Issa Kouyaté à la tête de la chambre d’agriculture de Faranah: un choix qui ravive les tensions au sein de la paysannerie locale

04 juillet 2017 13:13:38
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Très en colère après avoir fermé un magasin étatique de stockage d’intrants agricoles, les responsables des organisations paysannes (Groupements, Unions et Paysans leaders) des 11 Sous-préfectures et de la commune urbaine de Faranah ont tenu le 2 Juillet une réunion extraordinaire à la Maison des jeunes de Faranah. Objectif, élargir l’information à l’ensemble des agriculteurs de Faranah sur la menace dans les jours à venir d’une manifestation contre la nouvelle nomination du président par intérim de la chambre préfectorale d’agriculture de Faranah.

«Nous préférons la mise en place d’un bureau de transition à l’unanimité de tous les agriculteurs que de nous imposer quelqu’un. Nous menaçons de manifester si notre proposition de mise en place de ce bureau de transition n’est pas respectée », préviennent ces responsables paysans qui réclament le départ immédiat et sans condition du tout nouveau président par intérim de la chambre préfectorale d’agriculture nommé par la chambre nationale d’agriculture guinéenne.

Le remplaçant de l’ancien président Djiba Tounkara qui a été destitué par la chambre nationale et accusé par le collège des agriculteurs d’un détournement d’un milliard cinq cent millions de francs guinéens (1 500 000 000fg) ne doit pas être choisi par quelqu’un d’autre sauf nous les agriculteur, ont-ils mis en garde.

Actuel président du bassin du fleuve Niger, ancien maire de la commune urbaine de Faranah et ancien SAAF de la DPE de Faranah, Issa Kouyaté est le nouveau président par intérim de la chambre préfectorale d’agriculture dont la nomination a mis le feu aux poudres. Celui-ci est traité de tous les noms d’oiseaux par ces exploitants agricoles et continue à être l’objet de toutes les attaques et commentaires dans la ville.

Interrogé, le président de l’union pour la production agricole et la protection de l’environnement, a, au nom de ses pairs, Bobodi Moussa Condé signe et persiste: «nous ne voulons pas de Issa Kouyaté à cause de son passé. Car, son bilan est négatif sur toute la ligne et sa nomination est comme si on nous enlevait dans un trou pour nous en foncer dans un puits.»

Poursuivant, il précise que toute proposition contraire à celle du collège des agriculteurs, sera purement et simplement rejetée par ledit collège.

Pour sa part, la présidente du groupement JOSEMAR, Yaka Sanoh a, au nom des femmes paysannes, apporté leur soutien aux hommes.

Tour à tour, les paysans présents à la rencontre ont, à l’unisson, réaffirmé leur engagement à manifester et aller même en prison si leur revendication n’est pas prise en compte.

Pour ces agriculteurs, la nomination de El hadj Issa Kouyaté sans leur avis, dénote la mauvaise volonté de la chambre nationale et certaines autorités de pas aider les agriculteurs de Faranah.

La réplique de Elhadj Issa Kouyaté, le nouveau président par intérim contesté de la Chambre

Dans un souci d’équilibre, Guinéenews est allé rencontrer le nouveau président par intérim controversé de la chambre préfectorale d’agriculture de Faranah, El hadj Issa Kouyaté qui nous sa part de vérité.

« Ma nomination à ce poste me procure une satisfaction morale puisque c’est une charge aussi que je dois supporter au fur et à mesure. Faranah est dans le rang des préfectures qui restent très endettées au niveau de la chambre nationale. Ces dettes sont au-delà de sept cents millions de francs guinéens. Le président de la chambre nationale a cru devoir corriger cette situation en suspendant d’abord le président préfectoral qui exerçait et me nommer par intérim pour assumer la gestion des intrants qui doivent être mis à la disposition de la population paysanne. Quand j’ai eu cette confiance de El hadj Bobo Diallo, vraiment, j’étais content d’avoir cette place mais aussi j’avais déjà la conscience que je devais corriger beaucoup de défaillances au niveau de la gestion des intrants à Faranah », a-t-il déclaré.

Poursuivant, il précise : « mais après, je me suis rendu compte que ceux auxquels j’ai fais part, surtout les politiciens (les 2 sections du RPG-Arc-en-ciel), se sont braqués contre moi et se sont ligués avec l’Union des Groupements agricoles. Ce n’est pas deux groupements téléguidés par des politiques qui peuvent remettre en cause la décision de la chambre nationale. C’est pourquoi je ne suis pas ébranlé lorsqu’on me dit que ma nomination est contestée par ces deux groupements. Les paysans que nous savons paysans, éleveurs, artisans, pêcheurs en totalité, se trouvent dans les sous-préfectures. Les sous-préfectures sont venues exprimer leur joie, leur engagement à m’accompagner dans l’exercice de ma fonction. Les gens veulent tromper la population, l’opinion publique. La chambre nationale n’est pas politique, c’est une chambre consulaire qui gère tous les paysans de tous les partis de toutes les couleurs. C’est un non-lieu, un non-évènement. C’est du vide, du tam-tam, de la flute. Donc, il n’y a rien de sérieux dedans sauf l’ambition démesurée de l’égoïsme. C’est l’égocentrisme politique.»

A noter que ces revendications des paysans ne datent pas d’aujourd’hui, elles remontent jusqu’au mois d’avril 2014. Depuis cette date à nos jours, la tension est toujours vive entre la chambre préfectorale d’agriculture et le collège des agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et forestiers.  Mais aucune solution n’est trouvée par les autorités en place.

Comment ont commencé ces revendications?

 Selon Bobodi Moussa Camara, le collège des agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et forestiers avait adressé une demande de compte rendu des années 2011, 2012 et de 2013 à l’ancien président Djiba Tounkara. Chose qui n’a pas été faite. Pour eux, cet homme ne peut plus représenter les paysans. C’est pourquoi, ils ont écrit le 10 mai 2014 au préfet d’alors une lettre qui demandait la destitution de la chambre préfectorale d’agriculture avec neuf points de revendications.

Facély Kalman Keita, depuis Faranah pour Guinéenews.