Kankan: quand le coût du Kou (Igname) devient un coup d’arrêt à la consommation locale

30 septembre 2017 14:14:31
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L’igname est un des nombreux tubercules produits dans onze des douze sous-préfectures de Kankan. Et depuis un peu plus d’un mois, sa commercialisation a commencé aussi bien avec les grossistes dans les magasins de stock au marché Dibida qu’avec les détaillants qui sillonnent la ville.

 

Mais le hic, c’est que l’igname est devenue de plus en plus inaccessible à la bourse des citoyens moyens en raison de la flambée vertigineuse, année après année, de son prix.  Tenez, à ce jour, 5 à 6 tubercules d’ignames sont revendus entre 20 000 et 40 000 Francs guinéens, selon leurs tailles.

D’après les opérateurs locaux de cette filière, plusieurs contraintes seraient à l’origine de cette cherté du prix de ce produit. Outre les difficultés d’accès aux zones de production, des vendeuses d’igname au marché Dibida à l’image de Missiraba Camara, Saranba Keïta et Nana Konaté,  accusent les producteurs  depuis les champs d’être à l’origine de cette hausse du prix de l’igname.

«C’est à partir des marchés hebdomadaires que nous nous approvisionnons. Mais là, nous achetons un tubercule entre 8 000 et 8 500 Francs. C’est sur ces prix que nous ajoutons les frais de transports et la manutention pour revendre ici à Kankan, 5 à 6 ignames entre 20 000 et 40 000 Francs en fonction de leurs grosseurs », explique dame Nana Konaté.

Ceci étant, la grande consommation de l’igname par les Kankanais s’est drastiquement résorbée. Désormais, ces tubercules seraient en grande partie transportés vers Conakry et certains pays voisins de la Guinée (Mali, Sénégal, Guinée-Bissau etc.)

Mais à ce niveau aussi, la concurrence des producteurs de la région forestière (Macenta) et le relèvement du niveau de la production en République du Mali aurait notamment contribué à détourner la clientèle Malienne et de Conakry, apprend-on.

D’où la nécessité pour le gouvernement guinéen d’apporter incessamment un soutien concret à la filière locale d’igname afin d’éviter son extinction tôt ou tard, a plaidé Sébory Konaté, un des opérateurs de ce produit à Kankan.

En attendant cette improbable assistance de la part de l’Etat, l’igname, jadis très prisée dans les foyers de Kankan comme petit déjeuner, est en passe d’être supplantée par le haricot, le pain et ou le Lafidi.

En tout cas, l’igname ancrée depuis des lustres dans les habitudes alimentaires  des kankanais ainsi que toutes ses périodes fastes  telles que ‘’Kankan kougbè’’, c’est-à-dire l’igname bouillie, fade, sans assaisonnement très prisée à Kankan ou ‘’IPKou’’, allusion faite à la très grande consommation, dans le temps, de l’igname par les services de restauration de l’université de Kankan, autrefois appelée IPK (Institut Polytechnique de Kankan), est bien partie pour s’inscrire, si rien n’est fait pour sauver le secteur, sur la liste des produits agricoles vivriers menacés d’extinction surtout en raison des effets conjugués du marasme économique, de la pauvreté et du chômage de masse qui frappe de plein fouet la population

  • CONDÉ ABOU

    Cher Monsieur Amadou Timbo Barry, quand vos lecteurs que vous-même aviez contribué à rendre assidus sur cette tribune de Guineenews, se taisent sur les évidences qui crèvent les yeux en Guinée, ne croyez pas qu’ils ne comprennent rien ou ne voient rien.

    C’est la mort dans l’âme que l’on voit chaque jour, ce pays partir à la dérive économique, à cause tout simplement des mauvais choix de politique économique de ses propres dirigeants depuis des décennies.

    Six ou même 5 ignames à 40.000 Francs Guinéens, soit moins de 5 Dollars US, c’est incroyable et c’est le monde à l’envers !

    Les consommateurs d’ignames de Kankan se trouvent au Pays de cocagne, tellement je ne peux m’imaginer à quel point ils sont heureux et gâtés par les producteurs de ce tubercule. Un vrai Pays de cocagne, Cher Monsieur Barry.

    Soyez certain que c’est la mort dans l’âme que l’on regarde de façon impuissante, ce qui se passe en Guinée, un pays agricole par excellence et qui se ruine tous les jours, alors que tout le potentiel naturel existe pour que ce pays vive mieux que tous ses voisins.

    Je peux vous assurer que j’ai acheté il n’y a même pas 2 semaines une igname dans le Shopping Center du quartier ici à 11 Dollars US ! À prendre ou à laisser. Et elle était de la même dimension que celle des ignames de Kankan que je vois sur votre cliché ci-dessus.

    Faites votre calcul, cela veut dire, une seule igname à pas moins de 100.000 Francs Guinéens, alors que dans le cadre de l’AGOA, tous les principaux produits agricoles de base, venant d’Afrique, ne sont taxés d’aucun centime de droit de douane à leur entrée sur le territoire des Etats Unis !

    Comprenez à quel point, nous sommes ruinés ici par les Commerçants Ghanéens et Chinois qui amènent l’igname depuis le Nord du Ghana, à la frontière du Burkina Faso et du Niger. Leur huile de palme, leur beurre de karité, leur banane plantain, leur manioc, ou la banane de table, n’ont absolument rien à envier à celles de N’Zérékore, Macenta ou Yomou.

    Les mangues vendues par les mêmes sorciers Ghanéens et Chinois ne peuvent même pas se comparer aux mangues de Siguiri (au village de Saint Alexis), ou aux mangues de Kindia (Friguiagbé). Idem pour l’arachide fraîche et autres, la noix de cajou, les avocats, le citron, le néré, et les noix de coco, les feuilles de manioc et les feuilles de patates douces.

    Les seuls produits agricoles qu’ils ne sont pas pour le moment capables de faire venir d’Afrique, ce sont les laitues et la tomate fraiche.

    Et vous ne pouvez pas du tout croire à quelle vitesse j’allais dire, tous ces produits agricoles s’écoulent ici comme de petits pains, pour les besoins de consommation de tout le monde, y compris les Latino-Américains, les Asiatiques, les Camerounais, Nigerians, Congolais, Ivoiriens et même beaucoup de Blancs que je rencontre régulièrement dans ces boutiques tenues jalousement par les Ghanéens et les Chinois ici. C’est incroyable.

    Si vous doutez un seul instant de ce ce que je vous raconte, allez sur internet et consultez tous les prix des produits agricoles que je viens de vous énumérer. Vous n’allez pas croire quel argent fou, brassent les Ghanéens et les Chinois dans ce pays.

    Moralité:
    Comment voulez-vous ne pas souffrir dans votre âme, lorsqu’en dépit de toutes les opportuinités offertes par le marché Américain à travers les mécanismes de l’AGOA, vous constatez par vos propres yeux que la Guinée ne puisse tirer aucun profit des mille et une opportunités au coeur même du pays du Dollar Roi ?

    À l’allure où les populations Guinéennes s’appauvrissent de jour en jour, même si les producteurs locaux vendaient leur igname à 1.000 Francs Guinéens, le consommateur criera toujours à l’escroquerie et au cynisme des paysans. Alors qu’il n’en est absolument rien du tout.

    C’est tout simplement parce que le pouvoir d’achat du citoyen ordinaire ne fait que tomber de jour en jour. Il n’existe aucune autre explication économique au phénomène, en dépit des discours creux et des fables autour des taux de la croissance économique en Guinée.

    Sinon, pourquoi, depuis des générations maintenant, des millions de gens venus du Sahel, continuent d’aller s’installer en Côte D’Ivoire et au Ghana ? C’est à cause de la qualité et de l’abondance de la bouffe et aussi de l’assurance d’y manger à sa faim sans aucun souci majeur du pouvoir d’achat ou de la bourse individuelle.

    En dehors de cette évidence, personne n’aurait envie d’aller à Abidjan ou à Accra rien que pour aller regarder les gratte-ciels ou les autoroutes aussi superbes qu’ils soient et qui y poussent tous les jours que Dieu fait.

    À contrario, la bauxite ne se mange pas et les conditions actuelles de sa production et de sa commercialisation, continueront de ruiner les populations Guinéennes dont les problèmes de base ne seront jamais résolus. C’est cela les conséquences lamentables du culte des mines et qui devient chaque jour un peu plus, le centre de gravité des politiques économiques de ce pays.

    Voilà pourquoi, les souffrances du consommateur en Guinée, ne sont pas près de finir de si tôt. Tant que l’économie agricole, la pèche, et l’élevage ne seront pas au centre des vraies préoccupations des dirigeants, pour faire des bonds en avant vérifiables, ce pays ne sortira pas de l’auberge .

    Nulle part au monde, l’on a appris que les gisements miniers se mangent. Ils ne se mangent pas, et c’est une certitude.

    Bonne journée Cher Monsieur Amadou Timbo Barry et merci pour la courtoisie de Guineenews.
    Dieu bénisse et sauve les paysans de Guinée des politiques publiques ruineuses actuelles et sans lendemain pour le bien être de nos compatriotes.