Interview : Soul Bang’s : « Siaka Barry n’a rien fait pour la culture… il faut arrêter cette hypocrisie »

17 septembre 2017 17:17:38
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« De façon générale, la Guinée a toujours été un pays très talentueux. Mais culturellement parlant, il n’y a rien qui est entrain de se faire dans notre pays… »

A N’Zérékoré où il a séjourné récemment dans le cadre d’un concert qu’il a tenu au stade du 3-Avril, Souleymane Bangoura alias Soul Bang’s, jeune artiste talentueux et lauréat du Prix Découvertes RFI 2016 s’est prêté aux questions de la rédaction régionale de Guinéenews basée à N’zérékoré. Dans la deuxième et dernière partie de cet entretien, le RNB boss parle de sa vie de couple, de la confiance qu’il place aux jeunes comme lui, la nomination de Bantama Sow à la tête du département de la Culture, les conditions de vie des artistes guinéens etc. Lisez plutôt…

Guinéenews : Quelles sont les nouvelles de ta femme ? Est-ce qu’elle prépare quelque chose aussi ?

Soul Bang’s : Elle est en préparation de son album et il y a un certain nombre de morceaux qui sont en avance. Mais elle se prépare de façon…vous savez il faut prendre tout son temps pour bien faire. Mon album ‘’Cosmopolite’’ prend de l’ampleur mais j’ai passé quatre ans en train de préparer. En Guinée, nous les artistes, nous ne sommes pas patients. Et quand on veut faire de la bonne musique, il faut la patience. Donc avec l’album de ma femme, nous ne sommes pas pressés. Elle fera du lourd Inch Allah avec l’aide de tous ceux qui nous entourent.

Guinéenews : Comment vous arrivez à gérer votre vie de couple étant tous artistes et surtout monsieur qui voyage très souvent ?

Soul Bang’s : Ce n’est pas du tout facile. Mais quand on veut et aime une chose, il faut se battre pour ça. J’aime la musique, j’aime ma famille et j’essaie juste de faire la part des choses. Ce n’est pas facile mais c’est faisable. C’est comme toi, tu es journaliste et tu es appelé à être partout malgré que les journalistes ne soient pas bien payés mais tu aimes le faire et tu vas le faire et cela ne peut pas t’empêcher d’avoir du temps pour ta famille. Peut-être le jour où ma femme aussi sortira son album, on espère avoir des tournées ensemble et partager la même scène.

Guinéenews : Tu es très jeune, tu n’as que 24 ans et tu as décidé de te faire entourer par une équipe de jeunes notamment ton manager qui n’a que 26 ans aussi. Est-ce une façon de dire qu’il faut croire à la jeunesse guinéenne ?

Soul Bang’s : C’est tout à fait cela. Mais il y en a qui trouvent tout ça mal poli parce qu’on essaie de leur faire comprendre qu’il n’y a rien de mythe autour duquel ils sont en train de faire du mythe. Tout est possible et il faut juste s’organiser. Nous sommes des jeunes et nous arrivons à faire beaucoup de choses et les gens ne veulent pas croire et pensent que tout est Mory Kanté.

 

Guinéenews : Quel regard Soul Bang’s porte sur la culture guinéenne de façon générale et surtout sur la musique ?

Soul Bang’s : De façon générale, la Guinée a toujours été un pays très talentueux. Mais culturellement parlant, il n’y a rien qui est en train de se faire dans notre pays. Rien et absolument rien. Au niveau du ministère, ça ne va pas et c’est encore pire au BGDA (Bureau Guinéen des Droits d’Auteurs, NDLR). Aujourd’hui, dans combien de téléphones nos sueurs passent ? On ne dort pas la nuit, nous privons nos propres familles pour mettre notre sueur, notre argent, notre énergie dans une musique ou dans un album qui va être piraté par des appareils électroniques envoyés par les sociétés de téléphonie mobile. Les autorités voient tout ça mais on ferme les yeux et on ne dit rien. Quand tu veux parler on dit que tu es impoli ou que tu veux faire la grosse tête. Je vois des gens qui discutent en disant que Siaka Barry est meilleur par rapport à Bantama Sow parce qu’à son temps il y a eu beaucoup de prix notamment avec Soul Bang’s, les frères Sylla, Akim Bah… c’est vrai mais qu’est-ce qu’il en a fait ? Rien et absolument rien. Le Guinéen n’a qu’à arrêter d’être hypocrite.

Guinéenews : Donc pour toi, ce changement à la tête du département de la Culture est un non-évènement ?

Soul Bang’s : Quel changement ?  Y a-t-il eu un changement ? Je n’ai rien contre Bantama Sow et c’est la première fois d’ailleurs que j’entends parler de lui parce que moi je ne suis pas trop politique. Mais aux dires des gens, il a occupé des postes qu’il n’a pas pu assumer correctement et je pense que les gens ne peuvent pas mentir sur lui. Si on pense qu’il est incapable de gérer ce ministère, la seule chose que moi je lui demande c’est de prouver le contraire. Je respecte beaucoup Siaka Barry aussi mais culturellement parlant, il n’a rien fait. On est en train de rien faire aujourd’hui en Guinée dans le domaine de la culture. Il y a des mécènes qui essaient au moins d’aider les jeunes à savoir Antonio Souaré, Lamine Guirassy, KPC… c’est bien au moins. Mais si c’était aussi de façon mieux organisée ça allait être très bien. Parce qu’il faut une structure qui peut mieux organiser notre culture et je pense que c’est le ministère qui peut s’investir à fond pour valoriser cela. Mais vraiment, on est en retard en Guinée. Pourtant la culture est une industrie, un facteur de développement.

Guinéenews : Il y a aussi que les artistes guinéens soient moins visibles sur la scène internationale. Qu’est-ce qui explique cela, selon toi ?

Soul Bang’s : Tu sais avant d’expliquer un problème, il faut aller à la source du problème. La différence entre nous et les artistes d’autres pays est que ces derniers sont mieux soutenus que nous. Aussi, on soutient toujours le mérite dans ces pays mais en Guinée quand tu fais des exploits il faut plutôt s’attendre à des problèmes. Moi par exemple, les gens racontent assez de choses sur moi, il se dit que je suis un impoli ou que je veux faire la grosse tête parce que je suis en train de remporter des prix. Mais pour tous ceux qui me connaissent depuis à bas âge savent qui je suis. On ne peut pas voir les artistes guinéens sur la scène internationale parce que c’est difficile. Nous, nous avons fait de grands sacrifices pour ouvrir cette porte. Nous nous sommes privés de tout, de bien manger, bien s’habiller et même nos familles pour arriver à ce niveau. Mais tout le monde ne peut pas faire cela et même en faisant cela tu n’es pas sûr que ça marche. Il y a des gens qui ont des moyens et ça ne marche pas pour eux à plus forte raison toi qui n’a rien. Comment vous voulez que le jeune qui se lève le matin et qui pense à comment manger mette des millions rien que dans un clip, rien que pour faire diffuser à l’international. C’est impossible. Il faut qu’on arrête de dire qu’on ne voit pas les artistes guinéens sur les réseaux sociaux ou sur de grandes chaînes de télévision. Mon frère, quand le jeune Guinéen se lève le matin, il ne pense pas aller se connecter sur Youtube parce que s’il achète une pass à deux mille, il ne pourra même pas durer et ça ne l’encouragera pas. Est-ce que tu peux dire qu’il n’est pas sur les réseaux sociaux ? l’internet n’est plus le souci majeur chez les autres. Ce qui est la moindre des choses chez les autres est considéré comme sérieux problème en Guinée.

Guinéenews : C’est bien de dénoncer le manque de soutien de l’autorité de tutelle. Mais le plus souvent on pense que les artistes guinéens se planifient mal. Autrement dit, vous n’arrivez pas à gérer vos temps de succès pour en faire une bonne fin de carrière.

Soul Bang’s : On dit cela le plus souvent mais c’est très difficile. Quel est ce promoteur guinéen qui a payé un artiste à plus de cent millions de francs guinéens ? Je pose la question à toute la Guinée. Personne. Alors qu’on est capable de faire venir des artistes étrangers à qui on donne même un milliard de francs guinéens. Je n’ai rien contre les autres artistes et je pense que quand tu cartonnes, que tu sois invité partout dans le monde. Mais moi je ne peux pas inviter des gens à venir manger chez moi alors que mes enfants sont en train de souffrir. Je ne peux pas le faire, priorité à mes enfants d’abord. Aussi, quel est le droit qu’on a payé à un artiste en Guinée pour qu’il puisse se gérer ? Tous les jours j’entends les musiques de Soul Bang’s, Azaya et tant d’autres mais nous ne savons où sont nos droits d’exploitation publique, nos droits de voisins, nos droits d’auteurs. En Guinée, c’est le BGDA qui négocie à notre place avec les sociétés de télécommunication alors qu’il n’est pas producteur. Le BGDA n’a rien à avoir avec la négociation d’un contrat quelconque, il doit plutôt veiller sur nos contrats. C’est comme si le ministère de la Communication disait que les spots des radios passent par lui. C’est ce qui est en train de se faire aux artistes en Guinée. Nous vivons dans des conditions minables. Le peu que nous gagnons est-ce que c’est pour bien manger, bien s’habiller pour paraître bien ou faire ta promotion ? L’artiste guinéen même si tu fais des succès, tu ne peux rien parce qu’il n’y a aucun d’entre nous qui est payé à cent millions. Vous pensez que si moi je suis payé à plus de cent millions je ne vais pas faire plus que ça ? Les gens ne veulent pas bien payer les artistes et on veut toujours profiter des anciennes relations en disant c’est mon petit du quartier. Quand tu refuses, on dit que tu es orgueilleux. Non, je travaille et je veux qu’on me respecte. C’est pourquoi tout le monde refuse que son enfant devienne artiste.

Guinéenews : Nous arrivons au terme de cet entretien. Comment tu as trouvé la ville de N’zérékoré et son public ?

Soul Bang’s : N’zérékoré est une très belle ville que j’ai aimée et appréciée. Quand je venais, on m’a dit que c’est une ville instable mais moi je suis vraiment fier de N’zérékoré. Tout ce que je demande à la jeunesse de cette ville c’est l’entente et la paix car on en a besoin. Quand il n’y a pas de paix, il n’y aura pas d’investissement. En dehors de cela, nous savons que la Guinée est une famille, il y a des personnes qui tentent de nous diviser mais refusons. Il faudrait qu’on oublie nos histoires ethniques. C’est un point très sensible que certains hommes se rabattent pour créer la zizanie. Toute la Guinée devrait dire non à la guerre et à l’ethnocentrisme. Partout où moi je suis passé on n’a pas dit le jeune Soussou mais plutôt le jeune artiste guinéen, il en est de même pour les autres. Donc ce qui compte pour nous tous, c’est la Guinée. Les jeunes ne font que mourir dans les eaux de la Méditerranée. Quand un jeune Guinéen a 50 millions, son seul souci c’est de sortir du pays sans savoir que s’il investit l’argent-là dans quelque chose, il pourra bien réussir. En tout cas, je suis fier de N’zérékoré et c’est ce message que j’avais à véhiculer et on reviendra bientôt Inch Allah.

Guinéenews : Quels sont tes projets pour cette fin d’année et pour le début 2018 ?

Soul Bang’s : Je suis nominé aux Africa Awards, l’une des plus grandes compétitions de la musique africaine qui va se tenir normalement en novembre à Lagos (Nigeria). Je demande d’ailleurs à mes fans de continuer à voter pour moi. En plus, j’étais censé être en studio en ce mois de septembre mais il y a eu un changement de programme. C’est maintenant prévu en octobre et ça aboutira à un album avec Sony qui sortira si tout va bien en début d’année 2018. Après N’zérékoré, j’ai un concert le 15 sur l’esplanade du palais du peuple à Conaklry avec Davido. On a été sollicité par la grâce de RFI. En début d’année 2018, ça sera aussi la tournée nationale. Donc, c’est le programme pour l’instant.

Guinéenews : Merci d’avoir accepté notre invitation et bonne continuation

Soul Bang’s : C’est à moi de vous remercier et merci à Guinéenews pour tout ce qu’il fait pour la Guinée.

Entretien réalisé par Facely Konaté, Chef bureau Guinéenews, en région forestière