Justice: sans salle d’audience ni pénitencier depuis 10 ans à Koubia, le juge de paix lance un cri du cœur

21 septembre 2017 11:11:53
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Depuis maintenant dix ans, la préfecture de Koubia, située à l’est de Labé est dépourvue de toutes infrastructures judiciaires. En effet, le palais de justice et la prison civile ont, entre autres, été saccagés lors des violentes manifestations enregistrées en janvier 2007 sur toute l’étendue du territoire national. Dix ans après, rien n’a été fait pour remettre en place ces infrastructures plus que nécessaires, a appris Guinéenews©.

Ainsi, détenus sont déférés d’urgence à Labé pour, soit en attendant leur jugement, soit pour purger leur peine. Monsieur Ibrahima Kanfory Camara, le juge de paix de Koubia explique le calvaire auquel son service est confronté : « ce n’est pas facile. Parfois, nous payons le transport des détenus de Koubia à Labé. Ensuite, ce sont des OPJ (officiers de police judiciaire) qui se débrouillent comme ils peuvent pour pouvoir envoyer ces gens-là à Labé pour qu’on puisse faire le jugement. L’État nous a nommés et nous essayerons d’être à la hauteur de cette confiance malgré ce manque criard d’infrastructures.»

Après le vandalisme sur des infrastructures judiciaires à Koubia, un vide s’est installé de 2007 à 2014. Un intervalle qui a permis à plusieurs administrateurs locaux de s’ériger en juge dans leurs localités respectives. En plus de tout cela, la préfecture de Koubia est confrontée à un manque criard d’agents de sécurité soutient, le juge de paix Kanfory Camara.

«Pour toute une préfecture, il n’y a pas plus de cinq gendarmes et n’y en a pas plus de quatre policiers. Il y a des sous-préfectures où il n’y a aucun agent même un bénévole. Ce n’est pas facile. Nous sommes venus à un moment où les gens n’avaient pas la culture de la justice. Donc, imaginez depuis 2007 jusqu’à 2014, les autorités de ces localités étaient devenus vraiment de véritables juges. Cela n’est pas sans conséquence. Juger une affaire à Koubia, cela allait être un moyen pour la population d’être informée et d’être instruite par rapport à certains agissements réprimés par nos lois. S’il faut délocaliser les audiences de Koubia à Labé, c’est seulement les parties concernées qui viendront. Et le reste de la population ne sait pas ce qui se passe. Parfois dès qu’on délocalise, ils vont dire on les envoie à Labé pour les libérer», déplore le juge de paix, Ibrahima Kanfory Camara.

Avant de finir son témoignage, il a tenu à lancer un appel aux autorités locales de Koubia  pour que celles-ci évitent de se substituer à la justice.