différentes parties du territoire national au niveau des marchés de bétail pour permettre aux vendeurs et éleveurs étrangers (Maliens et Mauritaniens) de sécuriser leurs animaux.

    (4)La Ministre Sénégalaise de l’Elevage et des productions animales est partie négocier sur place au Mali et en Mauritanie du 10 au 16 août 2017 les conditions d’importation du bétail dans ce même sillage. La tournée de près d’une semaine a été l’occasion pour la Ministre Senégalaise de présenter aux opérateurs les différentes mesures prises afin de faciliter l’approvisionnement du marché Sénégalais en moutons.

    Cette mission lui a permis de rencontrer ses homologues Maliens et Mauritaniens de l’Elevage, des Transports et du Commerce et de visiter différents marchés à bétail dans ces deux pays selon un communiqué de presse du Ministère Sénégalais de l’Elevage et des productions animales.

    Ce sont ces différents efforts conjugués qui ont permis en 2017, aux éleveurs étrangers d’entrer tranquillement au Sénégal et de vendre leurs moutons dans de bonnes conditions, et par ricochet, éviter la pénurie de l’année dernière.

    Moralité:

    (1)Contrairement aux années précédentes, la commercialisation du bétail en prélude à la fête de Tabaski du Vendredi 1er Septembre prochain, se porte très bien jusqu’à présent.
    Non seulement les prix ont été stabilisés, mais dans certaines localités du pays comme Bignona et Sédhiou en Casamance, l’offre est devenue largement supérieure à la demande, selon la Presse Sénégalaise.

    (2)Pourquoi, ce bel exemple de réussite commerciale, ne devrait-il pas servir de source d’inspiration en Guinée pour les années à venir, aussi bien pour les grandes fêtes réligieuses que pour toutes les autres période de forte demandes de bétail durant l’année afin de réguler le marché et casser la hausse des prix du bétail ?

    L’Etat Guinéen subventionne les prix des billets d’avion pour aller à la Mecque en facilitant le voyage et le séjour des compatriotes qui s’y rendent. Pourquoi, ne pas envisager un train de mesures à l’identique pour aider aussi, ceux qui restent sur place au pays pour organiser les mêmes fêtes réligieuses ?

    C’est une question de justice économique et de stabilisation des prix sur le marché Guineen. Ni plus, ni moins.
    Bonne fête de Tabaski dans le Batè, Cher Monsieur Barry Amadou Timbo et merci pour la courtoisie de Guineenews.