Interview- vérité : Lamine Guirassy à cœur ouvert, sans langue de bois (1ère partie)

28 août 2017 5:05:23
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A l’orée de chaque saison, le patron du Groupe Hadafo Médias, Lamine Guirassy, se prête à nos questions, en abordant tous les sujets même ceux qui fâchent, avec le franc-parler habituel. Cette année encore, il n’a pas dérogé à la règle. Preuve que l’homme, contrairement à nos politiques, n’a pas peur des questions.

En fait foi d’ailleurs cette interview-vérité, qu’il a bien voulu nous accorder, ce dimanche 27 août à 18h, depuis le quatrième étage de ses locaux. En quarante minutes, l’animateur- vedette de l’émission « Les Grandes Gueules » s’est exprimé.

Dans cette première partie, par exemple, celui qui fut désigné en 2016 parmi les cent les plus influents du continent, a évoqué les surprises de la saison 2017, l’extension de son empire média, la montée satellitaire, les réformes en vue, le bilan…

Dans la deuxième partie, il a abordé des thèmes comme le troisième mandat, le remaniement du gouvernement, son avenir, sa vision de la politique guinéenne…. Et même pourquoi, il aime tant rire…

Guinéenews : le 4 septembre prochain, le groupe Hadafo Médias fera sa rentrée 2017. Mais curieusement, cette rentrée démarre en plein remaniement du gouvernement Youla. Est-ce que la nouveauté, cette année, c’est le ministre Lamine Guirassy, qui sera l’invité-vedette de l’émission « Les Grandes Gueules » ?

Lamine Guirassy (il rit aux éclats) : chaque année, tu me joues le même coup mais je dis non, non, non. Je dis souvent que chacun a son rôle. Moi, je suis un ouvrier. Donc, je ne pense pas que cela soit le cas. Je dis Non, non, non, non, non, non !

Guinéenews : tant mieux, c’est quoi la surprise alors ? En 2016, on le sait, la surprise, c’était le passage du premier ministre, Mamadi Youla, dans les « GG ».

Lamine Guirassy : on était censé avoir le président Alpha Condé à la rentrée. On en avait parlé avec lui, lorsqu’il avait invité tous les médias au mois de ramadan. Avant mon voyage pour les USA, j’avais eu des discussions avec Tibou Kamara pour voir comment caler tout ça. A mon retour aussi, j’ai fait la relance. J’avais acquis le principe d’enregistrer l’émission mais cela ne me convenait pas. Puisque l’émission se fait en direct. Plus, les questions des auditeurs. Mais à la dernière minute, on m’a fait comprendre que le président ne sera pas là le 4 septembre.

Donc, pour vous répondre, la nouveauté de cette année, ce sera plus de pugnacité. Aujourd’hui, quand vous prenez la classe politique, même les interviews, on a rien à la fin du compte. Donc, c’est à nous de les réveiller. Est-ce pour autant la recréation est terminée ? Gros point d’interrogation. Notre souhait était d’avoir le président Alpha Condé dans le studio de la radio Espace FM. Maintenant, que cela ne se fera pas, on verra. Peut-être qu’il viendra en cours de saison.

Guinéenews : c’est quand même curieux, que le président Alpha Condé, qui accorde des interviews aux médias étrangers, on l’a écouté une fois dans une radio privée du Burkina Faso, pourquoi refuserait-il de passer chez vous ? Est-ce parce que vous êtes au quatrième étage ? Mais qu’est-ce qui ne va pas au juste ?

Lamine Guirassy : qu’est-ce qui ne va pas ? Seul lui peut vous répondre mais je pense qu’il faut d’abord qu’on se respecte, nous les journalistes. Je discutais avec une personne, qui m’a posé la même question. Elle m’a dit que le président est allergique à la presse, qu’il s’énerve pendant ses conférences de presse. J’ai répondu en disant qu’il s’énerve parce qu’on ne se respecte pas au sein de la corporation. Parce que je ne peux pas comprendre que le président Alpha Condé soit invité à RMC à 6 heures du matin, tout simplement parce que ces confrères-là se respectent. Maintenant, pourquoi ce désamour chez nous ? Je sais que Tibou Kamara essaye ; tant bien que mal, de réconcilier le président avec la presse, mais je pense que si au sein de notre corporation, on est divisé ou certains rapportent d’autres, c’est un peu compliqué. Je parle en connaissance de cause. Je le dis parce que plusieurs choses se sont passées entre Hadafo Médias et le gouvernement ou entre Hadafo Médias et la présidence de la république. Chaque fois, ce sont des incompréhensions. Ils nous accusent de ne pas aller à la source. Vous rappelez-vous le tollé, quand nous nous sommes interrogés, en dix secondes, si le président de la république n’était pas malade ?

Guinéenews : effectivement, à l’intention de nos internautes, vous aviez été menacés.

Lamine Guirassy : tout le monde a été appelé sauf moi. Moi, je l’ai rappelé, je lui ai envoyé un message mais il n’a jamais rappelé. Les gens ont voulu seulement envenimer la situation. Sinon, on n’en a jamais parlé, lui et moi. Le problème, c’est quand vous considérez un journaliste comme votre adversaire du jour au lendemain. Parce que je n’ai pas compris, quand il a fait sa sortie au marché Bonfi pour me lancer un défi, en disant que je le critique à la radio. Il m’a invité de marcher avec lui jusqu’à Coyah. J’aurais bien voulu le faire. Mais je pense qu’il ne nous respecte pas parce que, nous-mêmes, nous ne nous respectons pas, c’est le problème. Malheureusement, dans la corporation aussi, il y a des spécialistes, qui vont aller le voir pour raconter des salades. Lui-même, il ne va pas à la source.

Guinéenews : tout à l’heure, vous avez dit que vous étiez parmi les journalistes, invités à la présidence pour la rupture du jeûne. Mais lors de cette rencontre, avez vous eu le temps d’échanger avec le président Alpha Condé ?

Lamine Guirassy : c’est un scoop que je vous donne. Ce jour-là, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire. Parfois, les gens se demandent pourquoi la Haute autorité de la communication s’acharne contre Hadafo Médias. D’aucuns pensent que les instructions viendraient du président. Or, c’est tout le contraire parfois. Ce jour-là, j’étais très surpris de venir à ce dîner. Il y avait la présidente de la HAC. Quand le président m’avait invité de venir à sa table, il fallait voir le visage de la présidente de la HAC. J’ai aussitôt compris qu’il y a des gens qui agissent au nom du président. Or, au fond, le président n’est au courant de rien parfois.

Guinéenews : à part la rentrée proprement dite, qu’est-ce qui va changer en 2017 pour vos auditeurs et votre personnel ? Quelles sont les grandes réformes en vue ?

Lamine Guirassy : cette année, les « Grandes Gueules » passeront du lundi au jeudi. Lors de notre dernière tournée, nous avons compris combien nos auditeurs ont envie de parler. Malheureusement, notre émission n’a pas instauré cette interactivité. Nous relayons nous-mêmes les SMS et les réactions sur les réseaux sociaux.

Le vendredi, nous aurons la nouvelle émission, « Les Vrais Gens », que nous avons expérimentée lors de notre dernière tournée en région forestière. Dans cette émission, les auditeurs auront la possibilité de réagir pour dire ce qu’ils pensent.

L’autre nouveauté, c’est le direct à la télévision. Pour nous, c’est primordial. Les élections sont attendues dans les trois prochaines années, et ce sera chaud. Du côté de la France, Karim Baldé va retransmettre la Ligue 1 française sur Sweet FM.

A l’intérieur du pays, Kindia aura la radio Espace dans les plus brefs délais. Comme Kankan l’année dernière, Kindia aura également son antenne le plus rapide possible, peut-être avant notre rentrée, le 4 septembre. Les techniciens sont en route. Comme la télévision, nous souhaitons couvrir tout le pays. Quand j’ai été en Guinée forestière, je ne peux pas comprendre qu’en 2017, des villes comme Macenta, Gueckédou ou Lola, n’ont pas de radio. La radio nationale ne couvre pas tout le pays. Cela est  inadmissible, cela est inacceptable. Mais nous, avec nos maigres moyens, après Kindia, on va descendre en région forestière. Et puis, il y a enfin, les collaborations avec l’AFP et tous nos partenaires comme BBC.

Guinéenews : faire le direct demande des pylônes. Comment faire tout ceci, étant donné aussi que vous comptez déménager dans votre nouveau local à Bonfi.

Lamine Guirassy : nous sommes une télévision numérique. Nous faisons tout ici et la diffusion à partir de Paris. Des pylônes, pas obligatoirement. Nous allons mettre une antenne sur notre toit ici. Nous allons envoyer le signal à Paris pour pouvoir reprendre le signal de SOS5. En ce qui concerne la construction de notre siège, nous sommes à 88%. Si tout va bien, selon l’ingénieur, nous aurons les clés en janvier 2018. Pourquoi ne pas déménager à Bonfi, à l’occasion de l’an 10 d’Espace ?

Guinéenews : Justement, à quand le direct. C’est une des questions de nos internautes ? Doit-on attendre votre déménagement à Bonfi pour faire le direct ?

Lamine Guirassy : non, pas du tout. Nous avons décidé de faire le direct cette année. Espace TV est là depuis 2013. Pour nous, l’info n’attend pas. Sinon, qu’est-ce qui se passe ? Notre Journal de 22h est enregistré à 18h. Or, il y a les décrets à 20h 30. Mieux, nous sommes bousculés aussi par les nouveaux médias. Donc, il va falloir faire plus d’interactivité surtout à la télévision. La télévision de demain, c’est Facebook, Twitter. Guinéenews l’a expérimenté avant nous. Je pense que mon ami Youssouf Boundou Sylla a eu l’intelligence de reprendre notre signal depuis le Canada pour les millions de lecteurs de Guinéenews.

Nous aussi, pendant les vacances, avons développé l’application Espace dans laquelle nous avons hébergé également notre télévision. Cela veut dire que vous pouvez regarder notre télévision et écouter notre radio partout où vous vous trouvez.

Guinéenews : qu’est-ce qui va changer pour les radios de Labé, Kankan et Boké. A Labé et à Conakry, on sait que vous avez rajeuni et féminisé les gérants.

Lamine Guirassy : Ousmane Tounkara sera le directeur régional de la radio Espace Labé. A Conakry, la radio Espace est confiée à Mabetty Cissé. Ils ont fait quelques recommandations liées entre autres à la formation. Mais nous avons pris contact avec notre confrère Abou Bakr de la radio Lynx FM, qui a une structure qui forme les journalistes. Abou Bakr est un grand journaliste que je respecte. Aujourd’hui, on n’a pas besoin d’aller chercher des formateurs à l’étranger.

Guinéenews : en Guinée, les entreprises communiquent rarement dans les médias. Or, c’est la publicité, qui fait vivre les médias, dit-on souvent. Alors, comment se porte le groupe Hadafo Médias ? Quel bilan dressez-vous en 2016 ?

Lamine Guirassy : le groupe Hadafo Médias se porte bien. C’est l’investissement, qui compte. Rien ne nous disait qu’en 2015, nous aurions une antenne à Kankan. On se dit que nous gagnons de l’argent mais il faut l’investir aussi à l’intérieur du pays. Conakry, c’est la capitale, certes, mais cela ne suffit pas pour informer l’intérieur. Nous avons un bilan positif. Je vous ai dit, dès l’entame, que nous aurons une antenne à Kindia. Chaque antenne, techniquement, ce n’est pas moins de 80 mille euros en ce qui concerne l’investissement, pour le relais entre Conakry et l’intérieur.

C’est pourquoi, nous avons décidé, cette année, de collaborer avec les sociétés de téléphonie pour nous ouvrir des canaux pour l’envoi du signal. Parce qu’avec le satellite, les pluies provoquent des coupures. Nous allons investir pour nous retrouver là où on ne nous attendait pas. Vous aurez Karim Baldé en France. Nous avons aussi d’autres correspondants que nous avons recrutés en France. Vous avez vu comment nous avions couvert les dernières élections françaises.

Guinéenews : comme vous parlez de montée satellitaire, combien cela coûte-t-il par mois ?

Lamine Guirassy : (waou) Par mois, Espace TV, rien que le satellite, c’est 25 000 dollars par mois. C’est sans compter la masse salariale. Comment arrivons-nous à nous en sortir ? Il y a une organisation. Nous essayons de nous surpasser. Pour la radio, il n’y a pas de frais. Parce qu’il y a un échange de services entre le groupe Hadafo Médias et Canal. Ils diffusent nos programmes sur leur bouquet. En contrepartie, nous diffusons leur publicité sur la radio Sweet FM et la radio Espace FM.

Guinéenews : justement, quand vous parlez de Canal Plus, où en êtes-vous dans vos tractations. Un moment, vous étiez en contact. Après, on n’en sait plus.

Lamine Guirassy (rire) : beaucoup de choses se passent, beaucoup de choses se sont passées. Pour l’instant, c’est silence radio. Même s’il y a eu des approches souterraines. Là, c’était plus dans le sens, je ne dirais pas de rentrer dans le groupe. Mais c’est tout comme, quelque part. Après, on verra bien. Vous savez, si politiquement, on vous prend comme un ennemi, ça devient un problème. C’est ce qui s’est passé. Tout ce qui s’est passé, c’était politique. La présidence de la république est intervenue pour dire qu’il ne veut pas de cette chaîne sur le bouquet Canal. Et ça s’est passé comme ça, même si on nous a dédommagés après.

(Première Partie)